Cameroun – Situation carcérale: Plus de 160 condamnations à mort en 2016

Me Simon Pierre Eteme, le président de la Commission des Droits de l’Homme du Barreau l’a réitéré la semaine dernière au cours de la Conférence nationale relative à son abolition.

Le Cameroun verse-t-il dans l’apologie de cette pratique barbare, inefficace, illégale, injuste, inhumaine et cruelle qu’est la peine de mort ? Les associations « Droits et paix » (Cameroun) et « Ensemble contre la peine de mort » (France) se fondant sur des statistiques récentes répondent par l’affirmative. 237online.com Au cours de la conférence nationale organisée jeudi dernier à Yaoundé en présence des magistrats, leaders des partis politiques, députés et sénateurs, membres de la société civile, experts internationaux, Me Simon Pierre Eteme, le président de la Commission des Droits de l’Homme du Barreau s’est voulu clair. « Si les fiches de la Commission des droits de l’homme du Barreau sont bien renseignées, il y a lieu de relever que dans le cadre de la loi anti terrorisme récemment votée par le parlement camerounais, 160 condamnations à mort ont été prononcées depuis le début de cette année (du moins jusqu’au mois

de septembre courant) et environ 110 au cours de l’année 2015, dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun, principalement affecté et infecté par le phénomène ». Sans se risquer à produire des chiffres inhérents au nombre de victimes du terrorisme à la faveur des attentats suicides, d’enlèvements et autres crimes, il a, en tant que représentant du bâtonnier de l’Ordre remercier toutes les intelligences qui ne se lassent du plaidoyer contre la peine de mort. Dans son mémorandum à l’adresse des pouvoirs publics sur le Code Pénal, ensuite dans son tout premier Rapport sur l’état des droits de l’homme au Cameroun, rendu public depuis juin 2016, le Barreau insiste sur l’effet inopérant de la peine de mort sur les personnes condamnées. Pour justifier cette pratique prétorienne en vigueur dans notre pays, Simon Pierre Eteme s’est appesanti sur un jugement du Tribunal de Grande Instance de la Ménoua dans la Région de l’Ouest du Cameroun, dans une affaire qui a défrayé la chronique à l’Université de Dschang, il y a de cela 3 ans. Le 15 septembre 2013, en effet, les corps sans vie de deux étudiantes de la Faculté des sciences économiques de l’Université de Dschang, étaient retrouvés dans une chambre, aux côtés de leur bourreau à moitié conscient. « On peut imaginer la suite au tribunal : l’accusé est condamné à la peine de mort, avec fusillade sur la place publique ». Le plus choquant à ses yeux se trouve dans le fait que cet homme controversé écopait ainsi, pour deuxième fois consécutive, d’une condamnation à la peine capitale, car antérieurement impliqué dans un autre crime rituel avec trafic d’organes humain lui ayant valu la même sanction. Pour lui, cette première image est à rapprocher de ce terroriste en mondovision: « Vous n’avez qu’à me tuer si vous voulez, mais si vous me lâchez, j’en finirais avec tous ces fous ! » Deux images qui permettent de s’interroger sur l’efficacité, l’efficience et la pertinence de la peine capitale. La plupart des acteurs nationaux et internationaux ont trouvé que la peine de mort a échoué au test de l’efficience et de la pertinence. La cérémonie officielle a permis de célébrer via une vidéo, les travaux de Robert Badinter, l’un des plus éminents critiques de la peine de mort et par ailleurs ancien ministre de la Justice, garde des Sceaux en France qui n’a pas pu se déplacer. 237online.com Nestor Toko, le directeur exécutif de l’association, « Droit et Paix », avocat au barreau du Cameroun et promoteur des présentes de ces assises s’est demandé si le code pénal du 12 juillet 2016 se justifie encore. D’après lui, au regard de l’actualité brûlante, il est important que le Cameroun « s’engage à signer un moratoire sur l’exécution des condamnations à mort » car il y a comme un flou sur la position du Cameroun qui prescrit dans son préambule que toute personne doit être traitée en toute circonstance avec humanité et célèbre en même temps plusieurs infractions du code pénal passibles de la peine de mort : l’assassinat (art 276)-le vol aggravé (art 320)-la trahison, l’espionnage, (art 103), l’hostilité contre la patrie (art 102), etc.