Cameroun : Services publics , les réalités du bilinguisme

Outre les pesanteurs dans la traduction des documents, les usagers rencontrent des difficultés à l’accueil et à l’orientation. Visite guidée dans quelques administrations à Yaoundé.

C’est incognito, mardi 7 novembre 2017, que le reporter de CT entreprend de sillonner certains services publics à Yaoundé. Au poste de police du carrefour Mvog-Mbi, premier arrêt. A la salutation « Good Morning », l’une des trois policières en poste répond : « bonjour ».  Impossible de déceler sur le visage l’état d’esprit de l’interlocutrice.

Le contact passe aisément. Pendant la dizaine de minutes que dure l’échange, tandis que le reporter de CT pose des questions en anglais, l’agent de police répond en français, d’un air naturel. Elle explique d’ailleurs que « lorsqu’il arrive qu’un présumé voleur soit traîné du marché de Mvog-Mbi pour cette unité de proximité, nous essayons de dialoguer avec lui en anglais ou en pidgin english. Il y a des policiers bilingues parfois parmi nous».

Autre lieu, autre pratique. Au carrefour des services du gouverneur du Centre, une banderole rédigée en français et anglais, est déroulée sur sept mètres. Elle annonce une activité passée au ministère de l’Emploi et de la Formation professionnelle (Minefop), situé non loin de là. Mais dès qu’on se rend dans l’immeuble abritant ce ministère, près du rond-point Nlongkak, le vigile en faction ne parle pas anglais. Difficile d’y accéder sans faire recours à un autre usager pour vous orienter.

Et une fois sorti de l’ascenseur au quatrième étage de cet immeuble ministériel, on voit affiché un document avec en-tête dans les deux langues, mais dont le texte est uniquement en français. « Bordereau de transmission des dossiers d’avancement pour validation trésor n°015/17 », lit-on. Inutile de traduire ? tout le monde comprend qu’il s’agit d’argent.

Au ministère de la Jeunesse et de l’Education civique (Minjec), les plaques en plexiglass posées au-dessus des portes sont en français. Mais sur les portes, c’est sur des feuilles imprimées et collées que la traduction du poste figure. « Ces feuilles sont imprimées ainsi depuis des mois, je dirais même bien avant la mise en place de la Commission pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme (CNPBM) », affirme le chef de la cellule de traduction.

Il répond au reporter qui pensait que les feuilles avaient été imprimées et fixées récemment pour faire bonne impression lors du passage de la CNPBM. Et quand on se rend à la sous-direction de l’accueil et de l’orientation pour obtenir une copie des récentes  nominations, on est orienté au babillard situé au rez-de-chaussée.

Justement, sur 61 pages de nominations signées le 25 octobre dernier au Minjec, tous les actes sont en français. Y compris la désignation d’un chef de centre multifonctionnel régional de promotion des jeunes du Nord-Ouest. « Généralement, la langue du texte dépend de la langue utilisée par l’instance initiatrice. Soit le secrétariat général, soit l’inspection générale des services », renseigne-t-on à la cellule de communication.  Et à la cellule de traduction, « nous traduisons ce qui nous est confié », répond-on.