Cameroun – Mouvement syndical: Etame Ndedi Emmanuel, l’incarnation du renouveau syndical

Le 1er Mai 1990 marque un tournant décisif dans la carrière de militant syndical de Etame Ndedi Emmanuel.

Le boycott à Douala de la fête du travailleur pour protester contre les conditions de vie des travailleurs catalyse la popularité de ce leader syndical.  Il n’en faudra pas plus pour que Etame Ndedi, à la faveur de ce leadership affirmé, prenne les rênes de la nouvelle Cstc. Etame apparaît comme l’homme idéal qui aident les masses laborieuses à s’émanciper du joug des politiques. Mais en apparatchik convaincu (membre suppléant du Comité central du Rdpc), il se révèlera comme une taupe destinée à perpétuer la mainmise du pouvoir sur les travailleurs. Et c’est à juste titre que son attelage avec son Sg, Louis Sombès ne tient pas la route. Une lutte au couteau pour le leadership s’engage entre les deux têtes de l’Exécutif de la Cstc. Elle débouche sur le congrès extraordinaire de 1995 où, sous l’impulsion des jeunes loups tels Benoît Essiga ou Bakot Ndjock, le vieux Etame s’efface en faveur de Bakot comme président confédéral. Sombès conservera son poste de Sg. Entre les deux, un troisiàme larron piaffe d’impatience dans l’ombre comme 2ème vice-président confédéral. Son atout ? Il est d’ordre financier. Il préside en effet aux destinés de la toute puissante fédération des transports. Le mandat écourté de Etame qui s’achève en 1997 sous Bakot lui donne l’opportunité de sortir définitivement de l’ombre. Sous son impulsion, la base convoque un congrès extraordinaire en lieu et place d’un congrès ordinaire qu’a refusé de tenir Bakot, en violation des statuts. Un bureau provisoire est mis en place le 13 septembre 1997 à la salle des conférences de la CNPS à Yaoundé, avec l’engagement de convoquer un congrès ordinaire sous trois mois. Entre temps, l’union des syndicats libres du Cameroun (Uslc) voit le jour à l’issue du congrès de 1995. Expulsés, des apparatchiks comme Salomé Ntsogo, Mbom, Mefe ou Mousseni Jules créent l’Uslc en mars 1995 pour servir de contrepoids à une Cstc qu’on dit truffée d’opposants radicaux. Adama Sadjo est son tout premier Président et Mousseni le Sg. Pendant ce temps, la Cstc est en proie à des luttes intestines. Les clivages s’exacerbent au sein des dirigeants. De congrès extra en congrès ordinaires, l’on débouche en novembre 1997 sur des assises qui consacrent la scission au sein de la Cstc. Deux bureaux se disputent la légitimité. Le premier est conduit par Bakot et Essiga. Sombès et les siens sont interdits d’accès dans les locaux de la Cstc à la faveur d’un mur en béton construit nuitamment par la tendance Essiga. La crise bat son plein. Les organisations internationales à l’instar de la Confédération internationale des syndicats libres (Cisl) tentent une médiation qui aboutit à un congrès unitaire en avril 1999. Sombès boycotte à nouveau les assises et Essiga prend les rênes de la Cstc en évinçant au passage Bakot Ndjock son compagnon d’hier.

Trop indépendant au goût de Pius Ondoa, Benoît Essiga est la cible de toutes les foudres du Ministre du Travail de 1999 à 2001. La Cstc et son président  sont acculés à leurs derniers retranchements. Ainsi, profitant de l’absence de Essiga en voyage, Pius Ondoa installe Ntone Diboti, 2ème vice-président confédéral à la tête de la Cstc. Un autre bicéphalisme prend corps au sein de la Cstc.
De guerre lasse, Benoît Essiga décide de quitter la barque pour créer la Cgt-liberté en juin 2001, tandis que Sombès est exfiltré à Nairobi par la Cisl comme employé à l’Oraf-Cisl. Resté à l’affût à la manière d’un fauve guettant sa proie, Essiga s’empare de la Cgt-liberté en 2003 lors d’un congrès ordinaire. Mais les vieux démons de la scission investissent la maison : après seulement deux mois de règne de Essiga, une Cgt-liberté bis voit le jour conduit par l’obscur  René Bernard Ekedi. Essiga fait ses valises et quitte la Cgt-liberté en novembre 2010. Il crée, dans la foulée, la Confédération Entente, dont la fulgurance (discrète !) de l’ascension sur l’échiquier du mouvement syndical camerounais étonne et détonne.
Dernier baroud d’honneur et ultime fait d’arme d’un vieux briscard rongé par le cancer de la division, Louis Sombès, de retour de Nairobi dans des circonstances floues, crée la Confédération des syndicats autonomes du Cameroun (Csac) dont il prend les rênes. Non sans avoir essayé de réintégrer la Cstc où il est rapidement assimilé à un fauteur de trouble et expulsé par Zambo Amougou. En syndicaliste maudit ne pouvant pécher qu’en eaux troubles, Sombès est, avant sa mort, l’auteur d’une autre scission, au sein de la Csac cette fois. Seulement, sa mort et celle de Vewesse son 1er vice-président, auront été salutaires pour une Csac qui, comme par enchantement,   retrouvera aussitôt son unité.