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CAMPOST : Le gouvernement veut auditer la gestion de Sofrepost

CAMPOST : Le gouvernement veut auditer la gestion de Sofrepost

Le contrat d’assistance de la filiale française de La Poste pourrait ne pas être renouvelé.

La tension est montée d’un cran entre le gouvernement et la Société française d’études et des réalisations postales (Sofrepost), filiale française de la Poste qui, depuis le 2 mars 2010, gère la Cameroon Postal services (Campost) dans le cadre d’un contrat d’assistance. Lequel contrat, il faut le dire, n’a été signé que par la seule volonté du chef de l’Etat. En effet, il n’avait fait l’objet d’aucun appel d’offres.

C’est le récent détournement survenu à la Campost et dont votre journal en a fait état dans sa dernière livraison qui est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase dans cette relation qui tangue déjà depuis belle lurette. Le gouvernement craint qu’au lieu de l’assister, Sofrepost l’asphyxie plutôt. Tant et si bien qu’à ce jour, la reconduction de son contrat, sensé s’achever le 17 mai 2014, est sérieusement menacée. Est-ce en raison des doutes émis par le gouvernement sur les capacités de Sofrepost à mener à bien sa mission que les grands patrons de la Poste française ont fait le déplacement de Yaoundé ces derniers jours ? De fait, une forte délégation de la maison mère séjourne dans la capitale camerounaise pour faire le point et, éventuellement, lever les équivoques sur ce partenariat et manoeuvrer dans les coulisses avec quelques précieux soutiens.

Mais au ministère des Postes et télécommunications comme au ministère des Finances, l’on souhaite rapidement fermer la parenthèse Sofrepost.

ACCUSATIONS

C’est le ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey, qui, à la suite du ministre des Postes et télécommunications, Biyiti Bi Essam, sonne la charge. «Le Premier ministre, chef du gouvernement m’a fait tenir à toutes fins utiles une copie de la correspondance visée en objet, relativement aux détournements des fonds à Campost. L’exploitation de cette correspondance, ainsi que du contrat d’assistance technique qui lie le gouvernement à Sofrepost, souligne l’urgence et la nécessité d’engager la responsabilité du partenaire technique dans cet important détournement. En effet, les forfaits commis par Sofrepost risquent de compromettre les efforts entrepris par le gouvernement pour mettre en place un service public postal performant et compétitif», écrit-il dans une lettre datée du 06 février 2014 et adressée à son collègue des Postes et télécommunications.

Il se dégage deux observations : Primo : Sofrepost doit répondre du détournement de plusieurs milliards Fcfa opéré à la Campost, comme avant elle, Tecsult, dans une affaire semblable portant sur 2,2 milliards Fcfa. La filiale française aura donc le choix entre un règlement à l’amiable ou une confrontation judicaire. Secundo : la gestion actuelle du partenaire technique compromet les efforts du gouvernement visant à redresser Campost.

Et le ministre des Finances d’enfoncer le clou dans la même correspondance. «Je vous saurai gré des dispositions qu’il vous plaira de prendre afin d’interpeller ce partenaire technique dont le contrat arrive bientôt à terme, au bout de quatre années de collaboration avec le Gouvernement, sur un certain nombre de situations à savoir: les détournements qui trahissent des manquements dans l’accomplissement de sa mission ; les défaillances dans la production des comptes d’emplois des subventions alloués à Campost en vue du remboursement des épargnants de l’ex-Caisse d’Epargne Postale», indique Alamine Ousmane Mey.

Le dernier point est particulièrement crucial comme le souligne l’argentier national, garant de l’argent du contribuable qui débourse quand même 2,3 milliards Fcfa pour Sofrepost dans le cadre du contrat d’assistance. Car le moins que l’on puisse dire est que Campost, sous le management de Sofrepost, piétine allègrement la sacralité du service public dévolu à la poste. En effet, dans le cadre du remboursement de la dette des épargnants de l’ex-Caisse d’épargne postale, chiffrée à prés de 56 milliards Fcfa il y a quelques années, l’Etat via la Caisse autonome d’amortissement (CAA) verse chaque année à Campost une subvention devant éponger progressivement ladite dette.

Or, voici qu’au moment d’entrer en possession de leur épargne, Campost retient curieusement des frais de tenue de compte arrêtés à la somme de 3.000 Fcfa. En prenant en compte les quelques 800.000 comptes concernés, Campost se fait en moyenne chaque année, sur le dos de l’Etat et des épargnants un petit pactole avoisinant 1,8 milliard Fcfa. Rien d’anormal alors que la clientèle «libérée» fuit cette «peste» pour trouver refuge ailleurs, notamment dans les établissements de micro-finance. Le management de Sofrepost met ainsi à rude épreuve la Loi postale qui dispose que le service postal est organisé au profit de l’épargne et des exclus du système bancaire.

Cette politique de ponction des épargnes, mise en place par Sofrepost, ramène en surface un autre débat, celui de la capacité d’un partenaire étranger à assurer convenablement la mission de service public pour qui la rentabilité est essentiellement sociale. En tout cas, il est loin, le temps où, Jean Paul Forceville, PCA de Sofrepost, laissait entendre en marge de la signature du contrat d’assistance en 2010, que sa société allait redonner «une boussole aux postiers camerounais ».

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