Cameroun – Opération Épervier: les arrestations reprennent aujourd’hui

Dossiers bouclés, retrait de passeport, surveillance policière, convocations au Tcs, aménagement de cachots Vip… autant de signes annonciateurs permettant d’affirmer que de grosses baleines auront, dans les heures qui viennent, à répondre de leur gestion des deniers publics.

Du statut de ministre au statut de prisonniers ? Il n’y a qu’un pas que pourrait vite franchir Jean Pierre Biyiti bi Essam, Essimi Menye, Robert Nkili, Patrice Amba Salla, Bakang Mbock… Virés du gouvernement le 02 octobre, ces personnalités et bien d’autres vont désormais entièrement se consacrer à défendre leur honneur contre des accusations « de détournement, co-action de détournement » portées à leur encontre par le Tribunal criminel spécial (Tcs) depuis l’époque où ils étaient en fonction. Nos sources révèlent que la procureure générale près du Tcs serait entrain de donner un coup d’accélérateur aux dossiers hérités de son prédécesseur. En effet, Justine Aimée Ngounou Tchokonthieu, dès son installation le 09 octobre, a pris le taureau par les cornes.
A en croire des indiscrétions, en sus d’ex-membres du gouvernement, l’étau de la justice pourraient se resserrer autour des directeurs généraux de sociétés publiques et de hauts cadres de l’administration accusés de corruption. L’aménagement de cellules Vip à la prison centrale de Kondengui laisse penser que ces personnalités ne comparaitront pas libres.
Le cas Biyiti bi Essam
Des sources judiciaires annonce l’interpellation de Jean Pierre Biyiti bi Essam, ancien ministre des Postes et Télécommunications (Minpostel) dont le dossier au niveau du Tcs était déjà suffisamment avancé bien avant son éjection du gouvernement. D’après les mêmes sources, les faits pour lesquels il pourrait rejoindre le célèbre pénitencier de Kondengui tournent autour de 3 milliards de Fcfa, alors qu’il officiait comme secrétaire général du Minpostel. Qu’on se souvienne également qu’il y a quelques mois, l’ancien patron des Postes et Télécommunications avait été interpellé par la Justice au sujet d’une affaire ayant trait à des frais de missions fictives, évalués à près de 30 millions. L’ex-ministre de la Communication fut alors contraint de rembourser les sommes querellées pour se tirer d’affaire.

Le cas Essimi Menye
L’ancien ministre des Finances serait lui aussi dans de sales draps. Le 13 janvier 2015, il avait été entendu au cabinet du ministre d’État, ministre de la Justice, Garde des Sceaux (Minjustice), par les enquêteurs du Tcs. Son départ du gouvernement, pensent certaines langues, lui ouvrirait désormais les portes de la prison. A l’origine, deux affaires dont celle dite d’Amity Bank de 9 milliards de Fcfa et l’autre liée à l’ex-Société camerounaise de tabacs (Sct) de 50 millions de Fcfa. Bien que sous soins intensifs à l’hôpital de la Caisse nationale de prévoyance sociale (Cnps), à la suite d’un Accident vasculaire cérébral (Avc), son sort semble scellé.

Le cas Robert Nkili
Quant à l’ancien ministre des Transports, des informations puisées à bonne source soutiennent qu’au lendemain de son limogeage du gouvernement, l’opération Epervier devait se lancer à ses trousses. C’est dans ce cadre qu’on situe son audition à son domicile (le 12 octobre), toute chose qui fait croire que sa probable mise aux arrêts ne serait plus qu’une question de temps et  aurait à voir avec l’affaire des avions chinois de type MA-60 qui restent jusqu’à présent inutilisés par l’aviation camerounaise.

Dérives managériales
En poussant plus loin ses investigations, La Météo a pu apprendre que l’ancien ministre délégué aux Finances, Pierre Titi, n’échappera pas aux serres de l’opération Epervier, si les soupçons de détournement de deniers publics qui pèsent sur lui venaient à être confirmés. Il en est de même de l’ancien ministre des Travaux publics, Patrice Amba Salla, mouillé dans le marché de construction de la route Mengong-Sangmélima. D’après des sources crédibles, M. Amba Salla en complicité avec d’autres personnes aurait demandé de virer la somme de 7 milliards de Fcfa dans le compte d’une société fictive alors que l’adjudicataire ayant gagné le marché à savoir Galdiano réclamait et continue à réclamer le paiement intégral des travaux effectués sur le premier tronçon depuis des mois.
Dans le cas de Bakang Mbock, son interpellation pourrait avoir un lien avec ses dérives managériales. En décembre 2013, les assistants sociaux se réunissent au sein d’un collectif qui dénonce les écarts managériaux de la ministre. Les griefs sont nombreux. La gestion du projet Ppte, dénommé «Efficience et efficacité des services sociaux de base en faveur des populations camerounaises vivant en dessous du seuil de pauvreté» est qualifiée de calamiteuse. Il en est de même de l’initiative «enfants de la rue», ou encore du projet Sigipes. Selon le collectif des assistants sociaux, la plupart des dossiers d’avancement ou de reclassement du personnel et plus précisément ceux des inspecteurs et inspecteurs principaux sont bloqués dans les bureaux du Minas.

Maurice Bayemi sur le gril
Egalement sur la liste «noire», l’ancien directeur général de la Cameroon Postal Services (Campost), Maurice Bayemi qui pourrait lui aussi tomber dans les mailles de la Justice. Le Tcs est saisi depuis quelques semaines du dossier de la gestion financière à scandales de la Campost sur la période 2004-2010. Parmi les éventuels clients de cette juridiction spéciale, se trouve en vedette… l’ex-Dg Maurice Bayemi. Dans son rapport  de 2011 sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun  pour les années 2008, 2009 et 2010, la Commission nationale anti-corruption (Conac) l’avait déjà épinglé pour avoir dépouillé les caisses de la Campost d’une somme de plusieurs milliards de Fcfa et demandait son interpellation par la Justice.
Comme on peut le constater, le président de la République ne semble pas faiblir dans sa détermination à faire rendre gorge à tous « ceux qui se sont enrichis au détriment de la fortune publique.»

Quelques cibles de l’opération Epervier
Jean Pierre Biyiti bi Essam (ex-Minpostel)
Catherine Bakang Mbock (ex-Minas)
Essimi Menye (ex-Minader)
Robert Nkili (ex-Mintransports)
Bernard Messengue Avom (ex- ministre des Travaux publics)
Patrice Amba Salla (ex-ministre des Travaux publics)
Jean Williams Sollo (directeur général de la Camwater)
Théodore Nsangou (directeur général Edc)
Amadou Vamoulké (directeur de la Crtv)
Maurice Bayemi (ex-Dg Campost)
Pierre Titi (ex-ministre délégué aux Minfi)
Tanyi Mbianyor Clarkson Oben (ex-ministre de l’Environnement et des Forêts)
– 3 directeurs des Enseignements secondaires (dont les noms n’ont pas été révélés)