Cameroun: Sylvestre Ngouchinghé et l’aventure Congelcam

L’homme a découvert sa voie en important et en distribuant du poisson et des fruits de mer.

Parlez de Sylvestre Ngouchinghe à Bafoussam, beaucoup de gens ne le connaîtront pas. L’homme n’est pourtant pas un modèle de discrétion. 237online.com Engagé dans le parti au pouvoir et habité par la volonté d’orienter la distribution des cartes au sein des communautés Bafoussam, Baleng et Bamougoum dans la Mifi dont il est originaire, il est présent dans les rencontres du week-end. Dans le marquage de l’espace, son sceau est visible à travers une gigantesque maison construite sur la route de Bamenda, dont les alentours sont illuminés à la tombée de la nuit par un dispositif solaire très esthétique. Parlez de Congelcam et vous voilà dans le sujet. Le notable à la chefferie Bamougoum est devenu milliardaire en vendant du poisson. Comme les autres, il construit des ponts, des écoles et des foyers culturels qu’il donne aux populations. Congelcam n’est pas une nébuleuse. Un rapport de stage soutenu par Patrick

Aimé Tembere Ndebegho, en 2009, pour un master conjoint Université de Douala/Université de Rennes donne quelques dates et des chiffres. Même s’il est muet sur le financement initial de ce qui est devenu une affaire florissante. L’on y apprend que Congelcam S.A. est une société spécialisée dans l’importation, l’exportation et la vente des produits frais et congelés notamment le poisson, les fruits de mer dont l’odyssée commence en 1982. Sylvestre Ngouchinghe fait alors la vente en détail du poisson congelé. Ses bénéfices sont réintroduits dans l’achat de congélateurs, qui boostent vite son chiffre d’affaires. Il crée les établissements Congelcam et construit ses premières chambres froides. On estime à 2 milliards de Fcfa le capital de l’entreprise en 1994. 20 ans après et selon des sources internes à l’entreprise, ses activités n’ont pas varié et elle dispose des sites d’entreposage de très grande envergure à Douala, d’un terminus d’importation au quartier Ekié à Yaoundé et plus de 60 agences de vente. Sa capacité logistique actuelle lui permettrait de réceptionner un bateau entier de produits tous les deux jours, ce qui fait d’elle le leader incontesté de la zone Cemac sur le marché du poisson. Prête-nom ? A Bafoussam, la richesse de cet homme (280 millions de dollars US selon le classement Forbes) n’échappe pas aux insinuations. Pour certains, il ne serait que la face visible d’une nébuleuse tapie dans les couloirs du palais. Le nom de Polycarpe Abah Abah, ex-Minefi aujourd’hui en prison, a été lu sur des tracts à une époque. On lui attribue aussi de nombreuses facilités. Les proches de Congelcam ne manquent pas de faire un rapprochement entre ces insinuations et son entrée en politique. 237online.com En effet, c’est avec curiosité que les observateurs avaient remarqué la non investiture de Sylvestre Ngouchinghé comme candidat sur la liste du Rdpc dans la région de l’Ouest, à l’occasion des élections sénatoriales. Le 7 mars 2013, le milliardaire avait déboursé en cash 1,2 million pour régler ses cotisations partisanes sur plusieurs années, dans la catégorie des opérateurs économiques. Un versement double, fait uniquement parce que le fils de Bamougoum ne retrouvait pas les reçus des cotisations faites à l’avance au niveau de la trésorerie du Rdpc à Yaoundé. Ce jour, l’homme d’affaires avait également aidé, dans les couloirs de la maison du parti Rdpc de Bafoussam, des colistiers à régler des dépenses liées à la constitution de leurs dossiers de candidature. Une débauche d’énergie qui n’a pas produit les fruits escomptés. Au final, il sera nommé, après la disqualification de la liste tant courue, comme sénateur suppléant de l’Ouest. Un strapontin qui fait sourire ses adversaires. « Les gens se sont trompés en croyant que c’est l’argent qui fonde la qualité de militant de notre parti. Or il faut avoir servi le parti, surtout pendant les années difficiles pour savoir ce que c’est. Chez nous, la fidélité, l’ancienneté et l’engagement ne sont pas des vains mots », se félicité l’un d’eux. Joseph Confiance Fongang, ancien député et ancien maître à jouer politique de cette circonscription, est plus amer encore. Les deux hommes se regardent comme chien et chat. Comme Victor Fotso dans le Koung-Khi, Marcel Niat dans le Ndé, feu André Sohaing à Bayangam, Kadji Defosso à Bana, Sylvestre Ngouchinghe veut être le leader de la Mifi. Il a personnellement contribué à hauteur de 60 millions pour la lutte contre la secte islamiste Boko Haram.