Cameroun:Plan d’urgence , que se passe-t-il ?

Près d’un an après son lancement, ce programme triennal censé accélérer la croissance et améliorer les conditions vie des Camerounais bat de l’aile.

Fin juin 2015. Dans la foulée de la préparation de la visite du président français François Hollande au Cameroun, des travaux sont lancés en catimini pour la réhabilitation de l’axe routier reliant Yaoundé à l’aéroport international de Nsimalen. L’on apprendra quelques jours plus tard, de la bouche du ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Jean Claude Mbwentchou, que le projet était depuis inscrit dans le Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance et l’amélioration des conditions de vie des populations, lancé depuis décembre 2014 par le président de la République, Paul Biya. Parallèlement, les engins de la société de Btp Arab Contractors prennent leurs quartiers à Mvog-Mbi, en vue de la réhabilitation de la bretelle allant du carrefour éponyme à Cami Toyota, en passant par le marché de Mvog-Atangana Mballa. Un tronçon de moins de 2 kilomètres, dont l’état de dégradation parait à ce jour indescriptible. La même entreprise est chargée de reprofiler la route reliant le carrefour Mvog-Atangana Mballa au quartier Olezoa voisin.

 

Ces deux chantiers sont en effet inscrits dans le « plan d’urgence urbain », qui implique la réhabilitation des routes secondaires et l’éclairage public à Yaoundé et Douala pour 100 milliards F Cfa, soit 50 milliards F Cfa par ville. Mais, chose curieuse, au lendemain du séjour du chef de l’Etat français en terre camerounaise (le 03 juillet), les engins d’Arab Contractors qui avaient pris leurs quartiers à Mvog-Mbi ont purement et simplement levé le camp et ne sont plus jamais revenus. Que s’est-il passé ? Y aurait-il finalement un problème de financement de ce fameux Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance et l’amélioration des conditions de vie des populations, annoncé en grande pompe par le gouvernement ? « Cela me surprendrait, tant on nous a rassurés quant à la capacité du gouvernement à lever les fonds nécessaires au financement de ce programme spécial », répond un cadre du Minhdu joint au téléphone hier.

Impasse

Ce fonctionnaire a d’autant plus raison que, début février 2015, le président de la République a habilité le ministre des Finances à signer des conventions de prêts avec un pool de composé de Bgfi Bank Cameroun, la Banque Atlantique du Cameroun, la Standard Chartered Bank Cameroon, Ecobank Cameroon, la  Deutsche Bank Madrid, afin de financer ce plan d’urgence qui nécessite une enveloppe globale de 925 milliards F Cfa. Le cas particulier des routes secondaires qui ne sont pas en train d’être reprofilées tend à conforter les sceptiques à l’idée que le plan d’urgence est dans l’impasse. A Yaoundé actuellement, seule la route menant à l’hôpital Jamot et au Centre de production de la télévision à Mballa II est en train d’être reconstruite. Toujours dans le chapitre des routes, le Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance et l’amélioration des conditions de vie des populations prévoyait la construction, dans chaque région du pays, de deux « axes routiers majeurs pour  désenclaver les zones de production ». A ce jour, aucun projet routier majeur inscrit dans le plan d’urgence n’est visible sur le terrain.

Même pas dans le secteur de la santé, où il était prévu, entre autres, la construction d’hôpitaux de référence de 150 lits chacun dans les chefs lieux de 8 régions, notamment Bafoussam, Bamenda, Bertoua, Buea, Ebolowa, Garoua, Ngaoundéré et Maroua, pour 80 milliards F Cfa, soit  10 milliards F Cfa par hôpital. La réhabilitation des plateaux techniques des hôpitaux généraux de Douala et Yaoundé, et du Centre hospitalier universitaire (Chu), pour un coût total de 30 milliards, n’a pas non plus pris corps.

Dans l’ensemble, le Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance et l’amélioration des conditions de vie des populations continue de battre de l’aile dans tous les domaines, près d’un an après son lancement. La construction de 1000 logements sociaux pour 50 milliards, soit 100 logements dans chacun des dix chefs-lieux de région, reste toujours attendue, de même que d’autres projets dans divers domaines tels que l’agriculture, la sécurité, etc. Ce programme est pourtant censé, au-delà de l’accélération de la croissance et l’amélioration des conditions de vie des populations, jouer un rôle crucial dans l’organisation, en 2016 et 2019, des Coupes d’Afrique des nations (Can) féminine et masculine.