CAMEROUN :: SANTÉ PUBLIQUE : HOPITAUX PUBLICS, L’ACCUEIL EN QUESTION

Des malades passent souvent des heures dans les hôpitaux pour une consultation et se font insulter par les personnels de santé.

Dans un hôpital public à Yaoundé, Carole va pour se faire consulter. Rendue à l’accueil, elle ressort irritée pour se rendre à la caisse. Elle vient de clasher avec les dames de l’accueil. « On ne me gronde pas » ! avise la patiente. Contrariée, elle compte l’histoire à une autre sur les bancs de la caisse :« Ces dames me dépassent vraiment ! Tu arrives, elles causent. Elles répondent à ta salutation 10 min après comme si vous aviez un problème ! Pour te donner une orientation, elles le font à voix basse. Quand tu poses à nouveau la question elles te grondent ».

Malades, affaiblis, les patients font face aux blagues de mauvais goût dans les hôpitaux. Il est 8h, nous sommes à la maternité dans un hôpital à Yaoundé. « Tu as de jolies jambes, dépose-les en route et tu verras ce que je ferai d’elles » ! C’est la première phrase que lance un médecin à Grâce (nom d’emprunt). Ce médecin vêtu d’une blouse blanche passe et repasse. Ses priorités sont toutes autres. La dame enceinte, à bout de force, s’arrange à mieux s’assoir. Que va-t-elle faire à ce médecin quand les infirmières susurrent à côté et en rigolant que : « Le type-ci est d’abord compliqué. Camer.be. Quand il arrive ici de mauvaise humeur en matinée c’est plus grave. Nous nous sommes habituées à son comportement nerveux ». Au milieu de Grâce se trouvent d’autres femmes qui ont déjà payé les billets de consultation. Abandonnées à elles-mêmes, elles finissent par former un cercle. Comme des copines de longues dates, elles échangent sur plusieurs autres sujets. Il faut bien trouverquoi se mettre sous la dent, l’attente étant longue. Les infirmières « tapent leurs divers ».

La tenue du jour, la coiffure et les chaussures de chacune d’entre elles passent en revue. De l’autres côté trainent les patients. Aux environs de 9h30, Grâce commence à se tortiller, elle s’ennuie. Elle en a marre, le docteur lui a pourtant dit la veille d’arriver très tôt. Les aides-soignantes présentes disent que les médecins font la ronde. L’attente sera longue. « Après une longue attente, il arrive qu’on nous annonce que le médecin n’est pas en poste. Il revient quand ? Ils ne savent pas. Et aucun autre n’est disponible pour vous consulter », se plaint une dame.

Dans le même hôpital, nous faisons un tour au service d’urologie. C’est le même sort qu’a subi papa André. Il est 12h passé de 30 min lorsqu’ un personnel de santé lui apprend que l’urologue ne sera présent que le lendemain. Ce papa est pourtant arrivé à 8h. Désaxé, le vieillard de 76 ans a pris la porte de sortie. La mine grise et fatigué, le vieillard a emporté ses douleurs. L’info claire et nette. Il n’est pas content :« Et tout ce temps que j’ai passé assis sur ces bancs ? Ils devraient me le dire plus tôt ». Sa canne reste son seul soutien. Il arrive même souvent que certains patients quittent ces établissements hospitaliers à l’aurore, après les cadres et personnels de là. C’est par exemple le cas d’Augustine. « Hôpital obosso ! De 8h à 18h dans la salle d’attente sans être servie », a posté Augustine sur sa page Facebook. Christelle, une autre habituée des échographies se souvient avoir passé toute une journée affamée. Les sexagénaires sont soumis à ce traitement de choc. Babette raconte son histoire. « Il y’a deux ans, j’étais ébahie quand j’accompagnais mon feu grand-père relever son taux de glycémie. De 8h à 13h nous nous asseyions là. Ce n’était pas évident de rencontrer son médecin. Puisque ces messieurs arrivent tard et à 13h et on vous dit qu’il s’en va déjà. Ils poursuivent leurs business dans les cliniques privées ! Il est même souvent mieux de se rendre dans les cliniques privés »

Service meilleur

Les formations hospitalières rivées tentent d’offrir un service meilleur. Il est 11h à l’arrivée de Claudette à l’hôpital Bethesda, un monsieur à l’entrée l’accueille et l’oriente vers les dames de l’accueil. Comme avec elle, il le fait avec tous les autres patients qui arrivent. Son nom c’est Alain Bertin Tachemeu, un agent réservé à l’accueil des patients. Son rôle est d’orienter les patients vers les différents services techniques (Consultation, chirurgicale, laboratoire, pédiatrie…). Eviter les engorgements à l’entrée où se trouvent la caisse à droite et la pharmacie à gauche est aussi sa tâche.

Samuel, un monsieur retraité rencontré à Bethesda s’est fait une religion. « Je préfère les hôpitaux privés ma fille. Ici nous sommes des rois ! Personne ne gronde l’autre », souligne-t-il. L’homme à la soixantaine entamée garde un mauvais souvenir des personnels des hôpitaux publics. « Un retraité a perdu la vie devant moi dans en 1998 dans un hôpital public de la place. Il est arrivé aux urgences et personne n’a daigné le toucher. J’ai vu personne ne me l’a raconté ! ».

Ici, les patients sont aussi à l’aise, ils peuvent se rafraîchir comme ils l’entendent. Dans la grande salle d’accueil, est branché un réfrigérateur. A l’intérieur on y retrouve de l’eau, des yaourts … « C’est comestible pour les patients désirant se désaltérer. Ces rafraichissants aident surtout les personnes en hypoglycémie dans la nuit pour compenser. Généralement dans la nuit ici il n’y a plus de boutiques ouvertes », confie William Dounla, le chef du personnel et de l’administration. Selon Samuel qui préfère les hôpitaux privés, certains patients manquent de respect aux autres. « Il y a des gens qui ne respectent pas les instructions établies par les institutions hospitalières », estime-t-il.

Conscient de cette difficulté, les responsables de Bethesda, la formation sanitaire à vocation chrétienne ont mis en place un système de file d’attente. Ils ont également défini des consignes au niveau des caisses et de l’accueil. « Lorsque les patients arrivent, ils sont dans un état fragile. L’info claire et nette. Ils peuvent être belliqueux, hargneux, ils peuvent mal s’exprimer. On demande aux personnels de ne pas être agressifs. On estime que quand quelqu’un est malade il est diminué, c’est un facteur qu’ils doivent intégrer. Et lorsque les questions sont au-dessus de leurs compétences, ils se réfèrent à la hiérarchie. Nous avons aussi engagé des sessions de formations en ce qui concerne l’accueil et les majors. Bientôt des formations suivront pour le personnel de la pharmacie et la caisse », a rassuré le chef du personnel et de l’administration de Bethesda.

08AVRIL