CAN Cameroun 2016: Les Lionnes étaient programmées pour perdre la finale

Akono est à une cinquantaine de kilomètres de Yaoundé, et c’est le nom d’une grande rivière qui a donné son nom à la localité.

D’abord érigée en District, puis en Arrondissement dans le Département de la Mefou et Akono. C’est là qu’on retrouve l’une des plus grandes, sinon la plus grande Cathédrale catholique du pays, construite dans les années 40-50.
C’est aussi à Akono que le Ministère des Sports avait décidé de créer le Centre Olympique Professeur René Essomba, du nom d’un des premiers présidents du Comité Olympique Camerounais. Le projet n’est jamais allé jusqu’au bout de sa réalisation, mais on y trouve un très beau stade de football bien gazonné et entretenu par les autorités religieuses de la paroisse, et du célèbre Collège Stoll.
C’est grâce à ce magnifique stade, et au cadre très discret et calme du domaine religieux, que les autorités sportives envoient très souvent nos équipes nationales en stage avant de grandes échéances. Et nos Lionnes indomptables y ont travaillé lors de leur dernier regroupement avant la CAN 2016.

/>Akono, c’est chez moi, et j’y vais souvent. Il m’a donc été donné de visionner cette équipe des Lionnes lors d’un des multiples matches amicaux, contre des centres de formation masculins. Tombi à Roko était là, l’Adjoint au DTN, Sonkeng était là, le coach Ntoungou Mpilé était aussi là. Le score à la fin, était de 0-0, et tout ce beau monde n’a fait qu’apprécier les multiples passes latérales en défense, le beau  jeu du milieu de terrain, avant de pousser des cris de désolation sur la très belle occasion de but manquée en dernière minute par les Lionnes.
Le constat global était pourtant clair, nos Lionnes manquaient de percussion offensive et la finition était laborieuse. Très décevant surtout après cinq regroupements.
La dernière faute du coach Enoh Ngachu et son staff dans les dernières semaines, a été de changer le groupe à 75% pour privilégier les joueuses du mondial canadien, dont la plupart étaient devenues professionnelles, et surtout de mettre la pression sur sa vedette Enganamouit arrivée seulement deux jours avant le coup d’envoi. Conséquence, adieu la cohésion collective qui avait pourtant donné les résultats au Canada.

Le laborieux parcours des Lionnes, avec des victoires aux forceps
Les Lionnes ont fait plaisir aux milliers de Camerounais qui ont oublié, pendant le temps de la CAN, leurs soucis quotidiens. Et loin de leur enlever le mérite d’avoir bravé positivement toutes les étapes jusqu’en finale, avec du recul, on peut affirmer que seul le match contre l’Egypte en ouverture (2-0), a semblé le plus facile pour Ngono Mani et ses équipières.
En effet, face aux Egyptiennes, les buts aux 25e et 71e minutes de jeu, ont été marqués respectivement par Aboudi Onguene de la tête, et la capitaine Mani sur un penalty provoqué par Ajara. Mais, à aucun moment, les Lionnes n’ont fait montre d’une domination sur une jeune équipe égyptienne, bleue de la poule, qui redécouvrait la haute compétition.
En seconde sortie contre l’Afrique du Sud, adversaire de premier rang, le public a pu apprécier tout le talent d’Aboudi dans le couloir gauche et celui d’Ajara Ntchout à droite, et dont les centres étaient mal exploités par une Enganamouit en baisse de forme et sous le contrôle de la très grande Janine Van Wyk et sa défense rigoureuse.
Poussées par le 12e joueur, il a fallu attendre la 82e minute pour voir les lionnes être enfin libérées par le but de Ngo Mbeleck reprenant dans le cafouillage, une balle repoussée par la gardienne Dlamini en suspension et durement bousculée par Enganamouit. A plat ventre, face dans le gazon, Dlamini n’a pas vu le ballon aller dans ses filets. Un but validé qui faisait le bonheur des Camerounais déjà habités par le doute, mais il y avait eu faute sur la gardienne en suspension, que l’arbitre se devait de protéger.
La 3e sortie devant la Zimbabwe aurait été perçue comme une simple formalité si Enow ngachu et les Lionnes n’avaient eu en tête une revanche à prendre sur celles qui les avaient éliminées pour les jeux de Rio. Malgré les deux buts de Michelle Akaba aux 3e et 52e minutes, la partie n’a pas été facile pour le Cameroun dont la défense balançait presque toutes les balles vers l’attaque. Aucune phase constructive, le public ne s’émerveillant que sur le jeu de la virevoltante Aboudi Onguene.
La demi-finale contre le Ghana fut toute aussi poussive que les précédentes rencontres des Lionnes. Bien contenues en première manche, les Ghanéennes qui prirent le match à leur compte en début de 2e période, réussissant cinq passes jusqu’à l’entrée de la surface camerounaise, encaissèrent malheureusement, contre le cours du jeu, un but à la 72e minute par Raïssa Feudjio, exploitant une balle ressortie dans un cafouillage en pleine  surface ghanéenne.
En finale, le jeu des Lionnes n’a nullement changé, en dépit d’une liste quelque peu critiquée. L’orage camerounais souffla fort sur les Super Falcons qui s’y attendaient d’ailleurs, et qui, comme le roseau, plièrent, sans jamais rompre. C’est à la 84e mn, sur une faute, une toute petite faute de Mani, judicieusement exploitée, que le Nigeria a marqué le seul but de la partie par Oparanozie, gommant ainsi tous les espoirs de tout un pays, du moins, de ceux qui croyaient dur comme fer à la victoire finale.
Le coach Enoh Ngachu connaissait pourtant son adversaire de toujours, ainsi que ses vedettes. A-t-il préparé une stratégie pour enfin briser le signe indien ? Nous ne le croyons pas. Il n’a misé que sur la solidité de son éternel groupe, sa détermination à vaincre, le coup de pouce du grand public et la motivation de la présence du Chef de l’Etat et sa dame. Ce qui ne suffit pas toujours pour gagner une finale. Nous espérons qu’il l’a enfin compris et qu’il retiendra la leçon.
A la lumière des cinq rencontres, le Cameroun n’a véritablement montré aucun fond de jeu, les victoires n’étant obtenues que par la grande détermination et la volonté de vaincre des joueuses. Et c’est pour tous ces constats qu’objectivement, patriotisme et fanatisme de côté, j’avais misé avant la finale, sur la victoire du Nigeria, m’offrant même le luxe de préciser que les Super Falcons allaient marquer dans les quinze dernières minutes. Le courroux, autour de moi, était visible, mais le fair play a prévalu.
Une victoire de l’expérience sur l’enthousiasme, la détermination, la ferveur populaire, un manque de réalisme et de réussite criard.
Fêter royalement une seconde place que nos Lionnes ont souvent occupé sans cor ni trompette, nous a semblé quelque peu extravagant et une invite à se contenter des seconds rôles. Et dans tous les discours tenus, rien que de belles promesses de faire mieux, que d’ailleurs personne ne tiendra si rien ne change dans la gestion globale de notre football.
La saison va bientôt démarrer, la leçon sera-t-elle retenue, les mêmes travers ne vont-ils pas  joncher le cours des compétitions ? A moins que …