Cameroun – Sida et allaitement maternel: Briser les tabous chez les femmes séropositives

Il n’y a plus de risque à nourrir son enfant au lait maternel pour les femmes atteintes du Vih/Sida. Une large sensibilisation à ce propos a démarré le 24 novembre 2015 à Douala.

« Quand on connaît son statut le plus tôt possible et qu’on se fasse très vite prendre en charge, la charge virale positive, au bout de six mois, devient indétectable. Ainsi, la probabilité est très grande d’accoucher un enfant séronégatif et de l’allaiter sans aucun risque de contamination », certifie Dr Béatrice Kom Tayou, médecin coordonnateur et responsable du centre de prise en charge globale «Swaa-Littoral». Elle s’est exprimée lors d’une causerie éducative entre femmes et hommes atteints ou pas du Vih/Sida, organisé le 24 novembre 2015 dans son centre à Douala. Des échanges qui ont fait office de lancement de la semaine camerounaise du Sida sur le thème : «Objectif zéro, zéro nouvelle infection, zéro discrimination, zéro décès lié au sida ». L’association des femmes africaines face au sida ( Society for women and aids in Africa (Swaa-Littoral) a, durant, trois heures d’horloge, sensibilisé. « L’allaitement maternel  est plus avantageux que l’allaitement artificiel car il ne présente pas les contraintes liées aux moyens financiers, à l’hygiène et à la pression de la famille. Nous sommes ici pour faire part des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (Oms) qui se résument en ceci que l’allaitement maternel est autorisé depuis 2010 », ajoute Dr Kom.

Pour ce faire, les femmes doivent se faire dépister et faire connaître leur statut sérologique à leur conjoint, vice-versa. Tous les deux partenaires doivent également se rapprocher des unités de district de prise en charge du Vih. « La prévention de la transmission du virus de la mère à l’enfant (Ptme) ne peut être fait convenablement sans l’auteur de la grossesse qui est le père. Il est important que l’homme et la femme se rapprochent des unités de suivi dès lors qu’ils manifestent le désir de concevoir », précise Jeanne Agokeng, assistante sociale. Des conseils pris en considération par l’assistance. Des questions autour de l’allaitement maternel chez la femme séropositive, des témoignages des couples mixtes (l’un est atteint du Vih et l’autre sain), des applaudissements, sont des signes qui ont fait foi de l’importance des activités que le Swaa-Littoral organise. Au-delà des causeries, on annonce des descentes dans des établissements scolaires de Douala ce mercredi 25 novembre, suivies le lendemain des recyclages des pairs éducateurs du Pmuc. Au programme, une campagne de dépistage du Vih individuel et en couple aura également lieu le 30 novembre 2015 au Centre médical des Roseaux.

Témoignages

La Society for women and aids in Africa est une organization non gouvernementale africaine créée en 1988 en vue de mettre en place un forum où les femmes d’Afrique puissant mener des actions collectives de lutte contre le sida. La Swaa existe dans 40 pays africains. La branche nationale camerounaise a vu le jour en 1990. Elle est subdivisée en 6 branches régionales : Centre, Littoral, Est, Nord-Ouest, Sud et Sud-Ouest. La Swaa-Littoral est née en 1991 et son centre de prise en charge dénommé « Centre Son-Ninka » est situé à la rue Foch (Akwa) depuis 2002 et semble très sollicité au regard de nombreux témoignages faits ce mardi. « J’ai fait un test de dépistage du Vih voilà deux mois. Et le résultat était positif. J’ai failli me suicider car je n’en revenais pas. Or, j’ai 35 ans et j’ai besoin d’un enfant mais comment informer mon conjoint de mon statut ? Je suis allée au district de Deïdo où j’ai été mal reçue au point où j’ai battu l’infirmière en face de moi », n’a pas hésité à témoigner à haute et intelligible voix Eugénie qui enchaîne : « c’est grâce à une amie que j’ai pu apprendre l’existence du centre Son-Ninka où je m’y suis rendue voilà deux semaines. Je suis très heureuse car les conseils que j’ai reçus ici, jamais je m’étais imaginé les recevoir. Je vois la vie différemment. J’ai pu avouer à mon conjoint mon statut. Et depuis, la vie est devenue plus belle », a déclaré la compatriote qui insiste sur une sensibilisation non pas seulement du citoyen lambda mais aussi des médecins des unités de prise en charge.