Cameroun/France: Le Journaliste camerounais Abdelaziz Moundé redoute une gaffe de Samuel Eto’o au concert de Charlotte Dipanda ce Samedi à Paris

Abdelaziz Mondé Njimbam a peur pour le concert historique qu’offre ce samedi 10 septembre 2016 à l’Olympia Bruno Coquatrix, la diva de la chanson camerounaise Charlotte Dipanda. Le journaliste camerounais installé à Paris, grand spécialiste de la culture camerounaise, estime que la présence de la star du football camerounais, déjà annoncée, pourrait desservir le spectacle.

L’ancien journaliste du quotidien Mutations justifie sa crainte par l’irruption de Samuel Eto’o sur la scène du concert –organisé toujours à Paris-  du groupe X-Maleya voilà deux ans. « Le propos, un brin vindicatif, un chouia mégalo, avec un rab de hargne, le tout enrobé de l’éternel sourire de ce personnage plutôt sympathique, avait alors fait ombrage à l’ardeur et l’énergie scéniques. Les jérémiades à la place des sérénades. Un rideau sur ce supplément d’âme, jaillissant de belles compositions empreintes de culture urbaine, de fusions tradi-modernes, de la saveur de la langue Bassa et d’un vibrant hommage à Eboa Lotin offerts par le groupe X-Maleya. » C’est ainsi qu’Abdelaziz Moundé décrit l’attitude du génial footballeur camerounais à cette époque-là. En espérant qu’il soit plus sage s’il décide de monter sur la scène.

 

Voici le texte complet de son plaidoyer publié sur son profil Facebook le 7 septembre 2016:

 

DE GRACE, POUR L’AMOUR DE L’ART ET DE LA MUSIQUE, QUE SAMUEL ETO’O ET LES AUTRES PERSONNALITES LAISSENT LA VEDETTE, SAMEDI, A CHARLOTTE DIPANDA !

Faisons place nette et unique à la musique. Célébrons la culture et uniquement elle. Valorisons le talent et le répertoire de l’artiste. Evitons, samedi, les discours et la pompe…

Il y’avait, ce jour-là, la perle des stades et le boulet de l’estrade. Le souvenir est encore aussi vivace que les précieux buts du terrible goleador à Sydney, pour une médaille d’or aux Jeux Olympiques que n’aurait renié un Hassan Ndam. Il affleure à l’esprit comme les flopées de dribbles, la brassée d’actions et de passes décisives et la tablée de paniers de buts, aussi ébouriffants que splendides, qui ont fait la légende du recordman de la Coupe d’Afrique des Nations et de la star des Champions League. Celui de l’inutile sortie, la dégaine de rock star et les faux airs de Dj capé, du champion d’exception, il y’a deux ans, lors du concert du groupe X-Maleya, inaugurant, un troisième âge des spectacles d’artiste camerounais dans la salle mythique de l’Olympia à Paris.

La chronique, les trolls et l’hystérie des réseaux sociaux, les bannières de sites et les manchettes de journaux s’étaient figés. La polémique qui succède à la pompe. Un peu comme tétanisés, par ce qui était devenu l’évènement, voilant comme une bâche trop large, une cargaison de fèves rouges de cacao, avec lesquels on fait les plus bons crus de chocolat, métaphore de la prestation époustouflante offerte alors, ce jour, par le trio à succès du Cameroun.

Le propos, un brin vindicatif, un chouia mégalo, avec un rab de hargne, le tout enrobé de l’éternel sourire de ce personnage plutôt sympathique, avait alors fait ombrage à l’ardeur et l’énergie scéniques. Les jérémiades à la place des sérénades. Un rideau sur ce supplément d’âme, jaillissant de belles compositions empreintes de culture urbaine, de fusions tradi-modernes, de la saveur de la langue Bassa et d’un vibrant hommage à Eboa Lotin offerts par le groupe X-Maleya.

Bis repetita ? L’annonce de sa présence au prochain spectacle de la talentueuse Charlotte Dipanda, samedi prochain à l’Olympia, a pris la même tournure virale. Ce qui en soit, à s’en tenir à des figures imposées du marketing, par l’influence et l’aura de Samuel Eto’o, est théoriquement un booster pour un show de cette nature. Tout comme celle du ministre Grégoire Owona et de bien d’autres personnalités.

Mais comme les chats de nos villages, à force de côtoyer la marmite d’eau chaude, on craint même l’eau la plus tiède. Les airs plus sereins de l’immense footballeur qu’est la star d’Antalya en Turquie qu’il a tiré toutes les leçons du précédent spectacle, et qu’il sera le spectateur modèle qu’on attend d’un grand.

Le charme de la discrétion est celui des belles âmes, comme ces personnalités de la politique, du sport, des médias et de divers ordres, têtes couronnées, que l’on aperçoit tous les jours à l’Olympia, à l’Opéra et dans les grandes salles, qui s’exaltent de la seule virtuosité des artistes, leur déroulent le tapis rouge et s’effacent le temps du spectacle.

Sinon, la ferveur autour de notre belle voix qu’est Charlotte, ravit et enchante. C’est une essence singulière, comme une de celles du grandiose Parc national de Korup, dans le Sud-Ouest du Cameroun, réserve de biosphère que nous envie le monde. Une plante qui matifie progressivement ses teintes, croisement de pistil de voix suave et d’étamine de musicalité, qui dans hier, encore, était une fleur toute en couleurs, aujourd’hui un savoureux fruit.

Cet élan serait davantage un signe de cohésion d’un peuple, si la tradition des rendez-vous camerounais dans les salles huppées, suscitait de manière régulière un enthousiasme sain et fédérateur.

Notre pays aux mille atouts, pêche encore sur celui de la cohérence. Il a les plages idylliques de Campo, d’Ebodjé ou Mouanka, plaine de sable doré et les sables mouvants de la diplomatie culturelle. Avec le potentiel de rayonnement que recèlent ces événements, il est très sympathique d’y voir le ministre Grégoire Owona, mélomane à la bonhomie éclatante, mais il serait surtout bon que Mbella Mbella des Relations extérieures et Mouelle Koumbi des Arts et de la Culture, y articulent une définition de l’action culturelle extérieure du Cameroun.

Nous avons les chutes splendides d’Ekom-Nam, de la Metché ou celles très singulières de la Lobé, mais des avalanches d’incongruités. Songez à ce qu’on aurait pu faire en termes de marketing international de la virtuosité de nos artistes de légende, André-Marie Tala et Sam Fan Thomas, l’année dernière à l’occasion de leur concert à l’Olympia !

Le premier, poète, créateur et prodige guitariste a croisé le chemin de James Brown, roi de la soul, qui a plagié un de ses titres, devenu un tube planétaire. Le second, croiseur des rythmes de la cote du Cameroun et des hautes terres de l’Ouest, est jusqu’ici l’un des recordmans africains de vente de disque, avec l’immense African Typic Collection, devenu comme Amio d’Ebanda Manfred, un des classiques africains.

Songez tout aussi, à ce qu’aurait donné, en lieu et place de nos étroitesses d’esprit, une démarche plus intelligente autour des rythmes de la forêt, le Bikutsi et se variantes, auxquels les Têtes Brûlées ont donné de précieuses lettres de noblesse sur le plan international, avec dans ce sillage d’immenses artistes comme Paul Simon, Manu Dibango et des instrumentistes comme Vincent Nguini.

Notre culture, la circulation de nos musiques à l’international ont besoin d’avoir, portés de manière cohérente, partagée, réfléchie, par les pouvoirs publics, les camerounais de l’intérieur et de l’extérieur, les fleurs de Korup, type Charlotte Dipanda, les coquillages en éclosion de Kribi et de Mouanko, comme l’incarne en la jeune scène en émergence et les arbres de légende, comme ceux de la réserve du Dja ou du site d’Ebogo, cette pléiade de virtuoses qui ont fait la gloire de notre pays ces quatre dernières décennies.