Cameroun : trois personnalités soupçonnées de malversations financières interpellées

Mise en place en 2006 par le gouvernement camerounais, l’opération judiciaire « Eperviers » de lutte contre la corruption ajoute des têtes à son tableau de chasse. Cette semaine, trois personnalités dont un ancien collaborateur de Paul Biya ont été interpellées par la justice et placées en détention provisoire. Il leur est reproché des malversations financières.

Le dispositif anti-corruption camerounais a encore frappé. Selon une source judiciaire citée par l’AFP ce jeudi, trois personnalités camerounaises ont été écrouées pour malversations financières présumées dans le cadre de l’opération anti-corruption « Epervier ». Il s’agit de Louis Max Ohandja, ex-secrétaire d’Etat auprès du ministre camerounais des travaux publics, chargé des routes, de Jean William Sollo, ancien patron de la Cameroon water utilities corporation (Camwater) et de Bruno Bekolo Ebe, ex-recteur de l’université de Douala. « Il leur est reproché des malversations financières, mais les montants ne seront connus qu’au terme des informations judiciaires qui seront ouvertes », a précisé un responsable du Tribunal criminal spécial (TCS) à l’AFP.

Au cas par cas, notons que Bruno Bekolo Ebe et Louis Max Ohandja sont tous les deux soupçonnés de malversations financières à l’Université de Douala. Pour le premier, les faits remontent à 2014. Selon le Conseil de discipline budgétaire et financière, une cellule officielle d’enquête sur les problèmes de gouvernance au sein des administrations et des sociétés publiques, l’ancien recteur de l’université devrait à l’Etat une somme de 2,4 milliards de francs CFA, soit environ 3,7 millions d’euros. Pour le second, anciennement directeur d’une école professionnelle dépendant de l’université de Douala, on lui reproche également une mauvaise gestion financière. Quant à Jean William Sollo, on lui reproche un détournement de fonds au sein de la Camwater entre 2012 et 2016, période au cours de laquelle il a dirigé la société. Les trois personnalités ont été inculpées par le TCS et placées mercredi soir en détention provisoire à Kondengui, la prison centrale de Yaoundé, a ajouté la source judiciaire.

Motifs politiques ?

Les avocats des trois inculpés ne devraient pas trop réfléchir pour trouver un argument à faire valoir. L’opération judiciaire « Epervier » dans le cadre de laquelle les responsables ont été arrêtées est très controversée au Cameroun. Pour beaucoup de personnes, il s’agit d’une opération mise sur pied pour les règlements de compte ou pour écarter les potentiels adversaires du président Paul Biya au pouvoir depuis plusieurs années déjà.

En effet, l’opération a déjà permis de mettre la main sur plusieurs ex-patrons d’entreprises publiques et ex-ministres. Ephraïm Inoni, ex-premier ministre camerounais a été condamné en octobre 2013 à 20 ans de prison pour« détournement de deniers public ». On parle de plus de 1,68 milliard de francs CFA, soit environ 2.56 millions d’euros. Même sort pour l’ancien puissant ministre de l’administration territoriale et ancien secrétaire général à la présidence, Marafa Hamidou Yaya, qui a été envoyé en prison pour 20 ans pour « détournement de deniers publics », lui aussi. Le malheureux ancien membre du gouvernement n’a jamais arrêté de crier au règlement de compte politique alors qu’il avait été cité quelques mois avant son arrestation, dans des télégrammes diplomatiques américains révélés, comme sérieux candidat à la succession de Paul Biya. Le sort des dernières« victimes » en date semble être déjà acté.