Cameroun – Ouvrage: Repenser le développement à partir de l’Afrique

Publié aux éditions Afrédit, la dédicace de ce livre dirigé par Jean-Emmanuel Pondi a eu lieu lundi dernier à l’Université de Yaoundé I.

Le titre de cet ouvrage de 593 pages, «Repenser le développement à partir de l’Afrique »,  et  l’image floquée sur la première de couverture, sont assez expressifs et plein de sens. La photographie de deux maisons, traditionnelles et modernes, ont la particularité d’avoir été construites à base  de matériaux  locaux, notamment en briques de terre.  Pour les 22 auteurs de ce livre (placé sous la direction de Jean-Emmanuel Pondi), ces deux images sous fond rouge sombre plongent directement  le lecteur dans les méandres de  l’idée motrice de l’ouvrage, à savoir : comment construire un modèle de développement inspiré des réalités socioculturelles du continent noir. Pour les auteurs, le développement  tant cherché par les dirigeants africains, «accompagnés» par l’Occident et les organismes internationaux n’est possible que si cet idéal de vie se reconstruisait fondamentalement sans être le stéréotype d’un modèle occidental qui aura  visiblement échoué dès son application en Afrique,cinquante ans après les indépendances.

Pour Jean-Emmanuel Pondi et ses co-auteurs, tous les efforts actuels de développement sont hypothéqués au regard de la grosse empreinte  néocolonialiste qui y demeure. Dans un sectionnement logique et cohérent, les auteurs (parmi lesquels des enseignants d’universités, des journalistes, etc.) analysent tour à tour  la problématique du développement telle qu’abordée par les grands penseurs (partie I), le droit et la politique à l’épreuve du développement (partie II), la plausible idée d’un développement à l’africaine (partie III). Ils posent  surtout les balises d’une croissance tant quantitative que qualitative à partir des spécificités multisectorielles africaines. En effet, on apprend dans ce livre qu’il est possible qu’une stratégie de développement intègre les valeurs  de solidarité, d’humanisme et d’équité, entre autres. Des valeurs qui ne sont pas toujours prises en considération derrière les intérêts mercantiles et capitalistes sous-jacents des relations Nord-Sud.

Elites coloniales
C’est le  cas  justement  de  l’aide au développement que les auteurs de ce livre jugent injuste et encline à conduire au sous-développement et non au développement. Une aide destinée en général aux pays excessivement endettés, et qui constitue, de ce fait, un moyen d’influencer la vie politique et économique en annihilant tout vrai et fiable effort de développent  des Etats africains. Dans cette optique de mise à nue des plans de développement inappropriés en Afrique, le plus souvent impulsés par les puissances occidentales et certains organismes internationaux, les auteurs récusent au même titre l’iniquité des relations multisectorielles encadrées par des structures telles que l’Organisation mondiale du commerce (Omc), la Banque mondiale (Bm) et le Fonds monétaire international (Fmi). «Repenser le développement à partir de l’Afrique», dont la dédicace a eu lieu lundi dernier à Yaoundé, explique à partir de leur structure et surtout  leur mode de fonctionnement, pourquoi il n’existe pas d’Etats totalement indépendants en Afrique.
Des Etats que les auteurs qualifient de «néocoloniaux», car ayant été «transférés comme tels aux élites nationales par les élites coloniales européennes au moment des indépendances.» Les auteurs de l’ouvrage pensent que le rôle des leaders politiques africains est impératif pour sortir de cette emprise préjudiciable au développement. Il faut notamment repenser la structure et le fonctionnement des Etats en «sortant des sentiers battus, des schémas préétablis et que l’on recherche et propose de nouvelles approches, de nouvelles théories, voire de nouveaux paradigmes pour analyser, comprendre et résoudre cette crise de l’Etat», écrivent Jean-Emmanuel Pondi et Cie. Cette quatrième publication du département de politique internationale de l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric) propose, en sus de la réorientation des Etas africains, la prise en considération, dans les plans de développement, de l’art et de l’agriculture notamment. Repenser le développement à partir de l’Afrique, c’est tout simplement «penser la place de l’Afrique dans le monde», conclut Jean-Emmanuel Pondi.