Cameroun – Ni John Fru Ndi: Paul Biya a le devoir de collaborer avec moi

Invité du club des journalistes politiques, le leader du Sdf s’est exprimé sur des sujets d’actualité.

C’est un homme décontracté, mais déterminé que le club des journalistes politiques du Cameroun a rencontré vendredi dernier en sa résidence de Ntarikon, à Bamenda. Le chairman du Sdf, premier invité du « Café politique » – concept lancé par cette association apolitique pilotée par Georges Alain Boyomo –, s’est réjouit de l’opportunité que lui offre cette tribune pour livrer sa vision sur la marche du Cameroun. Durant près de trois heures le lendemain, c’est dans la salle de conférence d’un hôtel de la capitale régionale du Nord-Ouest,  entourée de députés, maires, membres du « shadow cabinet » et autres dignitaires du Sdf, ainsi que de nombreux militants du « parti de la balance », que Ni John Fru Ndi échangera – à bâtons rompus – avec la dizaine de journalistes ayant fait le déplacement de Bamenda. Insécurité, économie, lutte contre la corruption, mise en place des institutions, fonctionnement du Sdf, échec de l’opposition dans la quête de l’alternance politique, élections de 2018, etc. sont entre autres thèmes sur lesquels ont porté ledit entretien. Mutations vous propose une synthèse de ce qu’a dit « l’homme fort de Ntarikon »
Sur Boko Haram
Selon le leader du Sdf, la gestion de ce dossier par le gouvernement camerounais recèle bien de curiosités. La première d’entre toutes est inhérente au paiement des rançons aux ravisseurs affiliés au groupe terroriste. « Le Nigeria ne verse pas de rançons aux ravisseurs, mais le Cameroun le fait. Pourquoi ? », s’est d’emblée offusqué Fru Ndi. « C’est cet argent des rançons qui permet à Boko Haram d’acheter des armes et de les tourner ensuite contre les populations », a-t-il enchainé. « Il faut qu’on sache quel a été le rôle et l’implication des négociateurs camerounais comme Amadou Ali dans cette affaire », a ajouté le chairman du « parti de la balance ». Avant de poursuivre : « Le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yéguié Djibril, a affirmé plusieurs fois que Boko Haram est parmi nous, ce qui veut dire qu’il les connaît. Pourquoi Paul Biya ne réclame-t-il pas de lui la liste de ces fameux complices camerounais ? », s’interroge le chef de file de l’opposition. Au sujet de l’enlèvement de l’épouse du vice-Pm, Amadou Ali, Fru Ndi pense que le ministre chargé des Relations avec les Assemblées a eu un pressentiment qui laisse songeur.
Du reste, pour le chairman, il ne fait guère de « doute » que la politique de gratuité de la carte nationale d’identité, décidée par le président de la République dans la perspective notamment des élections de 2011, a favorisé un « accès sans contrôle à la nationalité camerounaise, avec toutes les conséquences qu’on sait aujourd’hui ». En conclusion, « Boko Haram est une création du gouvernement de M. Biya. Ce gouvernement sait qui est Boko Haram et il doit nous le dire », assène Ni John Fru Ndi.

Au sujet de l’endettement
La politique gouvernementale en la matière n’a pas échappé aux critiques du patron du Sdf qui voit d’un très mauvais œil « la mise à l’écart du Parlement » dans la fixation du budget de l’Etat. D’après Ni John Fru Ndi, « si on n’est pas capable de d’exécuter correctement un budget de 3000 milliards, ce n’est pas une enveloppe de 6000 milliards qui nous réussirait ». Comme panacée à ce problème, « le Sdf propose la conception d’un budget réaliste et le fédéralisme pour décentraliser le budget, afin de faire de ce dernier un outil efficace pour le développement global ».

A propos du Sdf
Le Sdf serait-il un parti anglo-bamiléké ? « Non ! », se défend Fru Ndi. A en croire le leader de l’opposition camerounaise, « cette accusation est fausse, puisque le Sdf a une bonne représentation sur l’ensemble du territoire national. Voulez-vous faire croire que ceux qui votent pour nous dans le Sud, à l’Est, ou dans le Nord sont des Bamiléké ou des anglophones ?», a-t-il lancé. Interrogé sur la longévité de Paul Biya à la magistrature suprême et sur la sienne à la tête du « parti de la balance », le patron du Sdf estime qu’il s’agit de « deux choses différentes. Dans mon cas, il n’y a pas de problème, car c’est le parti. Mais dans le sien, c’est un problème, car il s’agit de la République ».
Le Sdf, principal comptable de l’échec de l’opposition ? « Pas du tout. D’ailleurs, si on a eu une avancée, même cosmétique dans notre processus électoral, c’est grâce au Sdf », se targue le baron de Ntarikon. Concernant l’avenir du parti de la balance, le chairman, qui a indiqué préparer sa « succession », a déclaré être confiant. « Si je fermais mes yeux aujourd’hui, a-t-il lancé, j’aurais un sourire, parce que je laisse le Sdf sur une voie positive ». Sur sa candidature, à l’élection présidentielle de 2018, il dit qu’il fixera l’opinion nationale et internationale « le moment venu ».

Concernant la lutte contre la corruption
Pour le chairman du Sdf, « le gouvernement gesticule et ne fait rien d’efficace pour récupérer l’argent volé ». Citant l’exemple de l’ex-président ivoirien Félix Houphouët Boigny, Ni John Fru Ndi suggère d’amener plutôt les prévaricateurs à restituer les sommes dérobées à l’Etat. D’après lui, dans ce domaine précis, les seules performances du Tribunal criminel spécial (Tcs) ou de la Commission nationale anti-corruption (Conac) « sont la  preuve » que la thérapie gouvernementale est « inefficace ».

Ses rapports avec Paul Biya
Interpellé sur la nature des relations qu’il entretien avec le régime de Yaoundé et singulièrement avec son chef, Paul Biya, le leader du Sdf a d’abord botté en touche : « Paul Biya est le président de la République et nous avons le devoir de collaborer». Après la relance du journaliste, le chairman niera toute collusion, comme suggéré par l’ancien Sg du « parti de la balance »,  Tazaocha Asonganyi, dans son dernier ouvrage intitulé : « Cameroun : choix difficile dans une démocratie de façade ». Ni John Fru a affirmé avoir « rencontré pour la première fois Paul Biya lors du cinquantenaire de l’armée à Bamenda (Ndlr, le 10 décembre 2010) ». D’ailleurs, a-t-il tranché, « dans une bonne démocratie,  M. Biya est supposé travailler avec moi ».

Sur la mise en place des institutions
Au sujet de la non mise en place à ce jour du Conseil constitutionnel et de la Haute cour de justice, Ni John Fru Ndi s’est dit désolé. « Le Sdf a proposé le fédéralisme, monsieur Marafa a dit « décentralisation ». Où en sommes-nous aujourd’hui avec cette fameuse décentralisation ? », s’est-il interrogé. « On ne peut pas administrer un pays avec des intrigues », a conclu le chairman du Sdf.