CAMEROUN, ROMAN DE ENOH MEYOMESSE: LA BATAILLE DE MVOLYE EN 1881

En 1881, alors que les Allemands n’avaient pas encore conquis le pays, une guerre éclata entre les Bene et les Ewondo, sur la colline de Mvolyé. Les Bene, alliés aux Mvelë, vinrent nombreux attaquer les Ewondo à domicile.

Le roman évoque, à travers ce conflit, la vie des peuples de la région de Yaoundé, avant l’arrivée des Européens.

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Chapitre XIX

Une fois de plus, Abega Nkutu et ses balafons animaient la fête, mais cette fois-ci au village de Medzap. Une partie de Messing, lutte, devait s’y tenir, opposant les hommes de Mvolyé à ceux de ce village.

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Zà a ye lod manyang à ngul
Zà a ye lod manyang à ngul

Refrain

Bii bese bià yanga foa
Bii bese bià yanga foa

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

(Traduction)
Qui sera le plus fort
Qui sera le plus fort

Refrain
Nous tous attendons
Nous tous attendons

Le public était nombreux et avait accouru de plusieurs villages environnants.

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Zà a ye lod manyang à ngul
Zà a ye lod manyang à ngul

Refrain

Bii bese bià yanga foa
Bii bese bià yanga foa

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Mvolyé avait choisi ses meilleurs Singui, c’est-à-dire ses meilleurs gladiateurs. Ceux-ci étaient venus confirmer leur supériorité sur ceux de Medzap. Lors des deux dernières rencontres qui les avaient opposés, ils avaient remporté la partie. Cette fois-ci, les lutteurs de Medzap s’étaient longuement préparés, et les attendaient de pied ferme.

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Qui sera le plus fort
Qui sera le plus fort

Refrain
Nous tous attendons
Nous tous attendons

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Les chefs des deux villages étaient assis côte à côte, leurs harems derrière eux, à un endroit particulier du cercle de plusieurs centaines d’hommes qu’avaient formé les spectateurs, habitants de Medzap et de Mvolyé.

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Zà a ye lod manyang à ngul
Zà a ye lod manyang à ngul

Refrain

Bii bese bià yanga foa
Bii bese bià yanga foa

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Les Singui de Mvolyé en arrivant, avaient évité d’emprunter le sentier principal qui conduisait à Medzap. Car disaient-il, des gris-gris y avaient été entreposés pour leur faire perdre la partie. Par ailleurs, ils avaient passé plusieurs jours ensemble, loin de leurs épouses, buvant des breuvages particuliers, faisant des incantations nocturnes, se livrant à de la magie noire pour demeure invaincus face aux lutteurs de Medzap.

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Qui sera le plus fort
Qui sera le plus fort

Refrain
Nous tous attendons
Nous tous attendons

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Tout comme lors du match de Ndzek à Mvolyé, du vin de palme était distribué aux gens et également du Mengbwalam. Il y avait ainsi beaucoup de gaieté dans la foule. C’était la fête.

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Zà a ye lod manyang à ngul
Zà a ye lod manyang à ngul

Refrain

Bii bese bià yanga foa
Bii bese bià yanga foa

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Le soleil était haut dans le ciel, et ses rayons illuminaient le village on aurait dit que c’était leur manière de participer à la fête.

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Qui sera le plus fort
Qui sera le plus fort

Refrain
Nous tous attendons
Nous tous attendons

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Quelques personnes se trémoussaient devant les joueurs de balafon, au rythme des sons que produisaient ceux-ci.

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Zà a ye lod manyang à ngul
Zà a ye lod manyang à ngul

Refrain

Bii bese bià yanga foa
Bii bese bià yanga foa

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Au bout d’un moment, le maître de cérémonie s’avança au milieu du cercle que formait la foule. Il leva les mains au ciel. La musique s’arrêta.
— Nous allons déjà commencer ce pourquoi nous sommes ici réunis en ce moment, Messing. Si vous m’entendez, répondez à haute voix.
— Oôwé ! acquiesça la foule d’une seule voix, pendant que des femmes déclenchaient de longs oyenga stridents :
― Ayiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!
Ayiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!
Ayiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!
Et des joueurs de tam-tam tapaient sur ceux-ci de toute la force de leurs bras.
Il leva les mains. Le silence s’établit.
— A présent, j’appelle les lutteurs de Mvolyé à venir ici.
Aussitôt dit, vingt solides gaillards, gris-gris harnachés aux bras, au torse, au cou, aux cuisses, aux tibias, pectoraux saillants et tout le corps enduit d’huile de palmistes, effectuèrent leur entrée dans le cercle, et vinrent se tenir à ses côtés. Des oyenga stridents se déclenchèrent de la foule :
― Ayiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!
Ayiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!
Ayiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!
A n’en pas douter, des femmes de Mvolyé venus à la cérémonie, pendant que de leur côté des voix d’hommes imitaient des cris de gorilles : « huhu, huhu, huhu, huhu ».
Le maître de cérémonie leva les mains. Le silence s’établit.
— A présent, j’appelle à leur tour les lutteurs de Medzap à venir ici également.
Un tonnerre de cris terrifiants de gorilles se déclencha à nouveau dans la foule, « huhu, huhu, huhu, huhu », accompagné de oyenga stridents de femmes de Medzap, assurément.
― Ayiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!
Ayiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!
Ayiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!
Les tam-tams se mirent à battre fortement et longuement. Vingt gladiateurs apparurent à leur tour, ils avaient également le corps enduit d’huile de palmistes, des gris-gris harnachés aux bras, au cou, aux cheveux, aux chevilles, etc.
Le maître de cérémonie leva les bras. Le silence revint.
— Les deux équipes ici face à face, vont s’affronter, un lutteur de Medzap, contre un lutteur de Mvolyé. Que l’ensemble des lutteurs regagne le public, et ne viennent ici, que les deux premiers qui vont s’affronter.
Ceux-ci s’exécutèrent. Deux d’entre eux se présentèrent, un de chaque équipe.
Les tam-tams se mirent à battre longuement. Lorsqu’ils s’arrêtèrent, le maître de cérémonie cria : « allez-y ». Les deux gladiateurs s’empoignèrent, chacun chercha à tirer son adversaire vers lui pour le jeter à terre, en vain. Ils se lâchèrent. Ils s’empoignèrent de nouveau. On pouvait apercevoir par leurs muscles bandés, les colossaux efforts que fournissait chacun pour renverser l’autre. Subitement, le lutteur de Medzap se saisit de la tête de son adversaire de Mvolyé et en un rien la bloqua sous son aisselle. Une partie du public explosa : « woooooooooooooo !!!!!!! wooooooooooooo !!!!! wooooooo !!!! Ebalkanga !Ebalkanga ! Ebalkanga !! ». Il scandait le nom de la prise que le lutteur de Medzap avait appliquée à son adversaire. Ce dernier se retrouva rapidement mal en point. Il se mit à se débattre de toute la force de ses muscles, en vain. La prise était phénoménale. Finalement, tous les deux tombèrent lourdement au sol. Mais, le lutteur de Medza ne lâchait toujours pas prise. Il retenait toujours solidement la tête de son adversaire sous son aisselle. Le maître de cérémonie s’amena. Il lui tapota l’épaule. Il relâcha alors son challengeur. Il avait remporté la partie.
Des tam-tams se mirent à battre rageusement, pendant que des femmes déclenchaient des oyenga stridents :
― Ayiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!
Ayiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!
Ayiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii !!!!!!!!!!
Des gosses en joie envahirent le terrain de lutte, et des hommes se mirent à pousser rageusement des cris de gorilles : « huhu, huhu, huhu, huhu ! » Le village de Medzap venait de marquer un point.
L’orchestre de balafons recommença à jouer.

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

Zà a ye lod manyang à ngul
Zà a ye lod manyang à ngul

Refrain

Bii bese bià yanga foa
Bii bese bià yanga foa

Ken-ken-ken-ken
Ken-ken-ken-ken

* *
*

Les combats avaient été fascinants. Toutes les techniques de lutte avaient été utilisées. « Enam kabat », faire passer son adversaire par-dessus l’épaule pour le jeter à terre, « Tzombi », faucher le pied de son adversaire, etc.

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