Cameroun – MOHAMADOU BAYERO FADIL : «Marafa Hamidou Yaya a raté l’occasion de se taire»

La récente visite d’amitié et de travail du Président nigérian au Cameroun et la dernière sortie de Marafa Hamidou Yaya sont au centre de cet entretien à cœur ouvert avec le président du groupe Fadil.
Que pensez-vous de la dernière lettre de Marafa Hamidou Yaya ?
Ce sont des publications contre-productives  qui  visent  à  distraire  l’opinion publique en l’éloignant des préoccupations essentielles. La dernière lettre dont vous faites ici allusion s’inscrit dans cette logique de distraction. Peut-être qu’il a voulu nous faire passer un message ; celui de la conquête du pouvoir par le groupe terroriste Boko Haram. Toutefois, il faut reconnaître que Marafa Hamidou Yaya a raté une fois de plus l’occasion de se taire dans sa condition de détenu.

Mais, peut-on le lui reprocher ?
Je crois que non dans la mesure où tout ce qu’il dit dans sa lettre reflète parfaitement l’état d’esprit dans lequel il se trouve actuellement dans son statut de condamné ; un déphasage qui se manifeste par une ignorance totale des réalités du terrain. Si c’est normal qu’il soit derrière les barreaux, compte tenu de ses antécédents judiciaires, ceux qui continuent de rédiger et de publier des articles dans les journaux  pour  son  compte,  ses  soi-disant conseillers politiques, nous montrent seulement à quel point ils sont frustrés et de plus en plus isolés. Le vrai débat aujourd’hui se situe ailleurs et non dans des polémiques d’égouts. Il est question pour le peuple camerounais, épris de paix, de solidarité et soucieux de la construction de ce pays, de faire une union sacrée autour de notre Président dans la croisade contre le terrorisme ; de développer un esprit patriotique dans notre agir, pour préserver les acquis du passé et relever les défis qui nous interpellent.  Sur ce plan, il est indéniable que les élites jouent leur partition à travers la grande mobilisation qui est en cours pour apporter une réponse appropriée au terrorisme. Dans les dix régions du triangle national, les actes de solidarité se sont multipliés et continuent d’ailleurs de l’être pour combattre ce fléau non seulement au niveau idéologique ; mais aussi sur le plan logistique, financier et moral. C’est sur ce terrain que nous démontrerons notre capacité à surmonter cette adversité.

Quelles leçons peut-on tirer du dernier séjour au Cameroun de Muhammadu Buhari ?
Il faut peut-être préciser qu’avant de se rendre au Cameroun, le nouveau président nigérian avait été reçu à la Maison Blanche par Barack Obama et il s’était auparavant entretenu avec ses homologues tchadien et nigérien. C’était une visite très attendue dans la mesure où elle devait lancer un nouveau départ des relations entre Yaoundé et Abuja après plusieurs années de léthargie. Il s’agissait donc d’une étape cruciale dans la lutte contre le terrorisme et plus particulièrement l’éradication totale de Boko Haram. Aux lendemains de toutes ces consultations il faudra s’attendre, dans un avenir immédiat, à l’intensification de cette lutte avec l’entrée en action de la Force multinationale africaine et ses 10 000 hommes. L’arrivée de Mohammadu Buhari au pouvoir va renforcer nos relations bilatérales avec ce géant d’Afrique ; des relations longtemps plombées et refroidies par une perception quelque peu anachronique et une vision non ambitieuse de la nouvelle donne des relations internationales. La diplomatie  mondiale  ne  tolère  plus  un embrigadement dans une tour d’ivoire qui célèbre des intérêts partisans et égoïstes. Sur un tout autre plan, nous partageons une  longue  frontière  commune  avec  le Nigeria et l’histoire de ces deux pays appellent leurs dirigeants à plus de responsabilité et un engagement partagé dans ce front antiterroriste. Il y va de la sécurité de nos Etats qui ont besoin de stabilité pour exécuter les projets de développement afin de lutter efficacement contre la pauvreté. L’on peut dire que la riposte globale fortement réclamée par le Président de la République, Son Excellence Paul Biya pour livrer cette guerre asymétrique que nous impose des criminels en transe, devient de plus en plus évidente.

Comme pour dire que l’ère de Goodluck Jonathan est révolue …
L’on est tenté de le dire. De toutes les façons, pour ma part, avec Muhammadu Buhari, rien ne sera plus comme avant. L’inertie va céder la place à l’action dans la gestion efficiente de cette guerre. Audelà  d’être  un  homme  de  poigne,  le Président nigérian a démontré à plusieurs reprises qu’il était l’homme des situations difficiles à travers son esprit de rigueur et de patriotisme. Et je crois que sur ce plan, il partage les mêmes idéaux avec le Président Paul Biya. Nous sommes donc loin du dialogue de sourds et de l’hypocrisie ambiante qui a prévalu par le passé. Le Communiqué final qui a sanctionné la  visite  du  numéro  un  nigérian  au Cameroun est porteur d’espoir avec notamment l’échange des renseignements entre les services de sécurité des deux pays et le renforcement de la coopération sécuritaire tout au long des frontières. J’ai beaucoup apprécié la présence dans les délégations officielles des deux Chefs d’Etat des gouverneurs des régions frontalières. Cette approche participative dans la gestion des crises est un saut qualitatif très significatif dans cette dynamique de changement. Il est clair qu’avec l’entrée en vigueur des résolutions prises par les deux chefs d’Etat jeudi dernier à Yaoundé, le groupe terroriste Boko Haram, déjà considérablement affaibli sur le terrain militaire, ne deviendra plus qu’une triste histoire ancienne de coupeurs de route et voleurs de bétail qui semaient mort et désolation au sein des populations.

L’on a constaté l’absence des ministres  occupant  les  portefeuilles  économiques dans les deux délégations. Ne pensez-vous  pas  que  la  politique  a dominé  l’économie  tout  au  long  du séjour du Président nigérian à Yaoundé ?
Sachez aussi que rien de solide ne peut se construire dans un climat d’hostilité. Il n’y a pas de croissance économique sans stabilité politique. Les Présidents Paul Biya et Muhammadu Buhari sont conscients de cette réalité et c’est ce qui semble justifier ce choix républicain et réaliste. Néanmoins, comme vous semblez l’évoquer, je ne pense pas que les dossiers d’ordre économique aient été relégués au second plan lors des discussions entre les deux parties. Si vous analysez le communiqué conjoint publié au terme de cette visite d’amitié et de travail, vous constaterez que des questions économiques ont été abordées.  Je fais ici allusion à la tenue prochaine à Abuja d’un forum d’affaires entre les deux  pays,  l’achèvement  du  corridor Bamenda-Enugu et les études de faisabilité en vue de la construction d’un pont sur  le  Mayo-Tiel,  pour  ne  citer  que ceux-là. De part leur position de leader dans les sous-régions de l’Afrique centrale et de l’Ouest, le Cameroun et le Nigeria sont appelés à tisser des liens de partenariat économique. Ils représentent un marché énorme en termes d’échanges commerciaux et d’investissements. C’est une plus-value inestimable en termes de création d’emplois et de  richesses.  Il  est  difficile  de  ne  pas tenir compte de toutes ces opportunités. C’est dans ce sens que le forum annoncé par les deux Chefs d’Etat sera bénéfique pour les opérateurs économiques.

Boko Haram utilise désormais des bombes humaines pour déstabiliser les pays impliqués dans cette guerre. Que fautil faire pour contrecarrer ce mode opératoire ?
Les évènements de Fotokol et de Maroua montrent que Boko Haram a changé de stratégie. Le groupe terroriste, en débandade, a transporté la bataille militaire sur le terrain de la terreur en utilisant des armes non conventionnelles. Des géostratèges avaient prévu cette mutation sanglante dès lors que la puissance de feu mise en place par les armées régulières des pays membres du Bassin du Lac Tchad avait désorganisé le mode opératoire des terroristes. Ceci dit, avec cette nouvelle tournure, nous devons redoubler de vigilance en adaptant nos stratégies de lutte à l’évolution de la situation militaire sur le terrain. L’on devra par exemple intégrer le volet communautaire ; notamment les populations doivent s’impliquer davantage dans cette lutte en collaborant avec nos  services  de  renseignements.  Les kamikazes qui ont opéré dans la région de l’Extrême-Nord étaient toutes de jeunes filles manipulées. Face à cette barbarie, Nous devons utiliser l’arme de la sensibilisation et de l’éducation, avec la formation des couches vulnérables qui doivent savoir que l’islam n’enseigne pas la haine et la destruction de son prochain. C’est à cet exercice de séduction que doivent se livrer au quotidien les élites dont la présence auprès des populations, en ces moments très difficiles, est plus que jamais nécessaire. Je peux conclure sur ce chapitre en  affirmant  que  c’est  à  travers  cette mutualisation  des  efforts,  ce  que  le Président Muhammadu Buhari a appelé le travail d’équipe, que nous réussirons à éradiquer le terrorisme.