Cameroun : Universités de yaoundé i et ii – toilettes : la matière qui manque le plus

Comment les étudiants se débrouillent pour faire leurs besoins.

Lorsque vous vous baladez à Yaoundé I et que vous demandez la direction des toilettes, très peu d’étudiants parviennent à vous donner une indication exacte. Beaucoup répondent par la question suivante, “Estce qu’il y a des toilettes ici ?» «Ah, je ne sais pas où elles se trouvent, mais en haut là-bas, vous avez un restaurant où il y a les toilettes et il y en a aussi à la bibliothèque».

Et lorsque vous finissez par trouver des toilettes, ouvertes de surcroît, vous ne comprenez pas pourquoi il y a une jeune femme à côté, accroupie, en train d’uriner sur ses pieds. Sur la porte, les inscriptions «Toilettes publiques rénovées 2016-2017» apparaissent. Un agent d’entretien est placé devant, un balai à la main et lance : «50 pour pisser, pour l’autre vous ne pouvez pas, les toilettes sont bouchées et il n’y a pas d’eau. Cela fait deux semaines que je me plains que la pression d’eau est faible et qu’elle n’arrive pas ici, regardez !».

Les toilettes semblent pourtant plutôt bien entretenues, hormis les problèmes visibles de canalisation, mais n’ont pas l’air d’être beaucoup utilisées depuis leur réouverture. Une étudiante de troisième année interrogée a déclaré que ces mêmes toilettes sont restées fermées pendant deux ans et ont rouvert la rentrée dernière. Que depuis, elles sont constamment fermées et que, lorsqu’elles sont ouvertes, elles sont inutilisables. Les étudiants qui connaissent leur existence savent tous qu’elles sont constamment fermées puisque parmi ceux qui se dirigent vers elles, plusieurs n’essaient même pas d’ouvrir la porte et se dirigent d’emblée vers un coin discret pour effectuer leurs besoins.

« On va faire comment ? »

Le Campus de Yaoundé 1 est immense, il constitue non seulement la première université du Cameroun, mais il hérite aussi la dénomination de «mère des universités» au Cameroun, autrement dit, c’est elle qui fait la réputation estudiantine camerounaise en Afrique et dans le monde. Il semble donc difficile à concevoir qu’on ne puisse pas aisément se soulager en son sein. Pourtant, les étudiants ont intégré ce phénomène et vivent avec. «Vous voulez que l’on fasse comment? On se débrouille comme on peut», déclare une étudiante s’apprêtant à aller uriner derrière l’infrastructure.

La plupart des étudiants rencontrés, s’arrangent à ne jamais éprouver la nécessité de se soulager de manière archaïque. Lorsqu’on leur demande où est ce qu’ils font précisément leurs besoins, certains répondent qu’ils le font où ils peuvent. D’autres s’arrangent, en quittant leur domicile. Ils prennent leurs précautions, à l’heure du déjeuner, ils utilisent les toilettes du restaurant où ils se rendent. En outre, concrètement, à Yaoundé 1, au sein de la mère des universités, on ne peut pas se soulager à son aise.

Cependant, une alternative a été improvisée dans les toilettes de la bibliothèque. En effet, lorsque vous pénétrez en son sein et que vous déclarez vouloir utiliser les toilettes, on vous fait payer 50 francs et en contrepartie, on vous remet une clé. Ces toilettes sont petites mais plutôt propres. Du savon est même mis à disposition des utilisateurs. Son accès est normalement réservé aux utilisateurs de la bibliothèque, mais elle semble être devenue le seul endroit décent de l’université où les étudiants peuvent se soulager.

Imaginez alors si vous vous trouvez à l’autre bout du Campus et qu’une envie pressante vous submerge… On s’est alors intéressé à savoir où le personnel du campus exécutait cette action. Un agent de l’université a ainsi déclaré de manière très décontractée ne pas être au courant du problème soulevé puisque lui a des toilettes dans son bureau. Lorsque l’on s’adresse aux agents (ingénieurs, secrétaires) de la direction des infrastructures de la planification et du développement, les principaux individus en charge de l’aménagement du campus, personne n’estime avoir la capacité de répondre.

Infrastructures inutilisables

De plus, on rencontre le même problème à Yaoundé II. Une étudiante s’est par ailleurs plainte du fait qu’un colloque sur Chantal Biya ait eu lieu deux semaines plus tôt à l’université de Yaoundé II, et a de ce fait mobilisé énormément d’argent alors même que les étudiants n’ont pas d’endroit où se mettre à l’aise. Il semblait effectivement pour eux scandaleux, d’organiser un tel événement avec la bénédiction de l’université alors même que les infrastructures de base laissent à désirer.

Pourtant, il existe bien des lieux à destination des étudiants, prévus à cet effet au sein de l’université tout comme à celle de Ngoaekellé, mais ils sont soit scellés, soit ouverts mais bouchés, donc inutilisables. Notons tout de même que non loin de la salle des actes, celle-là même, où eut lieu le colloque précédemment cité, se situe un local où sont inscrits les mots «toilettes publiques ». Cependant, le lieu est inaccessible parce que obstrué par des déchets de tous genres d’une part, et en raison de l’odeur qui nous laisse deviner la suite.

Les mouches gravitent autour, le  sol est bondé d’excréments. À quelques mètres de là, une femme braise le poisson et déclare que régulièrement dans la journée, des étudiants viennent faire leurs besoins à côté, où ils peuvent. Une minorité d’étudiants ont déclaré connaître l’existence de toilettes effectives au sein de l’université, mais lorsqu’on leur demande s”ils y vont régulièrement, ils répondent « non jamais » et ne peuvent plus précisément les indiquer. Au-delà de tous les désagréments de conforts que cette absence d’infrastructures décentes peut entraîner, de graves problèmes sanitaires peuvent en découler.