Cameroun – Sciences. Divine Tinzoh: Dans la coquille de l’inventeur de la décortiqueuse de pistaches

Lauréat du Lion d’Or de l’Excellence scientifique accordée par le président de la République pour encourager la jeunesse aux Jersic 2015

Voici un ancien élève de lycée, série littéraire, qui n’a pas fait mieux que le probatoire A, porté en triomphe au milieu des meilleurs chercheurs du Cameroun. Divine Tinzoh, vient de recevoir le Lion d’or de l’innovation, prix spécial du Président de la République en faveur de la jeunesse camerounaise, et un chèque de 10 millions de Fcfa, pour son idée divine. Celle d’inventer une décortiqueuse de concombres (communément appelé pistache), au départ pour soulager ses proches de la peine et du temps qu’imposait le décorticage de cet aliment très prisé à la fois pour ses vertus thérapeutiques et pour son prestige. «J’avais constaté que chaque fois qu’il fallait préparer le pistache, on achetait les sceaux avant. S’il y avait un million de graines, toutes ces graines devaient passer par les doigts de quelqu’un, soit ma mère, soit mes sœurs ou mon épouse», raconte l’amateur d’«Egusi», un plat originaire des régions Sud-Ouest et du Nord-Ouest, fait à base de pistache. Pour y parvenir, il rentre dans la réalisation du projet, et ressort, trois ans après, avec deux appareils. Pour les avoir produit seul et à la sueur de son front et  au prix de son sang, il choisit de le baptiser Tinzoh, du nom de son défunt père.

Construits sur le modèle architectural des «machines à écraser» qui essaiment nos quartiers, les deux décortiqueuses de pistaches ont  des missions complémentaires. Pendant que l’une, la (décortiqueuse) concasse la graine, pour la détacher de sa coquille, l’autre la tamise, pour n’en garder que la graine. Les premiers tests sont prometteurs : un sac de graines est terminé en une journée. «Mais nous avons observé qu’en fonction de la variété de pistache, le rendement peut être revu à la hausse, ou à la baisse. Il  en est  de même de la préparation. Si les graines  ne  sont pas bien séchées, la sortie de machine peut montrer quelques imperfections. Il est donc important de bien sécher les graines», dit-il.

Dans sa région d’origine (Sud-Ouest), les femmes tombent sous le charme de la décortiqueuse. Pour elles, une fois sorti de là, il n’est plus nécessaire de passer par l’autre machine pour séparer la graine de la coquille. Une technique traditionnelle qui a déjà fait ses preuves dans le dépulpage des cacahuètes (arachides) devrait suffire pour séparer les graines de leurs coquilles en quelques minutes. Autre avantage de cette machine, c’est l’énergie. Le moteur, tiré de machines à coudre, ne consomme presque pas d’énergie. «La machine  peut tourner  toute une journée, et ne consommer que 100 Fcfa», vante-t-il. Le petit bémol,  non perceptible  pour l’instant,  pourrait être la matière utilisée. Actuellement, les machines sont fabriquées à base de bois. Le matériau est forcément moins résistant que le fer. «Je reste ouvert à toute proposition d’amélioration. Je sais que mon  projet de recherche n’est  pas définitif», reconnaît l’inventeur.

Entre 1 et 3 millions de F. la pièce

Le destin de Divine Tinzoh, pourrait bien être une adaptation camerounaise du fabuleux destin  d’Amélie Poulain, une comédie romantique écrite par écrite par Jean-Pierre Jeunet et Guillaume Laurant. La seule différence entre les deux destins, c’est que contrairement à la jeune Audrey Tautou (dans le rôle d’Amélie Poulain), la comédie romantique de Divine Tinzoh se joue avec deux machines. L’inventeur, qui n’a cessé de recevoir des visiteurs plus qu’intéressés dans le stand aménagé au Salon du Jersic (esplanade de l’Hôtel de ville de Yaoundé), tente aujourd’hui de donner un contenu commercial à son produit. «Je  maîtrise déjà toute la technologie des décortiqueuses de pistache. Je peux  les fabriquer en six  mois. Mais au niveau du prix, je n’ai pas encore pensé à ça. Mais tout compte fait, la machine pourrait coûter entre 1 million et 3 millions de Fcfa», conclut-il. La prochaine étape, l’entrée sur le marché. Ça  ne devrait  pas être difficile  pour ce jeune, déjà sacré  meilleur inventeur de l’année 2000 par l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (Ompi).