Cameroun – Présidentielle 2018 : Paul Biya, entre le marteau et l’enclume

Trahi et abusé par les siens et les autres, le Chef de l’Etat contraint de franchir le pas dans les meilleurs délais.

Alors que des centaines de milliers de voix se sont élevées du Nord au Sud, et de l’Est à l’Ouest du Cameroun, voire même des milieux des Camerounais de la diaspora pourtant réputée frondeuse, pour demander à Paul Biya de rempiler, malgré les plus de trente années qu’il a passées à tenir les rênes de l’Etat –et qui le prédisposeraient à un « repos bien mérité » selon ses détracteurs- le chef de l’Etat camerounais qui garde tout de même une côte de popularité considérable auprès de ses compatriotes doit faire face, pour relever ce qui s’apparente à un véritable défi, c’est-à-dire l’obtention d’un sixième mandat populaire consécutif, à un obstacle qui ne peut être qualifié autrement que de majeur : son propre régime. Analyse et décryptage de l’inconfort dans laquelle se retrouve Paul Biya à la veille de la présidentielle de l’année prochaine, pris qu’il est, en interne et dans

son propre camp, sous les feux croisés et dans les tenailles par tous ces prévaricateurs des caisses du trésor public camerounais, aux arrêts ou encore en liberté, qui n’hésiteraient pas à le lâcher d’ici peu avec le soutien des chancelleries étrangères européennes qui semblent avoir mis au point des stratégies d’infiltrations des Organisations de la Société Civile locale. Nul n’ignore le volontarisme biyaien. Un volontarisme qui se décline en disposition de cet homme d’Etat considéré comme l’un des plus sages en Afrique, voire du monde, si l’on en croit le président russe Vladimir Poutine, à sortir son pays et son peuple de l’ornière, pour les propulser sur les hautes strates de l’émergence. Mais on ne peut plus compter le nombre d’années depuis lesquelles cette disposition altruiste d’homme politique et d’Etat conséquent est constamment mise en échec par ses propres collaborateurs, qui, il faut le dire, sont censés être des hommes de confiance. Des gens qui peuvent revendiquer une certaine proximité avec le premier Camerounais, mais qui, à la lumière de la réalité que vit le Cameroun représentent des cailloux à extirper de sa chaussure, car si rien n’est fait pour les mettre hors d’état de nuire conformément aux lois et règlements de la République, l’aventure politique de Biya qui est jusqu’ici allée à merveille (compte tenu de l’incohérence et de l’incurie de ses adversaires qui ont en plus le défaut capital d’être toute une pléthore à se bousculer au portillon de la prestigieuse maison d’Etoudi), court au devant de graves périls. En effet, à chaque début de ses mandats, Paul Biya s’est toujours voulu clair le gouvernement qu’il met en place pour inaugurer son mandat a toujours pour mission, comme il le fait entendre régulièrement à ses membres et à leur patron qu’est le Premier ministre, d’assurer le développement économique de notre pays et d’améliorer les conditions de vie des populations». On ne compte plus le nombre de fois où Paul Biya a recommandé au gouvernement de mettre en œuvre, dans des délais brefs un programme de développement énergétique qui réponde aux potentialités du Cameroun, de relancer les dossiers des grands chantiers industriels et miniers, d’accélérer, s’agissant des infrastructures, les travaux des chantiers abandonnés et de satisfaire les besoins des populations, et, enfin d’appuyer cette dynamique sur une gestion budgétaire rigoureuse. « J’attends de ce gouvernement remanié qu’il donne un nouvel élan à son action en particulier dans les secteurs où une forme de routine ou d’inefficacité paraît s’être installée. J’attends aussi de lui qu’il remette en vigueur l’usage des feuilles de route qui paraît être tombées en désuétude. J’attends enfin qu’il manifeste dans son action une réelle cohésion et une solidarité qui sont les gages du succès», disait le président de la République lors du conseil des ministres tenu le 3 juillet 2009. Quatre jours plus tôt, il venait de nommer un nouveau gouvernement et d’en confier les clés à Philemon Yang Yundji. Ces orientations, il les a réitérées lors des multiples conseils des ministres qui ont suivi, et quelquefois, comme pour prendre le peuple à témoin, dans des discours à la Nation et à la jeunesse (31 décembre de chaque année, et 11 février de l’année suivante). Le moins qu’on puisse dire est que ces directives ne sont jamais respectées ou exécutées. Pourquoi ? La raison en est toute simple : implémenter à la lettre le programme politique de Paul Biya signifie pour ses ministres qu’ils devraient se contenter uniquement et tout à fait sainement de leurs salaires de hauts fonctionnaires et des avantages prévus par la règlementation en vigueur. C’est très
mince pour ces avatars du mal qui ont les yeux plus gros que le ventre, et qui ne se sentent vivre que quand ils infligent le maximum de souffrances à leurs prochains.

Projets structurants au ralenti
Conséquence logique, les objectifs sectoriels visés par le programme de développement des infrastructures, ne sont toujours pas atteints, où sont réalisés au ralenti depuis une dizaine d’années. Il ne faut pourtant pas croire que Paul Biya est un chef complaisant. De nombreux ministres ont été limogés pour incurie, d’autres sont emprisonnés pour manquements aux règles qui fondent l’orthodoxie gestionnaire. Cela n’a pas empêché ceux qui les ont remplacés de se jeter pieds et poings liés dans la rapine, et l’enrichissement illicite et frénétique, comme s’il fallait faire vite avant l’effondrement du Cameroun qu’ils ont déjà programmé. Comme s’il fallait faire vite avant qu’il ne soit trop tard, pour reprendre ces mots des mutins du 06 avril 1984 dont le propos, à l’époque sembla excessif, mais dont on peut dire aujourd’hui qu’ils eurent une longueur de prémonition d’avance sur leurs compatriotes qui les condamnèrent alors.

Inaction stratégique et machiavélique
Des projets comme le barrage de régulation de Lom Pangar, le barrage hydroélectrique de 280 MW à Nachtigal, celui de Song Mbengue… et bien d’autres chantiers qui auraient pu permettre à l’Etat d’exporter les excédents de la production de l’énergie électrique vers les pays voisins sont passés sous les fourches caudines des malfrats impénitents préposés à la gestion de la fortune publique. Les chantiers routiers ne sont pas en reste, qui sont également victimes de l’élan… d’attentisme de nos ministres et autres. Ainsi de l’objectif de doublement de la fraction du réseau routier bitumé, qui devait passer de 10% en 2009 à 19% à l’horizon 2025-2035 (entretien, réhabilitation et bitumage du réseau routier prioritaire, non prioritaire et rural ; construction des autoroutes Douala-Yaoundé et Yaoundé-Nsimalen). Les hauts responsables en charge de ces projets prennent tout leur temps, comme s’il était question de faire mentir le chef de l’Etat à l’heure du bilan qui approche à grands pas. Prenons le cas des routes dont il était prévu que 250 kilomètres allaient être bitumés chaque année. On aurait aujourd’hui un minimum de 2000 kilomètres supplémentaires bitumés à fin 2017. 500 kilomètres l’auraient été dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, pour désenclaver ces régions dont les natifs n’ont plus de cesse de dénoncer la négligence dont ils font l’objet de la part du pouvoir de Yaoundé. Les 1500 kilomètres restants auraient été réalisés dans le reste des sept régions, avec une priorité pour la région de l’Est (300 km). On imagine l’effet induit sur l’économie et le développement, et ce que cela aurait pu avoir comme répercussion positive sur la campagne électorale annoncée de Paul Biya. Que non, les ministres et autres hauts fonctionnaires qui jouissent de la pauvreté de ceux qui les environnent, ont préféré l’inaction. Quand les populations se soulèvent, ils se pourlèchent les babines à l’idée que l’armée va leur tomber dessus, créer des hécatombes, et faire de Paul Biya un tyran sanguinaire à renverser à tout prix. Or étant entendu qu’ils détiennent les leviers du pouvoirs, il leur sera ainsi facile de le remplacer par un des leurs, et de continuer l’exploitation du peuple par une minorité de ventriloques inconséquents qui tardent encore à comprendre que Paul Biya est le dernier Camerounais à pouvoir encore gouverner ce pays comme un chef de famille qui bénéficie du respect presque total de ses administrés. Après Paul Biya, aucun Camerounais ne signera plus jamais un chèque en blanc à aucun autre président, et la règle démocratique du pouvoir au peuple qui veut qu’à la moindre peccadille, les dirigeants soient obligés de rendre des comptes et soient chassés sans autre forme de procès s’ils ne montrent pas patte blanche.

Sursauts présidentiel et populaire
Il est donc clair que ceux-là qui ont coutume de faire savoir à Paul Biya que les plaintes de la population ne sont que le fait d’insatiables aigris, de sécessionnistes et d’autres opposants manipulés par l’étranger, sont justement ceux-là mêmes qui souffrent d’intempérance, créent des sécessions de fait en pratiquant une politique d’apartheid sur une frange majoritaire du peuple sur laquelle ils n’ont pas encore prise. Ce sont eux les vrais agents de l’étranger qui ont bradé tout ou presque l’ensemble du patrimoine national à leurs alliés étrangers –dont ils escomptent l’appui le moment venu de la réalisation de leurs sombres desseins pouvoiristes- N’a-t-il par exemple pas fallu que Paul Biya prenne personnellement en main le dossier du secteur de l’affermage pour résilier le contrat entre le Cameroun et la Camerounaise des Eaux,(CDE), filiale d’une société marocaine qui nous en a fait voir de toutes les couleurs d’eau et de privation d’eau en près de sept ans, pour la simple raison que des compatriotes haut placés que nous n’avons pas besoin de nommer en étaient actionnaires ? N’avons-nous pas tous été témoins que Paul Biya a dû vraiment insister et frapper du poing sur la table pour que ceux qui étaient chargés de mettre son instruction de résiliation de ce contrat, instruction transmise sans relâche par le ministre Secrétaire Général de la Présidence, s’exécutent ? Cet exemple seul suffit à prouver que Paul Biya n’est plus en sécurité au sein même du régime dont il est le chef, tant qu’il maintient autour de lui une certaine vieille garde de prévaricateurs qui n’y ont plus leurs places. Par voie de conséquence, pendant qu’une bonne partie de ses compatriotes se mobilisent pour faire triompher sa cause, il doit commencer dès maintenant à nettoyer les écuries d’Augias avant qu’il ne soit tard, pour donner le change à ce peuple camerounais, aujourd’hui plus que jamais désillusionné par la non réalisation des projets structurants annoncés à l’entame de son présent mandat bientôt à son terme. Des projets pour lesquels notre pays s’est massivement endetté sur le dos du contribuable pour des résultats qui tardent à voir le jour tant dans les domaines de l’accès à l’eau potable, de l’énergie, des travaux publics, que des transports, de la santé, des logements sociaux (qui n’ont de « sociaux » que le nom) etc.