Cameroun – Opération Épervier: Biya a-t-il lâché Yaou Aïssatou?

Citée comme cerveau dans le scandale du Projet de reconversion économique de la banane plantain (Prebap), la présidente du Bureau national de l’Organisation des femmes du parti au pouvoir est prise dans un tourbillon judiciaire.

Des signes avant-coureurs, en provenance des milieux de la Justice annoncent un séisme pas comme les autres dans le sérail. Selon des confidences recoupées et croisées, des ministres en fonction, d’anciens membres du gouvernement, des dirigeants d’entreprises publiques, ainsi qu’une armada de personnalités haut placés parmi les plus insoupçonnées, sont susceptibles de passer bientôt, sauf changement, de la lumière du pouvoir à l’ombre carcérale. À l’origine, le scandale lié à la gestion d’un programme Agropole et notamment le projet dénommé Prebap, qui selon les sources introduites, a englouti d’importantes sommes d’argent. Au Tribunal criminel spécial (Tcs) où l’affaire est désormais passée au scanner, nombreux sont ceux qui prédisent déjà le pire à un certain nombre d’acteurs ayant joué un rôle important dans ce dossier brûlant qui date de 2004. C’est en tout cas, une hypothèse qui fait florès, compte tenu des révélations contenues dans une lettre anonyme de dénonciation et l’échec cuisant du projet constaté en haut lieu.

Qu’on se souvienne déjà que lors du conseil de ministres du 9 septembre 2005, le président de la République avait mis en garde les uns et les autres sur le programme de reconversion économique de la banane plantain, par ailleurs inscrit comme programme prioritaire du Document de stratégie de réduction de la pauvreté (Dsrp). Malheureusement, ceux qui étaient censés l’animer sont aujourd’hui accusés d’avoir rangé ce projet dans le registre des éléphants blancs du régime de Paul Biya.


Fébrilité
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Dans bien des milieux de la capitale, plusieurs caciques du régime en place sont mis en cause. Parmi lesquels Yaou Aïssatou, directeur de la société nationale des investissements (Sni), Célestin Donga (directeur de l’industrie), Clobert Tchatat (ancien ministre de l’Agriculture), Dieudonné Evou Mekou (administrateur) et Gilbert Tsimi Evouna (délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé et de ce fait administrateur), Emmanuel Essimi Menye (ancien ministre de l’Agriculture et du Développement rural), Pierre Titi (ministre délégué auprès du ministre des Finances) et Emmanuel Nganou Djoumessi (ministre de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire, autorité qui gère ce programme Agropole) et bien d’autres, tous appelés à apporter des éclairages sur les faits de détournement et/ou d’utilisation, à des fins personnelles, du patrimoine national.

À charge contre eux, renseigne une source proche du dossier, des malversations et montages financiers mis en lumière par des experts camerounais qui ne se sont pas fait prier pour relever les ambigüités contenues dans les différents accords. Il se murmure avec insistance que certains acteurs-clé du scandale projetaient même de récupérer le projet au profit des sociétés françaises telles que la Société des bananeraies de la Mbome (Sbm) et les Plantations de Penja (Php). Votre journal s’est par ailleurs laissé dire que l’État avait débloqué, seul, une somme de plus de 5 milliards de Fcfa, en 3 ans et demi et sur une surface totale de 196 hectares, pour l’implantation d’une phase-pilote de production de la banane plantain. Alors que le coût à l’hectare aurait dû être ramené à plus de 25 millions de Fcfa contre 500 000 Fcfa dans le cas des plantations classiques. Autant de tripatouillages qui noient la détermination du chef de l’État de faire de l’agro-industrie un secteur économique capable de booster  l’économie nationale et de  relever  le niveau de vie des populations.

Dans tous les cas, si l’éventualité d’un séisme de grande amplitude, présentée au sein du sérail comme une certitude, venait à se confirmer, cela entraînerait de facto un chamboulement au sein de l’appareil étatique, ainsi que cela se dessine avec insistance. Ce qui a, sans doute,  le don d’en rajouter à l’inquiétude qui se lie déjà sur de nombreux visages.