Cameroun – Opération épervier: La santé des prisonniers VIP

Henri Engoulou, Jérôme Mendouga, Booto à Ngon … ils ont succombé derrière les barreaux, demandant chaque jour à bénéficier des soins qui n’arrivaient que trop tard.

Le simple rappel des expériences de chaque personnalité incarcérée dans le cadre de l’ « Opération Epervier » suffit à appréhender les difficultés que notre système pénitentiaire a à s’occuper de certains de ses prisonniers. 237online.com En effet, les fortunes sont diverses quand vient la maladie. Certains sont décédés, las d’attendre une prise en charge médicale. Jérôme Mendouga, ancien ambassadeur du Cameroun à Washington peut être considéré comme une victime des atermoiements du système judiciaire à sauver sa vie, tant elle paraissait fragile et ses plaintes récurrentes. Accusé de détournement de deniers publics dans l’affaire « Albatros », il est écroué le 15 avril 2009 à la prison de Kondengui. Arrivé quelques mois plutôt de Washington pour venir écouler de paisibles jours de retraite dans son pays, il est condamné le 4 mai 2012 à 10 ans de prison. Le 15 novembre 2014, ce diplomate de 76 ans rend

l’âme après trois semaines de maladie. Il était alité à l’hôpital central de Yaoundé. A sa mort, les détenus de Kondengui avaient menacé de faire grève pour dénoncer leurs conditions de détention. « Jérôme Mendouga n’est pas mort de vieillesse mais de négligence », note, à l’époque, un prisonnier VIP. «Du temps de sa splendeur, ce n’est pas à l’hôpital central que cet ambassadeur serait mort », accuse un autre. Quasiment tous se plaignent de ne pas avoir les moyens de prendre en charge leur santé parce que leurs biens sont confisqués, alors même que leur affaire est encore pendante. En effet, peu avant Jérôme Mendouga, c’est Henri Engoulou qui avait rendu l’âme, exactement le 8 mai 2014, soit une semaine plus tôt jour pour jour. Emprisonné le 11 janvier 2010, il était réputé très malade. Interné lui aussi à l’hôpital central de Yaoundé, il meurt en réanimation des suites d’une fièvre typhoïde mal soignée, dans le dénuement, disent ses proches. Son décès est dû à son arrivée tardive à l’hôpital. Par ailleurs, on se souvient des appels à l’aide lancés par Marafa Hamidou Yaya, incarcéré depuis le 16 avril 2012 à la prison secondaire du SED. L’ancien secrétaire général de la présidence de la République se plaint des yeux et d’autres affections qui fragilisent sa santé. Mais il a rarement droit à des soins hospitaliers, en dehors de quelques visites bien encadrées à l’hôpital de la CNPS. 237online.com Il y a environ trois mois, le pouvoir a consenti que cet ancien ponte soit opéré des yeux. L’opération a été réalisée par un médecin étranger venu spécialement pour la cause. Une attention dont Marafa Hamidou Yaya peut se vanter, car elle n’est pas courante. Peut-être a-t-il le bénéfice d’alerter régulièrement sur la dégradation de son état de santé dans ses lettres ouvertes. André Botoo à Ngon, ancien ministre des Finances et ancien président du conseil d’administration du Crédit foncier du Cameroun, n’a pas reçu la même diligence. Il est mort à 76 ans à l’unité de cancérologie de l’hôpital central de Yaoundé, le 12 février 2009. Il a succombé à plusieurs cancers qui se sont développés en prison, où il avait été envoyé le 18 juillet 2008, début d’une peine de détention de 40 ans. Pour avoir été précipité à la mort, il avait demandé à sa famille de ne rien prendre qui vienne du pouvoir. Un cas relèvera toujours de l’insolite. Sorti, avec sa garde habituelle pour recevoir des soins dentaires, Polycarpe Abah Abah est interpellé à son domicile d’Odza par les forces spéciales et inculpé pour tentative d’évasion aggravée. Il sera jugé de manière expéditive et condamné à six ans de prison, alors que l’affaire même qui l’avait emmené en prison était coincée. Tout le monde n’a pas la chance d’Essimi Menye, évacué aux Etats-Unis pour se faire soigner, il n’est jamais rentré pour affronter le rouleau compresseur qu’il voyait se déployer contre lui. Il fait d’ailleurs actuellement l’objet d’une recherche judiciaire.