Cameroun – Mvog-Ada : La vente de cannabis à ciel ouvert

Afin de dissuader les curieux, les lieux de dépeçage des poulets servent de caches aux toxicomanes.

Le fait est connu de tous les commerçants du marché Mvog-Ada. Le cannabis et autres produits stupéfiants se vendent et se consomment à ciel ouvert dans leur marché. Les lieux de consommation ne sont pas choisis au hasard par les toxicomanes. Ils se retrouvent généralement à proximité des étables de dépeçage de poulets et des porcs. Si l’odeur qui s’y dégage est jugée putride pour des âmes pas du tout habituées des lieux, pour les toxicomanes, c’est un moyen de dissuasion des personnes curieuses.

Il est environ 13h, lundi 18 janvier 2016. Derrière le marché Mvog-Ada, une demi-douzaine de personnes s’active au nettoyage des poulets sur des étables. Des plumes et autres viscères de volaille jonchent le sol. A une dizaine de mètres de là, un groupe d’une dizaine d’individus s’adonne au jeu de cartes à même le sol. Parmi eux, certains se partagent un filon de ce qui semble être du cannabis. D’autres fumeurs, plus discrets, vont se cacher sous les enclos qui abritent les volailles. Une source explique qu’ils sont régulièrement rejoints par d’autres toxicomanes qui viennent des quartiers Mvog-Ada et Anguissa. Leur «sale» activité est partiellement cachée par une grosse touffe de buissons qui borde les rives du cours d’eau «Ewé» et un parking de camionnettes stationnées non loin de là. «Les gens ne viennent pas trop ici à cause de l’odeur qui se dégage. Que ce soit en journée ou en soirée, pendant les livraisons des poulets et des porcs, le chanvre indien se fume à toute heure», indique notre source.

Insécurité

Les agressions et les vols de poulets sont monnaie courante au marché Mvog-Ada, malgré la présence d’une cabane faite de morceau de planches qui sert de poste de police à deux agents de force de l’ordre. A l’instar du marché Mokolo, aucune barrière de sécurité ne sépare le marché Mvog-Ada des populations riveraines. Certains commerçants déplorent le fait d’être régulièrement dépouillés de leurs marchandises, par des brigands venus de Fanta-citron (un secteur du quartier Mvog-Ada situé à un jet de pierre du marché). «C’est généralement quand ils ont fini de fumer qu’ils remontent à l’intérieur du marché pour voler les poulets. Nous les commerçants sommes incapables de faire quoi que ce soit. Si jamais nous les dénonçons au poste de police, il y a tout de suite des représailles. Ils reviennent après pour nous menacer et ça ne sert à rien d’aller revoir la police, puisqu’ils disent toujours être en sous effectif», déplore notre source. D’après les commerçants, des bandes organisées opèrent généralement dans le marché, une fois les commerçants et les agents de police partis. La proximité du marché avec le lieu dit Fanta-citron n’est pas pour faciliter les choses aux commerçants. A l’instar des autres marchés de Yaoundé, les comités de vigilance sont inexistants. On déplore ici le manque de volonté des responsables en charge de la gestion quotidienne du marché Mvog-Ada. Mal et parfois non payés, les gardiens du marché, apprend-on, préfèrent se consacrer à la surveillance des commerces dont les propriétaires effectuent des paiements supplémentaires.