CAMEROUN :: TRANSPORT URBAIN, UNE VIE DE “CLANDO”

Comment les autorités en charge de la protection du transport au Cameroun ont pendant longtemps laissé faire.

« Leboudi », « Nkolbisson », « Béatitude », « on va », « il manque une place, complétez », sont les paroles que laissent entendre les chargeurs des voitures « clandos » à Mokolo au lieudit Santa Lucia malgré les klaxons des voitures et des motos qui y circulent. Garées les unes après les autres près du supermarché, ces voitures sont de différentes couleurs. Vert, rouge, blanc, noir sont les plus visibles à cette place. Tennis aux pieds, pantalon jean à moitié sale, t-shirt bleu sur lequel est recouverte une chasuble de couleur verte Boris Onambele invite les clients à monter dans les véhicules garés. « C’est où madame, monsieur. Serrez. Il faut une place. On embarque », peut-on l’entendre dire en tant que chargeur de véhicule et responsable de cet espace. Peinture grattée, roues presque affaissées, rétroviseurs cassés et vitre arrière recouverte de plastique comme protection sont l’état physique que laissent voir ces véhicules. Quant à l’intérieur, la situation n’est pas toute à fait agréable.

Pour certaines, les sièges sont totalement déchirés et recouverts de plastiques comme protection pour ne pas salir les passagers. Pour d’autres, les portières sont défectueuses, pas de manivelle, vitres cassées, poussière sur les sièges, ils embarquent seulement les clients. Quant au parfum qui y dégage, il reste indésirable pour les passagers. Les conditions de voyage du lieu de départ jusqu’à la destination restent un calvaire pour les différents passagers. « Nous empruntons ces voitures pour des raisons de sécurité. Il est vrai que nous sommes mal à l’aise. Nous nous asseyons au nombre de quatre personnes pour le siège arrière et deux pour celui de devant. Imaginez-vous lorsque nous sommes en période de chaleur ce que ça donne. Mais nous préférons cela parce que les prix sont abordables par rapport à ceux des mototaxis et les risques d’accidents sont moins élevés », explique Madeleine Ngono, une passagère à bord pour le quartier Béatitude. Près d’elle Hortense Zibi s’enflamme.

« Il est impossible que je monte à l’arrière. Comment vais-je m’asseoir ? Sur les cuisses des autres clients ? Ça ne peut aller La voiture est faite pour prendre trois personnes et non quatre », déclare-t-elle toute furieuse. Elle descend du véhicule qui est déjà presque plein pour attendre un autre véhicule. Plus que surprise, Hortense fait face à la même situation avec la prochaine voiture qui fait son chargement. Se rendant au quartier Nkolbisson pour rendre visite à une amie, Hortense propose donc au chauffeur d’occuper le siège avant et de payer pour deux. « Je vais donner 400 FCFA pour les deux places. Ce n’est pas un problème », l’entend-on dire. La situation est le même ici à l’intérieur de la station Total Mokolo qui est également un lieu de transport clandestin. Garées par ordre d’arrivée, les voitures sont recouvertes de poussière et boue. Les chargeurs et les chauffeurs crient dans tous les sens pour faire appel aux clients. Pour ces chauffeurs de voitures, certains sont les propriétaires et d’autres sont des employés.

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« Cela fait exactement deux ans que je fais le clando ici. Ce véhicule appartient à mon patron. Chaque jour, je dois lui reverser une somme de 8000 FCFA et le reste je me débrouille avec pour les besoins de ma famille et l’entretien du véhicule », confie un chauffeur. Agé de 36 ans, Roland Otabele s’est lancé dans cette activité pour des raisons qu’il explique. « Je suis dans ce travail depuis trois ans déjà. Je suis un infirmier diplômé d’Etat et je fais le clando. J’ai plusieurs fois déposé des dossiers pour être embauché mais aucune réponse favorable. J’ai même fait le concours de recrutement ou l’on m’a demandé de donner une somme 2.000.000 FCFA pour être admis. Avec toutes ces nombreuses tentatives. Que pouvais –je faire ? J’ai acheté cette voiture par occasion chez un ami et je me débrouille avec », confie-t-il.

Pour le mode de paiement, les prix varient en fonction des quartiers. «Les tarifs sont fonction des points de descente. A partir de Béatitude, Dagobert, Carrefour Onana c’est 250 FCFA par personne. De la Carrière jusqu’à Leboudi, les passagers déboursent 300 FCFA. Le transport jusqu’à Oyom-Abang et Nkolbisson est de 200 FCFA », explique William Lebogo, un chauffeur de véhicule. Comme tout autre activité, cette dernière rencontre des difficultés tant chez les chauffeurs que les passagers. « Nous avons des clients qui sont malhonnêtes. On dit bien 250 FCFA, il monte mais arrivé à destination il te donne 150 FCFA sous prétexte qu’il a dit au chargeur qu’il a 150 FCFA. Cela engendre des disputes entre le chauffeur et le client », explique William. « Nous avons également le mauvais état de la route qui rend défectueuses nos voitures. Parfois le véhicule peut tomber en panne en cours de chemin, pour des clients de bonne foi ils paient et empruntent un autre véhicule. D’autres ne donnent même pas la moitié et s’en vont. Dans d’autres situations, le client n’avertit pas qu’il n’a pas de petite monnaie, arrivé à destination pour problème de pièces on peut prendre 200 FCFA au lieu de 150 FCFA et 300 FCFA pour 250. Pour cette somme de 50fcfa, les clients nous insultent et s’engagent parfois à bagarrer », ajoute-t-il. Pour d’autres, les différents contrôles de police sont un obstacle pour leur travail.

« Nous payons les impôts mais à chaque contrôle routier, nous devons donner quelques pièces pour qu’on nous laisse passer. Sans compter le mauvais état de la route qui nous envoie faire des visites techniques au moins deux fois par semaine », déclare un chauffeur de véhicule. Quant aux passagers, les conditions sont indissociables. « Nous sommes serrés et parfois les sièges de véhicules ne sont pas nettoyés », confie une cliente. « Les chauffeurs sont arrogants. Ils ne savent pas répondre. Hormis cela, nous avons les chauffeurs escrocs. Le prix qu’ils vous donnent ce n’est plus le même à destination », déclare Oriane Obono, une passagère.