Cameroun – Télécommunication. MACHINATION: Qui veut la faillite 3 de Camtel ?

Dans l’optique de jouer au mieux sa partition lors de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) de football féminine qu’abrite le Cameroun en novembre prochain, l’opérateur public de téléphone a lancé une opération de recouvrement forcé de ses créances estimées à 65 milliards de Fcfa. En effet, dans un communiqué

 

RECOUVREMENT FORCE. Camtel Traque ses débiteurs

Dans l’optique de jouer au mieux sa partition lors de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) de football féminine qu’abrite le Cameroun en novembre prochain, l’opérateur public de téléphone a lancé une opération de recouvrement forcé de ses créances estimées à 65 milliards de Fcfa. En effet, dans un communiqué de presse daté du 26 septembre dernier et signé de son directeur Marketing et Communication, Benjamin Gérard Assouzo’o, la Cameroon Telecommunications (Camtel) informe sa clientèle qu’à la suite de nombreux rappels faits à ses partenaires pour le paiement de leurs consommations mensuelles, une vaste campagne de recouvrement forcé des créances a été lancée le lundi 26 septembre 2016 sur l’ensemble du territoire national. «La campagne consiste en l’usage de tous les moyens de recours légaux, entre autres, les suspensions temporaires des services voix et internet» précise le communiqué. Dans sa sortie inhabituelle, Camtel indique que les créances qui remontent à plusieurs mois d’impayés, lui causent un manque à gagner énorme. Dans ce communiqué de presse dont votre journal a obtenu copie, il n’y a pas une liste qui dévoile les noms des clients concernés par cette opération de recouvrement forcé. Toutefois, une source à la direction générale de Camtel impliquée dans cette opération de recouvrement a confié que les entreprises publiques, Cameroon Radio And Television (Crtv) Sopecam (éditrice de Cameroon Tribune), Camair-Co sont parmi les mauvais payeurs. Décryptage. Camtel traque ses débiteurs

Réalisé par Doualla Manga Eric

 

CORRECTION.Mesures d’autorité inédites

«Nous sommes à quelques mois de la Can féminine de football qui va se jouer au Cameroun et Camtel doit beaucoup apporter sur le plan technique lors de cette compétition. Mais nous ne pouvons pas être à la hauteur si notre principal client n’arrive pas à payer sa dette. Il faut savoir que cette entreprise ne peut plus fonctionner dans ces conditions.

Camtel doit renouveler ses équipements, elle doit fonctionner, payer ses partenaires et sa dette interne. Chaque mois, nous accumulons une dette de plus de 3 milliards Fcfa auprès de nos clients», a expliqué le directeur Marketing et Communication. Selon nos sources, certains particuliers figurent parmi les clients qui ne paient pas leur consommation mensuelle. Gérard Assouzo’o a également ajouté qu’«il y a des gens qui utilisent une consommation d’un million Fcfa par mois. Lorsqu’ils reçoivent les factures, ils refusent de payer en disant que Camtel peut les traduire en justice. Dans la majorité des cas nous suspendons les services, mais les dettes ne sont jamais payées». Les responsables de Camtel font savoir qu’en 2014, une compensation des dettes croisées entre l’Etat du Cameroun et Camtel avait été effectuée. Il faut entendre par compensation de dette croisée, le calcul de ce que chacune des parties doit à l’autre. La compensation des dettes croisées avait tourné à l’avantage de Camtel. «Le ministère des Finances devait nous donner 15 milliards après cette compensation de dette. Camtel n’a jamais reçu cet argent jusqu’à ce jour», avoue un cadre.

En tout cas, à la suite du communiqué du 26 septembre, la société nationale des télécommunications n’a pas tardé à mettre en exécution ses menaces. Des lignes téléphoniques et la connexion internet ont aussitôt été coupées à toutes les compagnies ne s’étant pas acquittées de leur dette. Des témoignages enregistrés ce lundi 26 septembre dans plusieurs ministères (Agriculture, Pêches, Tourisme, etc.) à Yaoundé, la capitale du pays, confirment effectivement cette suspension des prestations de Camtel. D’après les chiffres communiqués par la Camtel, l’Etat (avec 60% du réseau filaire) et ses démembrements concentrent la plus grande partie des créances d’un montant estimé à plus de 65 milliards de Fcfa. Des entreprises publiques et parapubliques font également partie de la liste des mauvais payeurs. Dans le viseur, l’on cite, la Cameroon Radio Television (Crtv), organisme public de radio et télédiffusion, qui cumule une dette de 4 milliards de Fcfa, la Société de presse et d’édition du Cameroun (Sopecam) endettée à hauteur de 1 milliard de Fcfa ou encore Camair Co, la compagnie aérienne nationale, qui n’a pas payé ses factures de téléphone et internet depuis plusieurs mois. Montant: 200 millions de Fcfa. Dans la liste des sociétés débitrices, on retrouve des privés à l’instar de Creolink, qui doit à elle seule 3,4 milliards de Fcfa. Mais, Camtel assure aux mauvais payeurs que les services ainsi suspendus seront rétablis immédiatement après le paiement des arriérés dus. La compagnie envisage par ailleurs de saisir la Justice si ces créanciers s’obstinent à ne pas régler leurs factures. Seulement, entre temps, le Premier ministre Philemon Yang va entrer en jeu en ordonnant le rétablissement desdites lignes. Le Pm, à en croire nos sources, promet que le ministre des Finances va régulariser la situation.

 

REGLEMENTATION

En interrogeant l’article 6 du décret N°2005/441 1er novembre 2005 fixant les conditions d’installation et de prise en charge des moyens de télécommunications dans les services publics, il ressort que «chaque département ministériel ou assimilé ouvre une ligne budgétaire destinée à régler les frais d’installation et les redevances de consommation des services des télécommunications offerts par les opérateurs des réseaux fixes et mobiles terrestres.» Selon l’alinéa 2 du même article, «les frais d’installation et les redevances de consommation des moyens de télécommunications sont mandatés par le ministre utilisateur ou assimilé pour les services publics de son département ministériel, ou par le chef de la structure publique pour les services de son ressort.»Tout à côté, l’article 7 insiste sur le fait que «chaque ligne de service public bénéficie d’un quota mensuel de consommation fixé conformément à l’annexe 1 du présent décret.» Et même, (alinéa2), les redevances de consommation sont engagées à concurrence du quota visé à l’alinéa 1 ci-dessus. Avant de préciser (alinéa 3) que «Lorsque le quota est atteint avant la fin de la période correspondante, la ligne est immédiatement restreinte en réception pour la période concernée. Toutefois, les quotas non consommés sur une période sont automatiquement reconduits et pris en compte sur les périodes suivantes, dans le cadre du même exercice budgétaire.» Sauf que (mentionne l’alinéa4), «Nonobstant les dispositions des alinéas 1, 2 et 3 cidessus, le Président de la République, le président de l’Assemblée nationale, le Président du Senat, le Premier ministre, le président du Conseil Economique et Social, le Président du Conseil constitutionnel, le Président de la Cour Suprême, le Procureur général près de la Cour Suprême, le ministre en charge des Relations extérieures disposent de lignes de téléphone sans quota de consommation.»

MACHINATION: Qui veut la faillite de Camtel ?

Au Cameroun, ministres, directeurs généraux des sociétés publiques, responsables de l’administration centrale, généraux et colonels des armées, commissaires divisionnaires, députés, sénateurs et autres hauts commis de l’Etat occupant des résidences de fonction, ont droit gratuitement à tous les avantages, même quand aucune disposition législative ne plaide pour une telle magnanimité de l’Etat.

Dans ces vastes résidences où parentés lointaines ou imaginaires et camarades des confréries sont logés, l’eau de la Camerounaise des eaux (Cde) coule nuits et jours des robinets. Les projecteurs allumés ne s’éteignent jamais ; le téléphone fixe et la connexion internet sont utilisés à plein temps par des coquins et coquines avec à la clef, une accumulation grotesque de factures impayées qu’on abandonne au nouveau locataire au moment du déménagement.

Dans les ministères et autres corps de l’Etat, les fonctionnaires fantômes ne font un tour par semaine au bureau que pour battre des records d’appels.

Des bureaux deviennent des cybers café où cousines et affidés viennent prospecter une curieuse clientèle occidentale. A ces pratiques budgétivores, ne peuvent réagir les hauts responsables laxistes qui sont généralement occupés par le contenu des caisses.

C’est à cette pernicieuse routine, à cet envahissant incivique d’Etat, que David Nkoto Emane s’est attaqué avec comme objectif, mettre fin à cette forme de spoliation de la Camtel qui, à long terme, pourrait précipiter sa faillite.

Des exemples des sociétés sous respiration artificielle depuis des années du fait du non-paiement des factures des services publics et des hauts commis de l’Etat sont nombreux. Leurs anciens hauts cadres désignés comme les seuls responsables de leur descente en enfer, ont payé ou continuent de payer un lourd tribut.

Si Yang Philémon a amené le Directeur de la Camtel à sursoir à sa décision, c’est par ce qu’il est conscient qu’une paralysie des services publics lui serait imputable. Le Premier ministre qui connait mieux quiconque ce que dénonce David Nkoto Emane, veut-il sauver sa tête en sacrifiant une société en plein essor ? Le chef du gouvernement n’aurait-il pas mieux fait, en exigeant avant la décision de Nkoto Emane, le paiement des factures de la Camtel par d’éternels insolvables, au lieu de voler à leur secours sans garantie de parvenir au retour de 65 milliards de dettes dans les caisses de cette société ?

En tout cas, le Directeur général de la Camtel a, à travers cette décision, rallié à la cause de la Camtel, des millions de camerounais qui croient que la gestion de la fortune publique et la rigueur des lois ne doivent souffrir ni d’approximations, ni de discriminations, et encore moins de velléités de protection des intérêts personnels.

Dans plusieurs services publics, des lignes budgétaires réservées au paiement de l’eau, de l’électricité, du téléphone et autres besoins liés au fonctionnement quotidien sont ravagées avant la fin de chaque année budgétaire, sans qu’aucune facture ne soit payée. Les responsables en poste détournent ces centaines de millions, accumulent des impayés qu’ils lèguent à leurs successeurs. Indéfiniment, le bal masqué continue. Les sociétés créancières meurent à petit feu, pendant que leur hauts responsables sont jetés en pâture. Le Premier ministre chef du gouvernement devrait, en mettant fin à ces pratiques, affirmer son autorité.

 

OBJECTION.  Bras de fer de la Sopecam

En réaction à la créance qui lui est imputée, la Société de presse et d’éditions du Cameroun (Sopecam) estime que c’est la Camtel qui lui doit plutôt environ 512 millions de Fcfa. Inexact, pense l’opérateur public de téléphone, pour qui la société qui édite le quotidien national Cameroon-Tribune joue au faux fuyant. Il faut souligner que depuis le 23 septembre dernier, la Sopecam n’a plus de ligne téléphonique ni d’internet. Elle se contente d’un modem pour rester connectée au réseau. Et n’utilise le téléphone fixe que pour les communications internes. Les lignes ayant été suspendues par la Camtel qui dit lui réclamer la somme d’un milliard de Fcfa. Une dette que conteste la société. D’après Raould Lebogo Ndongo, le conseiller technique n°1 de la société qui édite le quotidien national Cameroon Tribune, la Sopecam peut aussi revendiquer la somme de 512 millions de Fcfa. Il se dit à Sopecam que les insertions publicitaires et autres de Camtel à Sopecam Marketing and Communication cumuleraient à environ 274,6 millions de Fcfa, tandis que les abonnements impayés se chiffreraient eux à 651,6 millions de Fcfa.

«Ce qui fait un total de 926 millions de Fcfa que la Sopecam brandit comme la dette de Camtel. Et sur la base du cumul des factures envoyées par Camtel, la Sopecam reconnaît une dette de 413,7 millions de Fcfa. Ce qui fait un solde de 512,4 millions en faveur de Sopecam», confie une source à la Sopecam. Tout en qualifiant la réaction de la Sopecam de «faux fuyant», du côté de Camtel, l’on trouve que la Sopecam oublie dans ses calculs les montants déjà versés par l’opérateur historique camerounais des télécommunications. ‘‘Quelle publication de Sopecam peut coûter 651 millions de Fcfa en neuf ans d’abonnement ?’’, s’étonne-t-on dans la foulée. Toujours est-il qu’une source proche de la maison qui édite Cameroon-Tribune soutient que Marie Claire Nnana aurait fait une proposition d’une plate-forme pour des discussions.

 

PRIVATION. Manques à gagner énormes

Avant l’opération coup de poing entamée récemment sur l’ensemble du territoire, la Camtel avait déjà eu à faire à d’autres débiteurs.

C’était le cas en août 2013, lorsque la représentation régionale de l’Adamaoua l’opérateur historique des télécommunications, Cameroon Telecommunications (Camtel), réclama la somme 104. 075. 294 Fcfa à l’université de Ngaoundéré. Cet argent représentait alors les impayés de facture de téléphone de l’institution académique, accumulés depuis le mois d’août 2013. Une correspondance ayant pour objet avis de coupure avait été adressée à Amvam Zollo Paul Henry, le recteur de l’université, le 29 août 2013. Depuis cette date, les enseignants et étudiants de l’université de Ngaoundéré n’avaient momentanément pas eu accès au réseau de télécommunications Camtel. La connexion à internet par le biais de la fibre optique ainsi que les appels téléphoniques avaient été suspendus. D’après des sources chez Camtel, l’université dispose d’une ligne spécialisée qui permet à ses employés de communiquer. Mais l’utilisation de ce service par les employés de l’université ne s’est pas limitée aux appels professionnels, les coups de fil aux amis et à la famille se sont multipliés. D’où la faramineuse note à payer. Pour la représentation de Camtel dans la région de l’Adamaoua, il fallait que cette dette soit payée au moins en partie pour que la mesure de coupure des services soit levée. Et pourtant dans les même temps, la Camtel, apprend-on, a des obligations vis-à-vis de ses partenaires à l’instar d’Exim Bank of China et des plusieurs banques locales. D’après les explications de Benjamin Assouzo’o, contacté par la chaîne radio Bbc, il y a plus d’un an et demi que l’État avait promis de verser à Camtel 15 milliards de Fcfa sur 15 mois, en raison d’un milliard par mois. Mais 9 mois après, Camtel n’a pas reçu le moindre kopeck. En outre, l’État consomme auprès de la Camtel l’équivalent de 6 milliards de Fcfa de téléphone par an. «Ce sont les administrations publiques qui consomment le plus de téléphone à travers, notamment, les appels internationaux». Pourtant, l’État ne s’acquitte que de la moitié de sa dette annuelle, soit 3 milliards de Fcfa. Un mode de fonctionnement qui plombe considérablement l’opérateur historique camerounais, qui pourrait, si rien n’est fait, connaître la faillite. À méditer !