Cameroun: un procès relatif à l’histoire des relations avec la France

C’est ce que représente le procès d’André Blaise Essama, un activiste Jugé pour avoir attaqué la statue du Maréchal français Leclerc en 2015

 

La mémoire coloniale est entretenue au Cameroun par des monuments, des rues baptisées, des ponts etc. Parlant de monuments historiques, la statue du Maréchal Leclerc, qui bien n’ayant pas eu de responsabilité sur le plan administratif à l’époque coloniale au Cameroun, a subi en 2015 les fougues d’un activiste camerounais qui sera plus tard jeté en prison. Selon l’avocat de André Blaise Essama, son client «Blaise Essama ne s’estime pas vandale. Il estime qu’il est un nationaliste. Il estime que Monsieur Leclerc ne devrait pas avoir sa statue à la place du gouvernement, parce que ce n’est pas le Camerounais qui a placé cette statue là-bas. C’est le colon qui l’a placée au lendemain de la seconde guerre mondiale. La France ayant remporté la guerre contre l’Allemagne, a donc, pour féliciter Leclerc placé sa statue à cet endroit là».

S’exprimant sur d’autres tribunes, André Blaise Essama a indiqué préférer voir à la place d’un héros français, la statue de héros camerounais comme par exemple celle du Lieutenant Ndonkeng, l’un des premiers officiers de l’armée camerounaise tombé sur le front de la lutte contre le groupe armé Boko Haram dans le Nord du Cameroun.

Sans être l’avocat de la France, Manu Djemba, cadre communal de Douala 1er où est située la statue querellée réplique: «Je pense que c’est même un mauvais procès qu’on fait à la France. La France a posé des actes comme tout autre pays pourrait en poser ou a posés. Je pense que quand un mauvais pan de l’histoire s’est terminé, les hommes ont la capacité de rebondir et de repartir vers un avenir meilleur.»

Lors de la débâcle allemande de la première guerre mondiale, 30 000 camerounais auraient porté les bagages et accompagné les colons allemands en Guinée Equatoriale d’où ils embarquèrent. Pendant cette opération, pas moins de 6000 Camerounais seraient morts. Alors, l’affaire André Blaise Essama pose le problème de la conservation de la mémoire authentique du pays. Et l’enseignant d’histoire, Jean Tokou Mouanleu déplore un manque:

 

L’activiste camerounais, Blaise Essama

«Ce qui est embêtant, c’est que nous sommes dans un pays comme le Cameroun et nous ne voyons de monuments et des avenues qui font allusion à ces camerounais qui ont versé leur sang. Pour moi, il ne faut pas casser les monuments Leclerc et autres, ça fait partie de notre histoire. Mais il faut restituer à côté d’autres monuments pour ces camerounais qui sont morts, afin que l’histoire de ce pays soit une histoire originelle, une histoire authentique.»

En attendant, la mémoire du Cameroun reste tronquée par les camerounais eux-mêmes, selon Manu Djemba pour qui le sentiment dit antifrançais qui en découle est en réalité plus un sentiment d’injustice qu’un rejet de la France, mais un sentiment qui pourrait disparaître suite à une simple réparation de l’injustice:

«Beaucoup de Camerounais ne veulent pas que l’histoire soit dite dans toute sa vérité. Parce que lorsque la France passait la main, le pays devait revenir à un certain nombre de personnes qui ont demandé l’indépendance. Mais ce n’est pas à ceux-là qu’on a donné l’indépendance. La France a préféré donner l’indépendance à ceux qui n’ont jamais demandé quelque chose, à la limite qui voulait toujours être des larbins. Aujourd’hui, les larbins veulent que l’histoire se taise, qu’elle ne parle pas.»

Le professeur Jean Tokou Mouanleu insiste qu’il faudrait porter aux programmes scolaires les livres écrits par les camerounais sur la colonisation et l’époque postcoloniale, rebaptiser les routes au Cameroun, et construire des monuments de héros camerounais pour une meilleure appropriation de la mémoire collective.