Cameroun : Stecy , ça roule pour le malaise

CAMEROUN :: STECY : ÇA ROULE POUR LE MALAISE :: CAMEROON

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En sept mois d’activité, la nouvelle société de transport urbain vit au rythme de dysfonctionnements.Vendredi 06 octobre. Lieudit « Montée Sni », en plein coeur de Yaoundé. 18h. Les lampadaires éclairent les allers et venues des taxis. Une centaine de clients ont investi le trottoir. Le rang s’étend à perte de vue et la foule est visible de la poste centrale au carrefour Eldorado, à Mvog-Ada. En rangs serrés, les clients attendent impatiemment d’embarquer dans un taxi. Difficile de se frayer un chemin entre la foule. Chaque client crie sa destination à tue-tête. « Terminus ! Pakita ! Mobil Essos ! Nouvelle route Cornier ! Avenue Germaine », lancent des clients. C’est l’heure de pointe chez les taximen. A défaut de faire le ramassage sur la base de l’accessibilité des destinations, les conducteurs ouvrent leurs portières aux plus offrants.

« Vraiment, quand une certaine heure te trouve à la poste centrale, il faut t’apprêter à passer des heures de supplices. On dirait que tous les Camerounais se sont donné rendez-vous à la poste centrale ce jour ! C’est grave! va-ton partir d’ici ? », s’inquiète une cliente. « Je crois que je vais sectionner mon trajet en deux pour vite trouver un taxi. Cela fait deux heures que je suis ici et aucun taxi ne me prend. A croire que mon quartier a été rayé de la carte », ajoute Nadège, visiblement exténuée. Le calvaire n’est pas moins pénible pour les chauffeurs de taxis. Ils doivent prêter une oreille attentive pour espérer entendre les destinations des clients. D’autant que tous s’expriment en même temps.

Empoignades

Sous une fine pluie, un bus de la nouvelle agence de transport en commun de masse, Stecy S.A, fait son apparition. Il est un peu plus de 19h. « Voilà notre sauveur », lance un client. Les passagers, au pas de course, convergent vers un probable point de stationnement. Ici, il n’existe pas d’arrêt- bus. Le bus stationné, un homme en pantalon vert et chemise blanche assortie d’une cravate verte fait son apparition. Il essaie tant bien que mal de contenir la foule qui se bouscule. « C’est la ligne poste centrale/ Nkoabang », tient à rappeler le convoyeur. On se croirait loin, mais bien loin du Cameroun, à la célèbre bourse de ventes et d’achats d’actions de Wall Street aux Etats-Unis. Le percepteur est débordé. Adultes, jeunes, moins jeunes, enfants…, c’est à des empoignades que se livrent les usagers pour trouver place à bord du bus. Il faut également jouer des muscles et des coudes.

Avoir une carte magnétique, outil annoncé comme l’innovation de ce bus par les responsables, est loin d’être un avantage. Les quelques passagers en possession de cette pièces sont également dans la foule. Toute forme de politesse semble être restée au quai. Piétiner le voisin sans lui présenter des excuses, le but c’est d’entrer et de s’assoir. Le calvaire des enregistrements terminés, il faut être patient et faire preuve d’endurance pour arriver à destination. L’entrée n’est pas sélective : badauds, mécaniciens et autres côtoient des passagers en costume-cravate et passagères en tailleur et talons aiguilles. « On vous laisse les limousines vous venez discuter les bus avec nous ici pourquoi ? On ne vous a pas laissés ? ». Ce refrain d’une chanson d’un artiste camerounais est repris en choeur ici par certains.

Pannes

Le bus est plein à craquer. Les 27 places assises, ainsi que les 77 places debout prévues et jugées énormes par rapport au bus sont largement dépassées. Toutes les issues fermées, le trajet de l’enfer peut commencer. A peine 15 minutes de trajet, et une chaleur étouffante envahit le bus. On transpire à grosses gouttes. Les mouchoirs et autres articles mis à contribution pour changer les choses ne servent à rien. L’usager est mal-à-l’aise. Avec les embouteillages quasi-chroniques à cette heure de la soirée, le cocktail est loin de passionner. « Ouvrez ! ouvrez ! ça chauffe… Où est passée la climatisation de ce véhicule ? », lance un passager, irrité. « Vraiment, vous avez vendu l’illusion aux Camerounais. Chauffeur, nous n’allons plus monter dans ce bus si vous n’améliorez pas les conditions ! Tout est vétuste dans ce bus », affirme celui qui se fait appeler Roméo par l’un des passagers.

« La climatisation est en panne… veuillez supporter, chers passagers. Elle sera rétablie », tente de rassurer le convoyeur. Approché à Nkoabang, le point d’arrêt du bus, il confie que l’entreprise connait déjà d’énormes problèmes financiers. Il avoue d’ailleurs avoir des arriérés de salaire. « J’ai des amis qui, quand ils ont besoin de véhicules, je me propose de les accompagner moyennant une somme d’argent que j’empoche. Il faut bien que je nourrisse mes enfants », raconte un chauffeur. Des usagers se plaignent des pannes à répétition du Tourismo, le bus de cette société qui dessert l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen. On est bien loin de l’image de modernité que l’entreprise a vantée aux clients le 25 mars dernier, jour de démarrage des activités de cet opérateur à Yaoundé.

IllusionA la direction générale de la Société de transports et d’équipements collectifs de Yaoundé (Stecy S.A), située au quartier Nlogkak, ces avis sont considérés comme diffamatoires, avec pour but de salir l’image de la nouvelle société de transport interurbain. « Pas d’arriérés de salaires à ce jour à Stecy. L’entreprise ne doit à aucun employé son salaire. Aucun problème technique réel à souligner non plus. Le service de maintenance fait des efforts pour que les bus fonctionnent », souligne Jean Marie Mbega, chargé de la communication de Stecy. Sauf que, les menaces de grève qui proviennent en ce moment des employés du transporteur urbain décrédibilisent totalement les déclarations de ce cadre. Qui reconnaît, pour ce qui est des pannes enregistrées au niveau des bus, qu’elles seraient dues au mauvais état des routes.

Concernant les cartes magnétiques qui sont peu disponibles, Jean Marie Mbega soutient mordicus que rien ne coince. Et qu’à ce jour, au lieu de deux semaines pour avoir une carte, 72h maximum suffisent pour s’en procurer. A supposer que cela soit vrai, il s’avère cependant qu’avec plus de 20.000 abonnés à son actif, l’entreprise devrait tout mettre en oeuvre pour assurer un tant soit peu un service de qualité à ses abonnés. Sept mois à peine après le démarrage de ses activités, des signes d’essoufflement s’amoncèlent et sautent aux yeux chez Stecy S.A. Les 43 bus « neufs et tropicalisés » mis en circulation à Yaoundé en février dernier n’ont pas fait longtemps illusion, alors que rien ne filtre concernant l’arrivée de la deuxième vague des véhicules.