Cameroun: Paul Biya en panne d’idées

Dans un pays où les conseils ministériels sont un évènement, l’on peut dire que Paul Biya a encore réussi encore à mobiliser les projecteurs sur lui cette semaine, après le « réaménagement » ministériel intervenu le 02 octobre dernier.
A la lecture des différentes communications présidentielles à l’issue du conseil d’hier, l’on est en droit de poser la question de savoir ce que le chef de l’Etat, au pouvoir depuis 32 ans, a déclaré de nouveau ?
Quelles nouvelles orientations fondatrices a-t-il donné à son gouvernement ? C’est peut-être par politesse qu’on peut répondre à cette question : « rien de nouveau sous le soleil ». A preuve, l’homme du 06 novembre 1982 a encore ressassé des lieux communs :
plan d’urgence, incoordination gouvernementale, dévouement, loyauté, patriotisme des ministres, la sous-consommation du budget, etc. Le laïus sur le désordre au sein du gouvernement avait déjà été entendu le 31 décembre 2013.
Paul Biya déclarait alors, « Mais d’où vient-il donc que l’action de l’Etat, dans certains secteurs de notre économie, paraisse parfois manquer de cohérence et de lisibilité ? Pourquoi, dans bien des cas, les délais de prise

de décision constituent-ils encore des goulots d’étranglement dans la mise en œuvre des projets ? Comment expliquer qu’aucune région de notre territoire ne puisse afficher un taux d’exécution du budget d’investissement public supérieur à 50 % ? Enfin, il est permis de s’interroger sur l’utilité de certaines commissions de suivi de projets, qui ne débouchent sur aucune décision. » Le locataire d’Etoudi parlait à cette époque déjà « d’un véritable plan d’urgence ». Deux années plus loin, même acteur, même discours.
Si l’on convient que Paul Biya est resté dans la réminiscence, l’on note tout de même que l’Homme Lion peut aussi être sensible à la douleur des autres. Notamment en décrétant une journée de deuil national ce 16 octobre 2015 parce qu’une centaine de Camerounais ont perdu la vie dans une bousculade à la Mecque le 24 septembre dernier. Une décision présidentielle qui intervient une semaine après la publication dans le bihebdomadaire « L’œil du Sahel », d’une revendication de la communauté musulmane.
«Notre religion n’est pas considérée à sa juste valeur par le chef de l’Etat. Certes, le pays est laïc et lui-même est d’obédience chrétienne, mais devant une telle situation, il doit faire preuve de compassion», renseignait sous cape un haut responsable de la communauté musulmane à Yaoundé.