Carrefour au Cameroun : Bonjour la décadence !

La nouvelle de l’installation prochaine du supermarché CARREFOUR au Cameroun a suscité de vives émulations chez certains camerounais qui n’en voient certainement pas un grand danger venir.

« Mon enjeu est d’attirer les classes moyennes vers nos centres commerciaux, en leur apportant l’assurance de la sécurité sanitaire des produits, la régularité d’approvisionnement et des prix compétitifs voire moins chers que sur les marchés traditionnels.» Dixit Xavier Desjobert, Directeur Général de CFAO Retail /CARREFOUR. Le slogan marketing a fait son effet, celui de plaire. Bientôt, claironnent certains, des emplois vont naitre, le coût de la vie va être amélioré, la qualité et la diversité des produits alimentaires va reprendre sens, des belles installations vont fleurir au Cameroun avec la construction d’un supermarché du groupe Français CARREFOUR au Cameroun. C’est certainement le degré de cette exaltation qui peut expliquer la rapidité avec laquelle des compatriotes ont violemment été déguerpis sur environ 3, 5 ha de terrain ; Il faut faire de la place, Carrefour arrive…
Carrefour, le tacle au propre à l’économie camerounaise !

/>Comme indiqué en Côte-d’Ivoire en 2015, l’installation de ce supermarché au Cameroun est le « symbole, de l’émergence économique du pays et de l’augmentation du pouvoir d’achat des classes moyennes. » à en croire ses officiels. C’est une vision ingénieuse pour l’entreprise qui n’est pas pour autant salutaire pour le Cameroun, pour ne pas dire la zone franche. Les classes moyennes camerounaises en seront en effet prises en otage, la conséquence logique étant l’impossibilité de booster l’économie par l’augmentation du pouvoir d’achat-les revenus étant extravertis. A l’évidence, le Cameroun rame à contre courant, car inviter et encourager les producteurs locaux à redoubler d’ardeur dans leurs productions tout en ouvrant béatement la porte aux grandes firmes étrangères c’est vouloir une chose et son contraire. En effet, que vont faire les près de 67% de camerounais qui vivent de l’Agriculture de leurs productions ? Qui est-ce qui va les acheter ? Ce ne sera certainement pas carrefour qui se ravitaille directement et à plein régime en France, ce ne sera non plus ces camerounais dont le luxe et les idées d’une vie à l’européenne –comme celle qui se cache dans les rayons et les accessoires de carrefour- s’affirment de plus en plus. A l’appui d’explications pour le moins vaseuses, on vous dira par tous les mots qui vous plaisent, qu’un supermarché à l’image de Carrefour, ça recrute et bien plus, que ça promeut les produits locaux. On y croirait si ailleurs on ne voyait des entreprises analogues, sinon la même société, créer 500 emplois (s’ils sont décents), pour contenter les 10 000 chômeurs dans la rue par leur faute. Aussi, on vous dira que joindre 2 % des produits locaux aux rayons de supermarchés devant 98 % des produits étrangers c’est une manière irréprochable de valoriser les productions locales ! Carrefour au Cameroun ! C’est un faux bond que s’apprête à faire l’Afrique en miniature et dont les conséquences sont déjà prévisibles. Sans y regarder à la loupe, l’assertion du DG de carrefour peut-être par indélicatesse, le corrobore « des prix compétitifs voire moins chers que sur les marchés traditionnels.» Si cela n’est pas assez clair, ça induit que la structure vient en force pour une compétition, et qu’elle s’y prépare pour déchoir proprement l’adversaire, ce qui n’est que normal sous le ciel du business, mais faut-il que la balance soit équitable. Les protagonistes de carrefour, ou si vous voulez les entreprises qui vont se surpasser ou mourir dans ce duel, ce sont bien les marchés de New-bell à Douala ou celui de Mokolo à Yaoundé entre autres, ce sont les boutiquiers de quartiers et autres petits métiers. Ces fameux « marchés traditionnels » qui peinent déjà à évoluer parce que n’étant pas soutenus sinon choyés par l’état à l’opposé des aventuriers. En clair comme en crypté c’est la descente aux enfers qui s’annonce pour le bas peuple camerounais, car faire davantage de guerre à ces commerçants c’est réduire au néant près de 75% de la population camerounaise.

Avec Carrefour, bonjour le Cameroun travesti !
Le Cameroun qui tend la main au supermarché Carrefour est un Cameroun où on mangera autant qu’en France le cassoulet, le foie gras, le poulet basquaise, les mouclades charentaises, les galettes bretonnes, les carbonnades flamandes, les gratins dauphinois, les ratatouilles et autres, c’est bien cela qui sera vendu par le supermarché à des prix compétitifs pour ne pas dire abordables, de quoi raviver l’intérêt de certains camerounais iconoclastes. Ils n’iront surtout pas chercher dans ces rayons de quoi se faire de l’OKOK (comme dans le Centre) du ERU (comme dans le Nord-Ouest) le FOLERE (du grand nord), le KOKI (de l’Ouest Cameroun), le NDOMBA (des régions centre sud) si Carrefour aura suffisamment de place pour déporter la culture française au Cameroun ; il n’est donc pas osé de dire que ces mets vont graduellement être jetés aux oubliettes, le rejet dont elles ont été sujettes avec l’avènement de la modernité peut trahir ce qu’il en sera avec l’arrivée de Carrefour. Des camerounais (jeunes pour la plupart) vont se faire, comme ils l’ont toujours souhaité, une nouvelle identité culinaire. S’adapter à ce régime leur vaudra d’être totalement dépendants de la France pour ce qui est de la production, car il est difficile d’admettre qu’au nom d’un attrait pour une saveur de France, un tel (camerounais) qui produit avec peine du maïs et du haricot au Cameroun, se mette avec succès dans la culture des boutades ou des pommes de France. Tout viendra donc d’ailleurs ! Les camerounais n’auront plus, si cela est à leur avantage, à créer ni de s’efforcer pour se faire plaisir à leur convenance dans leur pays; il va s’en dire qu’ils vont être à la merci de tous les produits douteux faits en France peut être exclusivement pour l’Afrique en miniature. Voilà certainement un cauchemar, un scenario, de plus, et pas de trop que d’aucuns ont voulu réaliser, sans doute pour démontrer combien ils se moquent au propre comme au figuré d’une terre qui les a nourri s’ils ignorent tout enjeu.