Cameroun – Nord-ouest: Fracture dans les rangs des avocats grévistes

A cause des infiltrations et des manipulations, des avocats anglophones appellent leurs collègues à mettre fin à la grève.

Mercredi, 19 octobre 2016, des avocats exerçant dans la région du Nord-Ouest ont fait une déclaration publique sur la grève qu’ils observent depuis deux semaines. 237online.com Devant la cour d’appel du Nord-Ouest, entre 19 et 19h30, les quatre avocats qui ont parlé à la presse, au nom, disent-ils, de dizaines de confrères, ont annoncé leur décision de mettre fin à la grève pour des soupçons de manipulations et de déviation. Mes Ngek John Ngala, Anthony Amazee, Jacob Ateh, Rosaline Manka’a, qui se présentent tous comme des « avocats du Common Law », expliquent ce revirement par une infiltration observée depuis cette deuxième semaine de grève, par des messages de propagande sécessionniste. « Nous avons lancé la grève pour des objectifs précis, mais au fur et à mesure que les jours avancent, ce mouvement d’humeur qui au départ était professionnel prend un autre tournant. Nous avons constaté une infiltration dans la

grève des choses qui ne sont pas cohérentes, des choses susceptibles de causer un désordre ou de nuire à l’unité de notre pays », a affirmé Me Ngek John Ngalla, qui a dit parler en tant que « doyen des avocats du Nord-Ouest » et non comme représentant du président de l’assemblée générale des avocats dans la région, poste qu’il a hérité de la récente démission de Me Harmony Bobga. « Des tracts sécessionnistes en provenance de Belgique et d’autres messages prônant la séparation ont fait leur entrée dans notre mouvement de grève. Je pense qu’un avocat est un légaliste et lorsqu’une grève ne cadre plus avec la légalité ou que les choses prennent une autre tournure, il faut qu’on se désolidarise », a ajouté son confrère. Ces avocats pointent un doigt accusateur sur « certains avocats tapis dans l’ombre qui veulent nuire à (leur) mouvement et qui sont soutenus de l’extérieur car des messages de félicitations fusent de partout et nous taxent de combattants pour la libération du Southern Cameroon des mains de ‘’la république’’». « La grève doit être arrêtée », soutiennent Mes Ngek John Ngala, Anthony Amazee, Jacob Ateh et Rosaline Manka’a.

Dérives politiciennes
« Nous devons nous asseoir, discuter, reformuler et donner une trajectoire à notre grève qui est légitime », soutiennent-ils. Lancée le mardi 11 octobre dernier, la grève des avocats anglophones devait initialement durer quatre jours. Les auxiliaires de justice protestaient contre l’inexistence au Cameroun de la version anglaise des actes uniformes Ohada. Ils regrettent qu’en début de cette semaine, le mouvement a été prolongé pour une autre semaine. « Cette prolongation de la grève est illégale », pensent d’autres qui expliquent que lorsque des revendications sont transmises au chef de l’État, ce dernier dispose de 21 jours pour répondre. « Or les 21 jours ne sont pas écoulés et les gens ont pris l’option de prolonger la grève sans consultation. C’est l’affaire d’une poignée de personnes qui ont décidé de nous manipuler pour leur intérêt». Me Amazee dénonce le fait que la revendication, qui au départ portait uniquement sur les textes Ohada en anglais, intègre aujourd’hui plusieurs considérations. « On demandait la traduction en anglais des actes uniformes Ohada mais aujourd’hui, on parle du système du droit civil pratiqué dans les régions francophones, on parle du redéploiement des magistrats francophones, des notaires en zone anglophone, de la réunification, etc. Ce n’était pas ça au départ. Que viennent faire le Synes, la Cattu, l’Association des enseignants du Cameroun, les associations des commerçants, de motos-taxis, des compagnies de transport ainsi que “bayam sellam’’, les chefs traditionnels dans notre grève ? », s’interroge-t-il pour conclure à la manipulation. « Je n’avais pas de cas à traiter aujourd’hui mais mes informations font état de ce que les confrères ont repris du service auprès des tribunaux, des commissariats et des unités de gendarmerie », a confié dans l’après-midi d’hier, jeudi 20 octobre 2016, Me Ngek John Ngalla.