Cameroun – Yaoundé : le quartier Mimboman privé d’eau potable

Cela fait huit mois que deux sociétés agréées par Camwater n’ont pas pu effectuer des raccordements de la tuyauterie. La population est aux abois.

Vendredi dernier, il était 14 heures lorsqu’une camionnette blanche « double-cabine » utilisée pour les travaux de chantier s’immobilise au lieu-dit «Petit marché dernier poteau», au quartier Mimboman à Yaoundé. Elle est remplie de matériel de plomberie de type grand chantier. Trois personnes en descendent. Elles se dirigeaient, sans poser de questions à personne, vers un lieu qui leur paraissait familier. Il s’agissait d’un point d’eau d’intersection diagonale sur la voie principale à double sens, qui relie le carrefour des sapeurs-pompiers de Mimboman au carrefour Nkoabang.
Cette route ultra moderne, qui fait la fierté de Yaoundé, est couramment appelée par les habitants du secteur, «Nouvelle route des Chinois», pour l’heureux fait que c’est une entreprise chinoise qui l’a reprise, après un bricolage à prix d’or d’un élu de la nation, transformé occasionnellement en entrepreneur de travaux publics.
Les trois techniciens appartiennent à une entreprise dénommée «Socrocit». Elle est spécialisée (apparemment) en plomberie industrielle notamment. Elle a été agréée, puis retenue par Camwater, afin de corriger de grossières erreurs commises par une précédente entreprise, sélectionnée elle aussi, dit-on, uniquement pour sa proximité avec la direction générale de la Camwater. Cette entreprise-là avait, à son tour, bricolé les travaux de tuyauterie souterraine au départ du château d’eau de Mimboman, jusqu’à la desserte de Nkoabang. Ces travaux à l’approximation, avaient privé d’eau depuis lors, de milliers de foyers de Mimboman, au point de les placer au bord d’un soulèvement populaire. La direction générale de la Camerounaise des eaux (Cde), du fait de son contact permanent avec les consommateurs, avait été amenée à s’expliquer, en juillet 2014, dans les colonnes de Mutations, afin de dégager ses responsabilités face à son partenariat avec la Camwater.
Choléra
Le retour de l’eau dans ce secteur de la ville ne sera que de très courte durée, un mois seulement, pas plus. Depuis quatre mois déjà, l’eau a de nouveau disparu dans ce que les habitants appellent «Mimboman-Est», c’est-à-dire une large partie du même côté que le château d’eau de ce quartier, en direction de Nkoabang.
Ce 28 août donc, les populations de Mimboman-Est, à l’arrivée des techniciens de la Socrocit qui s’affairaient aussitôt au point d’intersection des canalisations d’eau, voyaient du coup la fin de leur calvaire. Un porte-parole des populations s’enquiert du temps que prendraient ces nouveaux travaux. Réponse du chef d’équipe de l’entreprise de sous-traitance de Camwater : « Nous venons de constater que la tuyauterie posée ici pour desservir le quartier, n’est pas appropriée à la norme de circonstance. Il n’y a pas de conformité entre le tuyau central et celui qui doit alimenter les populations…». Question du délégué des populations : « Qu’allez-vous faire maintenant pour nous fournir de l’eau ?». « Nous allons rédiger un rapport à notre direction générale qui, à son tour, informera la direction générale de la Camwater», réplique le technicien.
Pour qui connaît le langage des rapports, cela signifie que Mimboman attendra encore longtemps, jusqu’à ce que le choléra ou la dysenterie emporte les consommateurs d’eau de toute nature dans ce secteur.
S’il vous arrivait de dire à un visiteur au Cameroun qu’il existe un grand quartier dans la capitale qui n’a pas d’eau, il vous prendrait aussitôt pour un affabulateur. Et pourtant, Mimboman, avec ses populations résignées, n’a pas d’eau portable, depuis huit mois !