Cameroun – Personnels enseignants : Deux poids, deux mesures

Dans les établissements de grandes villes, l’on vit un sureffectif d’enseignants, au détriment de ceux des zones rurales, qui font recours aux vacataires pour combler le déficit.

Certains enseignants affectés par l’Etat dans les lycées et collèges situés en milieu rural, abandonnent leurs postes dès la prise de service. Le problème est sérieux. Même les communiqués radio, lus en boucle sur les ondes des radios locales et nationales avec la menace des sanctions, n’ont souvent eu aucun effet sur ces enseignants déserteurs. Ils sont imaginatifs pour justifier leur comportement. Maladies, faux carnets médicaux, monnayage, regroupement familial… Ces enseignants se ruent alors vers les établissements situés dans les grandes villes, ou à défaut, à la périphérie. Ainsi, on se retrouve avec plus d’effectifs du corps enseignant qu’il n’en faut dans ces structures en milieu urbain.
Le lycée scientifique de Bertoua, par exemple, a passé l’année scolaire 2014/2015, avec 91 enseignants.
Dans ce chiffre, un autre détail frappe : 18 d’entre eux sont professeurs d’Histoire/Géographie/ECM !
Or, ce lycée ne compte qu’un second cycle, et un effectif de moins

de 2000 élèves. Dans un tel contexte, certains enseignants sont déchargés des heures exigibles pour enseigner. Ce sureffectif d’enseignants, selon des sources crédibles, est également une réalité au lycée bilingue de Bertoua et dans bien d’autres établissements secondaires situés en ville.
«Les jeunes enseignants n’ont aucun sens de sacerdoce. Beaucoup ont embrassé le métier sans vocation ; ils s’y sont retrouvés par hasard, à la quête d’un matricule. Une fois, ce matricule obtenu, ils n’assument plus leur choix. Quand l’Etat les affecte dans une zone rurale, ils sont prêts à tout sacrifice, pour rester en ville. Pourtant, ils signent j’ai l’honneur… Ce qui veut dire qu’ils sont prêts à travailler partout à travers le territoire national. Mais, ils trahissent après leur engagement», se plaint un proviseur en poste dans la vile de Bertoua. Pour faire face à cette réalité, certains chefs d’établissement font recours au plan B, avec l’aide des communes. Celui-ci consiste à se débrouiller avec les enseignants vacataires, recrutés et motivés par les fonds de l’APEE.

Instituteurs
Dans l’enseignement primaire, le phénomène est aussi vécu, avec la même acuité. Le besoin d’instituteurs est plus prégnant. Dans la Boumba-et-Ngoko, il faut 100 nouveaux maîtres pour la rentrée scolaire prochaine, selon le délégué départemental de l’éducation de base de la Boumba et Ngoko, Luc Charles Bomba. Même si les 186 écoles maternelles et primaires (publiques et privées) que compte ce département ont déjà bénéficié de 51 nouveaux enseignants dans le cadre de la récente contractualisation des instituteurs, le besoin est résolu en partie.
Nombre d’établissements des zones rurales se retrouvent avec un enseignant qui est généralement le directeur d’école. L’école publique de Gribé, par Yokadouma, a fini l’année scolaire 2014/2015 avec un seul maître qui était en même temps le directeur.
Avec les frais d’APEE et le concours de la commune, le directeur s’est appuyé sur des vacataires.
L’école publique de Ngolla 20, toujours dans la Boumba et Ngoko, a eu plus de mal. Son seul enseignant directeur est décédé au début de l’année scolaire 2014/2015.
Avec les frais d’APEE, le soutien de la mairie, le délégué départemental a dû agir en urgence pour sauver l’année. Quelques enseignants vacataires recrutés après ont ainsi colmaté les brèches. Si cette école a évité une année blanche, l’on a frôlé le pire à l’école publique de Mindourou, par Moloundou.
Pourtant fonctionnelle, cette dernière n’a pas pu ouvrir ses portes pendant l’année scolaire 2014/2015 faute d’enseignants… Tout pourrait rentrer dans l’ordre cette année.
Alors qu’on vit un déficit d’enseignants en milieu rural, les établissements des zones urbaines sont mieux lotis. Les écoles publiques ou privées maternelles et primaires basées à Bertoua, par exemple, ne se plaignent pas en matière d’instituteurs. Elles ont le corps enseignant au grand complet dès la rentrée. Ici comme dans d’autres écoles urbaines, les directeurs sont régulièrement dans l’embarras de choix face à la multitude des demandes qui affluent sur leur table.