Cameroun – Quatre chantres du statut quo syndical: Simon Mbila, Puis Ondoa, Robert Nkili et Grégoire Owona

De Simon Mbila à Grégoire Owona, en passant par Puis Ondoa et Robert Nkili, l’esquisse d’un bilan des actions syndicales à mettre à l’actif ou au passif de ces différents ministres du Travail peut, du point de vue des relations mouvement syndical – pouvoirs publics, s’avérer contrasté.

Autant l’Upéciste Simon Mbila a pu initier plusieurs réformes réglementaires pour essayer de libéraliser le mouvement syndical, autant on peut noter avec beaucoup d’amertume le passage du tristement célèbre Pius Ondoa. L’actuel sénateur du Rdpc s’est illustré par les ingérences les plus flagrantes jamais connues au sein du mouvement syndical. Engendrant ainsi le plus grand nombre de recommandations contre le Cameroun émanées du comité de la liberté syndicale de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), sans oublier les Arrêts de la Cour suprême du Cameroun qui n’ont eu de cesse de le rappeler à l’ordre pour ces empiètements dans le fonctionnement du mouvement syndical. Point d’orgue de cette ingérence : la mise en place en catimini en 2001 d’un Bureau totalement illégal au sein de la Cstc dirigé par son affidé Ntone Diboti, parallèlement à celui élu en avril 1999 et dirigé par un certain Benoît Essiga, l’un de ses

pires ennemis, combattu pour son indépendance d’esprit avéré.
Mais que dire de Nkili, le monsieur  dialogue social ? Le truculent ancien proviseur du Lycée Joss de Douala aura fait sienne la vieille maxime « diviser pour mieux régner ». De fait, son règne est marqué par une floraison de syndicats – près de 500, tous du secteur des transports terrestres et dont la plupart des dirigeants se révèlent être des hommes de paille. Sous le couvert d’un dialogue social déguisé, Nkili s’est attelé pendant plus de sept ans à prononcer des discours incantatoires non suivis de d’actes concrets et de réformes pour l’émancipation des travailleurs. Son départ en décembre 2011 pour les Transports fut un soulagement. Ses affidés qu’il avait coopté à la tête des syndicats des taximen notamment, tenteront, par leurs initiatives, de créer ici un ministère du Travail bis. Mais, mal leur en prendra. Grégoire Owona n’était pas du genre à s’en laisser conter.
L’ancien ministre délégué chargé des relations avec les assemblées débarque en effet dans un contexte où, de son propre aveu, le mouvement syndical est miné par de multiples dissensions et autres  problèmes à résoudre. Le moindre de ces problèmes n’étant pas la prolifération des centrales syndicales et leurs dysfonctionnements. Il fallait donc pour cet homme politique, Sga du Rdpc, résoudre avant tout ces problèmes et afficher les résultats. S’il peut paraître prématuré d’esquisser un bilan alors qu’il est encore à la manœuvre, il convient tout de même de relever, à son actif, une certaine juvénilisation des cadres au sein du ministère du Travail avec une emphase sur la gent féminine. De même qu’on note une volonté affirmée d’aller vers un véritable dialogue social structuré avec la création d’un Comité de concertation et de suivi du dialogue social créé par décret du Premier ministre sur proposition de Greg, comme l’affuble ses intimes. Autre point positif pour ce « progressiste » du parti au pouvoir, la tenue trimestrielle des assises de ce Comité, au-delà de l’institution de la commission nationale consultative du travail qui a sombré dans la léthargie du temps de ses deux prédécesseurs. L’instance a repris vie depuis sa magistrature et se réunit régulièrement pour avoir la législation et la réglementation du travail en déphasage avec la réalité actuelle. Peut-on pour autant conclure que le souci de ce passionné de jogging matinal est de renforcer le mouvement syndical à la lumière de sa récente décision d’apporter une subvention financière publique aux confédérations syndicales légales ? L’avenir immédiat nous le révèlera en tout cas. Surtout que le réveil de l’observatoire national du travail – créé depuis des lustres mais non fonctionnel -, est à mettre aussi à son actif. A son passif cependant, la promesse écrite mais jamais tenue à ce jour de désengager les pouvoirs publics de l’organisation des activités de la fête internationale du travail au Cameroun, trop vieille revendication des organisations syndicales. Autant de chantiers encore inachevés qui laissent l’opinion et surtout le monde syndical sur leur faim.