Cameroun: Pygeum Africana, l’arbre qui soulage de nombreuses maladies

Des paysans camerounais ont adopté de nouvelles méthodes de récolte de l’arbre à l’origine de médicaments dont ceux utilisés dans le traitement de certaines affections de la prostate

 

Une machette à la main, les pieds enroulés autour d’un arbre, Johnson Mbankui enlève les écorces du tronc. Au fur et à mesure qu’il avance dans son travail, les écorces s’entassent sur le sol.

Depuis trois ans, ce jeune de 26 ans récolte l’écorce de Pygeum Africana, un arbre qui pousse dans les forêts de quelques pays d’Afrique parmi lesquels le Cameroun.

Tadenan, Pygenil, Finasteride et plus d’une dizaine d’autres marques de médicaments fabriqués dans des laboratoires européens pour soigner l’hypertrophie bénigne de la prostate, la calvitie et d’autres maladies, sont fabriqués à base d’extraits d’écorces de Prunier d’Afrique, plus connu sous son nom scientifique de Pygeum Africana.

A cause de la surexploitation de l’écorce du Pygeum Africana, les responsables de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) a en 2006 classé cet arbre parmi les espèces en voie d’extinction. Puis, l’Union européenne a interdit « l’importation d’écorces récoltées à l’état sauvage au Cameroun ».

En 2001, le gouvernement camerounais a mis sur pied un plan de gestion de cet arbre qui intègre entre autres objectifs, la formation des exploitants à une méthode écologique de récolte des écorces.

 

 

Cette exploitation écologique facilite la régénération rapide de l’arbre, une régénération qui passe de trois à cinq ans au lieu de 25 ans comme c’est le cas lorsqu’on effectue une récolte sauvage. L’interdiction de l’importation par l’Union européenne a donc été levée en 2011 et un quota d’exportation a été mis en place.

« La récolte sauvage consiste à enlever toute l’écorce de l’arbre et à laisser le tronc totalement nu. Avec cette méthode, l’arbre est exposé à plus de risques de mourir. Même s’il survit, il faut environ 20 ans pour qu’il ait à nouveau une écorce complète. Nos paysans-écolo récoltent seulement 80% des écorces. Sur toute sa circonférence l’arbre, garde 20% de l’écorce », explique Lawrence Chiabi, un technicien d’agriculture qui passe de temps en temps sur les sites d’exploitation pour se rassurer que les paysans continuent d’appliquer des méthodes de récolte écologiques.

« Ces 20% restant de l’écorce vont aider l’arbre à se régénérer rapidement et ainsi le paysan peut revenir bientôt pour récolter à nouveau. Dans certains cas, on recommande même de ne récolter que trois cinquièmes de l’écorce », ajoute Chiabi.

En plus de l’exploitation partielle de l’écorce de l’arbre, les paysans ont aussi entrepris de planter des Pygeum Africana en agrandissant les plantations existantes et en créant de nouvelles. Des pépinières sont ainsi mises en place non loin des sites de récolte des écorces. « J’ai monté cette pépinière il y a un an. L’année dernière, j’ai distribué près d’un million et trois cent mille plants de Pygeum. Je n’ai même pas pu satisfaire la demande des planteurs », révèle Jonathan Ngong, pépiniériste et propriétaire de plusieurs plantations de Pygeum.

Les écorces de Pygeum Africana sont collectées sur les différents lieux de récoltes puis transportées jusqu’à Douala, la capitale économique du Cameroun. Là-bas, elles sont « séchées, concassées, transformées en poudre puis exportées vers l’Europe », explique Jonathan Ngong.