CAMEROUN :: RÉVÉLATIONS : UN LIVRE SORT MGR BALA DE L’EAU

Dans un ouvrage intitulé « Mgr Bala. Un crime trop parfait ». Le Journaliste Léger Ntiga dévoile les faits et les non-dits de cette scabreuse affaire.

«Un crime de plus et de trop !», c’est ainsi que s’émouvaient les évêques et les fidèles de l’Eglise catholique. Les enquêtes révélaient par le biais du communiqué du procureur général du Centre à Yaoundé le 4 juillet 2017 : « La noyade est la cause la plus probable du décès de l’évêque ».

On a encore certainement en mémoire les trois versions des faits d’Ibrahim, le gardien de l’évêché. Ensuite, pendant une dizaine de jours, ce même gardien et le chauffeur de Mgr Jean-Marie Benoît Bala, évêque de Bafia ont été gardés à vue, puis, ils ont recouvré la liberté. Dans le même communiqué signé, on pouvait lire : « Au stade actuel, des investigations, les enquêteurs ont auditionné de nombreuses personnes et procédé à diverses perquisitions ».
Globalement dans une affaire aussi sensible, seulement deux proches avaient été auditionnés. Quelques deux ans après, l’on fait des découvertes. D’ailleurs la disparition de Mgr Jean-Marie Benoît Bala été bien ficelée. Sous fond blanc, au-dessus de la photo de Mgr de regrettée mémoire, Léger Ntiga présente : « Mgr Bala. Un crime parfait ». Interpellateur, mais plus explicite !

L’auteur dans une démarche d’enquête livre des exclusivités ! On commence d’ailleurs par la journée du prélat de 58 ans. Le 30 mai en matinée, le prélat a vaqué à ses tâches quotidiennes. Mais, sa mine était un peu différente. « Il était d’abord traumatisé par la disparition de l’abbé Armel Djama », confient ses proches.

De sources introduites, l’évêque avait tenté d’activer une note adressée au président de la République Paul Biya, il tenait à faire savoir la vérité face à la disparition brutale de son collaborateur. Le prélat a donc entrepris d’adresser un courrier qu’il a confié par un canal sûr de la présidence. Personnellement, il avait remis un courrier destiné au Vatican par le biais de Piero Pioppo, nonce apostolique au moment des faits. «Baladoux», comme ses collaborateurs l’ appelaient pour ses qualités d’homme humble, honnête, intègre et toujours souriant a cru bouger les lignes.

Malheureusement ! « C’est ce courrier qui a signé l’arrêt de mort du défunt évêque » rapportent des sources à Léger Ntiga, l’auteur. « Aux environs de 11h, l’évêque a reçu deux émissaires du cabinet civil qu’il voyait pour la première fois. Ils ont dit être dépêchés par leur « patron ». Les envoyés s’étaient introduits dans la concession par l’arrière du bâtiment », ont relevé des proches collaborateurs. Voilà un détail qui n’a jamais été souligné dans les enquêtes. camer.be.
Naturellement, la journée a été pleine d’émotion. Aux environs de 12h30, les deux émissaires étaient passés à table pour déjeuner avec l’évêque et ses autres collaborateurs.

A table, Mgr JeanMarie Benoît Bala indiquait aux autres : « ces messieurs ont besoin de certaines informations. Ils ont été dépêchés par le cabinet civil ». Aux environs de 17h, les deux émissaires et le prélat ont recommencé la discussion. La consigne était claire ! Leur mission était d’obtenir : « la signature d’un document annulant un décret que l’évêché a pris quelques jours plus tôt contre certains prêtres protégés par ces « hommes d’en haut », peut-on lire dans « un crime trop parfait ». Plus loin, on découvre que l’évêque s’était montré hostile. « C’est impossible. Personne ne peut annuler un décret déjà pris », leur avait répondu l’homme d’église.

Le lendemain (1er juin 2017), un 4×4 est retrouvé sur le pont. Il appartient au prélat. Après l’audition de Ibrahim le gardien, on apprendra des sources judiciaires, que le prélat était sorti aux environs de 23h. Et qu’il y avait un homme grand de taille qui est venu le chercher, puis une autre voiture les suivait. Bref, le prélat a dit qu’il se rendait à Yaoundé. Ce qui est surprenant, tel que rapporte l’auteur, la Soeur Scolastique et d’autres collaborateurs affirment : « L’évêque n’aimait pas conduire dans la nuit. Et puis, il préférait sa berline bleue de marque Toyota quand il sortait». Et d’ajouter : « Quand il lui arrive de ne pas dire verbalement, il laisse un mot ».

La voiture est donc garée sur le pont d’Ebebda. Sur le siège arrière se trouve un mot : « Je suis dans l’eau ». Pendant trois, jours les populations d’Ebebda, les fidèles, les évêques, les sœurs sont en émoi. Les recherches sont faites. La Police judiciaire fait autant qu’elle peut son travail. De la police scientifique, une indiscrétion laisse entendre qu’examinées, les quatre ceintures de sécurité ont été utilisées. L’information claire et nette. D’un autre côté, certains hommes de médias et leurs employés recevront la pression afin de propager la version selon laquelle: « Les services de renseignements et les enquêteurs ont surpris des échanges de courriels entre Mgr Jean-Marie Benoît Bala et sa fille qui vit en Belgique. L’évêque de Bafia y présente les excuses à fille… Il avoue avoir détourné l’argent du diocèse dont il peut justifier l’usage demeures», relève l’auteur dans son ouvrage. Plus loin, Léger Ntiga précise que des montants d’argent seront proposés aux médias et journalistes pour en parler sans citer la moindre source. « Mais en vain», souligne l’auteur. Des responsables de médias vont même se séparer de leurs employés.

« Une insolite»

« mercato», a cours de manière sournoise dans le secteur des médias notamment de la presse écrite du Cameroun», souligne Léger Ntiga à sa manière.
Le 2 juin, C’est un pêcheur malien qui retrouve le corps de l’évêque. C’était au Sud d’Ebebda à 19 Km dans un village réputé pour la guérison nommé Tsang, dans l’arrondissement de Monatélé. Moult incompréhensions se soulèvent et viennent attester la théorie du meurtre. « Il avait une montre qui fonctionnait encore », se rappelle le pêcheur. Les sandales du prélat sont inversées. Les populations de Tsang, affirmaient avoir entendu les bruits d’hélicoptère au petit matin. Le corps venait être probablement déposé. Une thèse que les experts de l’armée de l’air camerounaise battent en brèche. Le Cameroun ne dispose pas d’hélicoptère pouvant voler la nuit. Hors si, contredit un pilote bien introduit.

L’autopsie

«On dirait qu’il a été électrocuté, le bas de ses parties génitales a enflé. Les poumons n’ont pas d’eau », voilà quelques détails que vont relever les conclusions des médecins légistes locaux. Réalisés les 2 et 22 juin, les résultats de l’autopsie des médecins concluent « une mort violente ». Plus grave, ces résultats ne seront pas publiés officiellement. Nos dirigeants iront solliciter des experts internationaux via Interpol. L’auteur rapporte que selon The Cameroon journal, l’opération des experts internationaux arrivés dans la discrétion aurait coûté trois milliards de Fcfa à l’Etat Camerounais. De ces experts internationaux, découlera la thèse de « Mort par noyade ». Contrairement aux résultats donnés par les médecins légistes locaux. C’est cette thèse qui sera d’ailleurs publiée par Jean Kleber Ntamack, procureur général près de la cour d’appel du Centre. Alors que Mgr Akonga Essomba, lors de son homélie à la Cathédrale de Yaoundé, se souvenait de leurs vacances au Grand Batanga à Kribi. « il était nageur devant l’éternel depuis son jeune âge » , avait-il déclaré.

Réunis, les 13 et 14 juin en assemblée extraordinaire à Yaoundé, les évêques bien que divisés resteront fermes dans leur position. « Mon Seigneur ne s’était pas suicidé ». Convaincu de son assassinat, le recteur du sanctuaire Antoine Roger Evouma dit savoir à Nsimalen, le lieu dédié à Marie le 12 juin 2017 lors d’une veillée que : « parmi vous, il y a des parents des assassins de Mgr Jean-Marie Benoît Bala. Nous savons qu’il a été torturé dans le sous-sol de la présidence de la République et tué à l’arrière du quartier Bastos ». De toutes les façons, l’irréparable est déjà commis, mais, le recteur du sanctuaire renvoie la foule à se répandre simplement : « Vous avez des maris, des enfants, des frères, des parents qui tuent les prêtres. Dites-leur de venir se confesser pour obtenir le pardon de Dieu ».

Mgr Jean-Marie Benoît Bala a été inhumé. Jusqu’ici , les enquêtes n’ont toujours pas abouti. Des interrogations planent dans l’air: Qui a assassiné Mgr et à quel profit ? Mgr Jean-Marie Benoît Bala s’est ajouté à la liste des prélats tués au Cameroun et dont les causes de décès n’ont jamais été élucidées : Mgr Yves Plumey, assassiné à N’Gaoundéré en 1991 ; l’abbé Joseph Mbassi retrouvé mort à Yaoundé en 1988, le père Antony Fontem tué à Kumbo en 1990 ; les sœurs mortes à Djoum en 1992 et le père Engelbert Mveng tué à Yaoundé en 1995.