Cameroun – Opération epervier: Les noms qu’on ne cite pas dans le dossier Mendo Ze

Robert Nkili, Jacques Fame Ndongo, Moukoko Mbonjo, Asso’o Emane ou encore le député Joseph Mboui ont échappé à l’enquête parce que « membre du gotha politique », selon la police judiciaire.

Interpellé depuis le mercredi 12 novembre 2014, Mendo Ze passera bientôt sa première année derrière les barreaux de la prison centrale de Yaoundé. L’ancien directeur général de la Crtv est, selon l’ordonnance de non-lieu partiel et de renvoi de la juge d’instruction Annie Noëlle Bahounoui Batende, du 25 juin 2015, inculpé « à titre personnel d’avoir commis les faits de détournement de deniers publics portant sur la somme de 920,555 millions ». Gervais Mendo Ze est aussi poursuivi d’avoir commis, en coaction avec 14 autres personnes, dont l’ancien directeur des Impôts, Polycarpe Abah Abah, « les faits de détournement de deniers publics portant sur la somme de 2,1 milliards. » Soit un total d’un peu plus de trois milliards de FCFA. Et depuis le 16 septembre, le volet relatif à l’abandon des poursuites, qui concernait Jean-Marie Akono Ze, interpellé puis libéré, a été réhabilité par la chambre de contrôle de

l’instruction. Ce qui ajoute une autre inculpation à l’encontre de l’ancien Dg de la Crtv : coaction de détournement de deniers publics à travers un « gonflement injustifié des recettes de la redevance audiovisuelle » à hauteur d’un montant de plus de 15 milliards de FCFA. Deux noms, celui de Gervais Mendo Ze et de Jean-Marie Akono Ze, sont régulièrement cités, mais c’est une cinquantaine de personnes qui sont concernées par ce dossier, dont certains ont même été oubliées par l’enquête de la police judiciaire rendue le 6 mai 2009 par le commissaire Ateba Onguéné. En effet, on peut lire: « Il y a lieu de signaler que les autres suspects mentionnés dans le rapport de la mission de contrôle et de vérification auprès de la Crtv, contre qui le Contrôle supérieur de l’Etat a également relevé des faits susceptibles d’engager leur responsabilité, n’ont pas été entendus. Certains sont décédés, d’autres sont sans adresse ou expatriés à ce jour et le reste, bénéficiaires des primes et cachets spéciaux, sont d’éminents membres du gotha politique. » Dans ce terme gotha, se cachent des noms tels que Robert Nkili, ancien ministre du Travail et de la sécurité sociale, Jacques Fame Ndongo, ancien PCA de la Crtv et ministre de l’Enseignement supérieur, le Général Benoît Asso’o Emane, ancien commandant de la Première région militaire interarmées, ou encore Joseph Mboui, ancien ministre de l’Education nationale, député RDPC. Fait insolite: Mvondo Meba, pourtant bien connu comme neveu du chef de l’Etat, est déclaré par la PJ « sans adresse connue ».
La police judiciaire avait en effet relevé, au terme de son enquête, des faits constitutifs de violation des règles de gestion saine des finance « Le nommé Pierre Moukoko Mbonjo, solidairement avec son prédécesseur Jacques Fame Ndongo et les administrateurs de la Crtv pour les périodes concernées, sont susceptibles d’être inculpés pour laxisme ayant facilité le détournement de deniers publics. » En cause, le traitement dévolu au président du conseil d’administration de la Crtv. Les avantages du PCA de la Crtv, qui se trouve être la plupart du temps ministre de la Communication, se décline en « un véhicule de fonction, trois domestiques, un agent de écurité, deux chauffeurs, une secrétaire, un attaché et un chargé de mission aux frais de la Crtv ». Et ce n’est pas fini, la liste compte aussi :
« une somme mensuelle de 3 000 000 FCFA représentant les indemnités de fonction, d’entretien du véhicule, d’hôtel particulier, de prime de production, de dotation de crédit de communication, de carburant et des jetons de présence d’un montant de 1 400 000 FCFA par session du conseil d’administration. » Si Jacques Fame Ndongo n’a jamais été entendu, Moukoko Mbonjo a, quant à lui, expliqué que c’est son prédécesseur qui avait institué ces avantages, « qu’il avait trouvés excessifs ». Raison pour laquelle il a renoncé à certains, selon le rapport que fait la police judiciaire. Il aura toutefois engrangé 39 millions de FCFA et 1,4 million de FCFA par session, entre mai 2005 et octobre 2006.