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CAMEROUNAISES ET PROSTITUTION : LES VENDEUSES DE SEXE DE LA « LANGSTRASSE » ZURICHOISE

CAMEROUNAISES ET PROSTITUTION : LES VENDEUSES DE SEXE DE LA « LANGSTRASSE » ZURICHOISE

Sous la réverbération du néon distillant une lumière rougeâtre tamisée, on aperçoit la silhouette dodue d’une africaine affairée dans un box vitré. Son corps, mis en évidence par une tenue légère laissant deviner ses formes avantageuses, et son visage habillé d’un sourire aguicheur, sont autant d’ingrédients destinés à séduire les nombreux passants et curieux. Jolie la Star – tel est son sobriquet – est dans son élément et semble se délecter des regards perçants qui lui sont destinés.

Un client s’arrête, s’enquiert des conditions à remplir pour s’offrir un coït, les yeux pétillants d’envie, la bouche salivant. « De quel pays viens-tu ? », croit-il nécessaire de demander, question d’établir un rapport plus humain avant éventuellement la consommation de cette chair  succulente. La marchande de charme lui rétorque qu’elle vient du Cameroun et lui déroule le chapelet des pratiques auxquelles elle se définit comme experte. Et tout y passe : pipe, anal, vaginal, massage, sado maso…Mais Le client sera rapidement éconduit à l’arrivée d’un homme à la carrure longiligne, vêtu d’un manteau noir et qui semblait y avoir des entrées privilégiées. Un bon payeur certainement !

Bienvenue à la « Langstrasse », quartier reconnu comme étant le temple des loisirs et du plaisir dans l’agglomération Zurichoise. Pour le voyageur d’un soir qui veut immédiatement s’immerger dans la température tonitruante des frasques mondaines en Suisse, l’on ne saurait rêver de meilleure destination. L’offre en termes de divertissements est sans limite. Dans tous les coins de rue, des ivrognes s’affairent, des prostituées racolent, des toxicomanes se ravitaillent. La vie se consomme ici sans retenue.

C’est dans cet océan de chair à déguster, ce grand harem de débauche que la communauté camerounaise active dans la vente du sexe a érigé son siège. L’activité est bien huilée, les initiés usant de codes langagiers qu’ils sont les seuls à maitriser.

Dans un petit bistro camerounais du coin, la bière coule à flot. La tenancière arbore un large sourire et souhaite la bienvenue à tous ses clients qui sont ici comme à la maison. C’est ici que les camerounais dans l’ensemble se retrouvent pour tuer la nostalgie du pays. De temps à autre, un blanc fait son irruption sous le regard pétillant et affamé des fauves prêts à bondir. La tension est palpable et le mâle, se sentant en terrain conquis dans cette forêt grouillant de chasseuses de primes, arbore une allure de fierté tout en prenant place à côté de sa « viande » du jour. Une ancienne amante, ulcérée de se voir éconduite, va entreprendre de reconquérir son pourvoyeur en francs suisses, ce qui va provoquer des éclats de voix nourris. « Il dit qu’il ne te veut plus car tu as volé son argent l’autre jour. Aujourd’hui c’est mon tour alors fais-gaffe ! » Un grabuge rapidement maitrisé par la tenancière et ses affidés.

Dans de petits coins obscurs ou alors dans des lieux repérés d’avance, il n’est pas rare de surprendre des ébats intenses, trahis quelques fois par des gémissements refoulés. L’activité n’a surtout pas d’âge. Des femmes dont le visage trahissait des rides en formation,  se comptent parmi les exorcistes du désir. Elles soulagent les possédés, recueillant parfois leur semence avec plus de dextérité que les jeunes. Certains clients les préfèrent d’ailleurs, arguant du fait qu’avec les femmes d’un certain âge, c’est l’expérience qui s’exprime.

Dans ce vaste étang de débauche puant le sexe, les homosexuels ne sont pas les moins nantis. Ici, les gays s’assument et racolent innocemment. La communauté camerounaise en compte de très nombreux dont Langstrasse est aussi le paradis. On les rencontre parfois parés de perruques et d’accessoires féminins, la démarche expressive et les sens attentifs aux éventuelles sollicitations.

Si la nuit les camerounaises sont abondamment présentes dans tous les petits coins obscurs, leur présence est plus discrète dans la journée. Ceci est du reste compréhensible. L’ébauche d’énergie en termes d’horizontalité agissante qui a libre cours la nuit est telle qu’il faut profiter de la journée pour s’offrir un sommeil réparateur. Mais la prostitution de rue est juste la face visible de l’iceberg. Cette dernière est habituellement l’apanage des femmes qui ont un permis de séjour en bonne et due forme et qui ne craignent pas les contrôles inopinés mais réguliers des forces de l’ordre. La majorité des vendeuses de sexe vivant encore dans l’illégalité opèrent dans l’intimité d’appartements qui leur sont sous-loués par des proxénètes souvent camerounaises et qui leur imposent des tarifs exorbitants par semaine. Pour faire face à ces exigences draconiennes, le recrutement des clients se fait par des petites annonces dans des journaux locaux avec les risques que cela comporte. C’est ainsi que ces appartements se transforment souvent en sites de marchandisation et de consommation de sexe.

La concurrence effrénée que se livrent les belles de nuit est d’une férocité sans limite. Les coups bas sont multiples comme par exemple des appels anonymes à la police pour signaler la présence de filles vivant dans l’illégalité dans les parages ou alors tout simplement de calomnier une concurrente ou rivale.

Si l’impression qui se dégage est accablante compte tenu du fait que les vendeuses sont souvent des femmes mariées, intégrées et qui ont la possibilité de gagner leur vie autrement que par leurs envolées éjaculatoires, l’on ne saurait omettre de relever le cas de ces nombreuses victimes qui n’ont d’autres choix que de se laisser embarquer dans cette voie avec l’espoir de sécuriser un gîte et de pouvoir subvenir à leur besoins élémentaires. Mais la réalité est implacable : à Yaoundé, Douala et d’autres villes du Cameroun, les Zurichoises, dans une proportion très importante, édifient des immeubles grâce à leurs activités libidineuses et argent-chercheuses. C’est aussi ainsi que se construit le Cameroun du Renouveau.

 

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