Cameroun – Prévention de la violence à l’égard des femmes ,La Commission des droits de l’homme du Barreau se prononce

Déclaration à l’occasion de la journée internationale du 25 novembre 2015.

Rappelant que cette journée est une institution en mémoire de trois femmes, les sœurs MIRABAL, militantes dominicaines brutalement assassinées parce qu’elles revendiquaient leurs droits ;

Considérant que les violences faites aux femmes représentent une atteinte grave aux droits humains  essentiels;

Relevant que de tels agissements relèvent précisément de la discrimination à l’égard de la population féminine tant dans le droit que sur les faits, et établissent  une inégalité entre les  hommes et les femmes ;

Notant que les violences perpétrées  sur le genre connaissent une recrudescence effroyable dans notre société et sont un phénomène mondial qui n’a pas de frontières, car jusqu’à 70% de femmes en sont victimes ;

Considérant les statistiques de l’Organisation des Nations Unies en cette matière à ce jour, lesquelles sont alarmantes et démontrent que la violence faite à l’égard de la femme sur toutes ses formes est un réel sujet de préoccupation ;

Rappelant que le Cameroun est un Etat de droit qui affirme son attachement aux principes et idéaux de paix et de développement durable ;

Eu égard à l’existence  de la Constitution de la République, des Lois et Règlements,   notamment le Décret n° 2005/088 du  28 Mars 2005 portant organisation du ministère de la promotion de la femme et de la famille spécialement chargé de la mise en œuvre de la politique générale de la promotion des droits de la femme ;

Eu égard à la ratification par le Cameroun de plusieurs instruments juridiques internationaux protégeant la femme et sanctionnant leurs ; multiples violations ;

Nous, Membres de la Commission Nationale des Droits de l’homme du Barreau du Cameroun (CDHB) ;

Apprécions à sa juste mesure le thème choisi par l’Organisation des Nations Unies (ONU) « Empêchons tous la violence à l’égard de la femme » et son appel à la campagne sur 16 jours d’activisme allant du 25 Novembre au 10 Décembre 2015, intitulée « Tous unis contre la violence à l’égard de la femme » ;

Apprécions également le thème national pour cette édition dans son intitulé, « De la paix à la maison, à la paix dans le monde » ;

Dénonçons et condamnons avec la plus grande énergie toutes formes de violences à l’égard des femmes ;

Exhortons tous Acteurs de la vie sociale, qu’ils soient gouvernementaux ou non  de droits de l’homme, à se mobiliser par des actions concrètes et à s’unir pour barrer la voie aux violences faites aux femmes dans les milieux scolaires, en famille, en entreprise et dans la société ;

Soutenons l’État Camerounais dans ses actions visant à promouvoir l’autonomisation économique de la femme camerounaise, l’éducation et la formation de tous sur l’égalité des sexes, afin de préserver les valeurs morales humaines ;

Lui recommandons vivement de réaliser sans plus attendre l’harmonisation de la législation interne avec les instruments juridiques internationaux ratifiés, protecteurs des droits de la femme tels que la Convention sur l’élimination de toutes formes de violences à l’égard de la femme (CEDEF), la Convention de MAPUTO qui condamne certaines pratiques traditionnelles comme le mariage forcé, mutilations génitales, repassage des seins, la traite des femmes, etc.

Attirons l’attention des Juges et  du Pouvoir judiciaire en général afin qu’ils demeurent mobilisés  pour combattre le règne de l’impunité, et, à cette fin,  à faire une application stricte de la loi en cette matière tout en les exhortant à l’utilisation pertinente des instruments juridiques internationaux spécifiques liés à la protection et à la promotion des droits de la femme  en relation avec l’article 45 de la Constitution de la République du Cameroun;

Proposons que les Comités de Suivi et de Mise en œuvre des instruments juridiques internationaux ratifiés par l’Etat Camerounais veillent quant à eux, à l’application effective desdits instruments et établissent des rapports sincères et crédibles ;

Encourageons l’Etat Camerounais à poursuivre la campagne de vulgarisation des textes aux fins de sa politique de sensibilisation de la population sur les droits de la femme ;

Encourageons l’Etat Camerounais à poursuivre sa lutte contre le sexisme, la corruption, la pauvreté, le tribalisme et le favoritisme, facteurs et causes de la violence sous toutes ses formes.

 Simon Pierre ETEME ETEME

 Avocat. Président de la Commission des Droits de l’Homme du Barreau du Cameroun