Cameroun – Ministère des Enseignements secondaires: Un grand corps malade

D’après l’inspecteur général des services de ce ministère, de nombreuses tares à l’instar de l’indiscipline, l’abus de pouvoir, la corruption, l’usurpation de titre, l’incompétence ont fait leur nid dans l’institution.  

Au début du mois d’août dernier, quelques confrères s’étaient fait l’écho, d’un vaste réseau d’achat de poste de proviseur de lycée en cours à travers le pays. Une dénonciation qui avait été portée à l’attention de l’opinion publique grâce à un communiqué rendu public le 15 juillet 2015. Le communiqué signé de Souley Daouda, l’inspecteur général des services (Igs) du ministère des Enseignements secondaires (Minesec) décrivait alors, le procédé d’une corruption infamante. « Il est constaté en ce moment une vaste campagne d’arnaque matérialisée par des appels et messages téléphoniques partant des agents des services centraux vers le personnel des services déconcentrés, relatifs au monnayage des nominations ou des affectations », dévoilait-il. Les observateurs avertis, pensaient ainsi que le Minesec, qui a fait l’objet de troublants scandales mettant en mal son chef de département (incarcéré puis libéré pourtant en fonction) avait atteint le fond. Que nenni ! La coupe du

vice est loin d’être pleine. En effet, lors de la réunion de concertation des responsables des services centraux et déconcentrés et des organismes sous tutelles, sur le déroulement des examens et concours 2015 et la préparation de la rentrée scolaire qui s’est tenue le 25 août dernier, Souley Daouda est à nouveau monté au créneau. Dans un discours incisif, l’Igs a mis en évidence la partie cachée de l’iceberg.
Le ver est dans le fruit
S’il est des ministères qui défrayent inlassablement la chronique dans le gouvernement de la République, le Minisec n’est pas loin d’être en tête de peloton. Selon le tableau dépeint par l’Igs, « dans les services déconcentrés on note la faiblesse du contrôle interne et l’absence d’une auto évaluation qui ne permet pas au responsable de maitriser le fonctionnement des services ni de prendre des mesures proactives ». A ceci, il évoque la rareté des tenus des réunions de coordination dans les structures centrales ;  la non publication du guide de l’usager pourtant validé depuis le 10 avril 2015 ;  le non-respect de la réglementation en vue de la collecte des quotes-parts en deux temps dans les délégations départementales. Ainsi que le non reversement illégal des quotes-parts à tous les efforts de la chaine.
Au niveau managérial, Souley Daouda, renseigne sur le fait que le plan d’action de la délégation régionale, véritable outil de pilotage n’est pas communiqué par la plupart des structures du Minesec. Bien plus, l’indiscipline atteint son paroxysme, avec le non-respect des textes réglementaires doublés d’une mauvaise utilisation des ressources humaines. C’est le cas « des chefs d’établissement mutés, qui sont accompagnés de leur état-major puis organisent l’établissement et crée des frustrations auprès des anciens responsables en place », souligne-t-il. Aussi relève-t-il, l’abus d’autorité de certains chefs d’établissement qui démettent leur collaborateur de leur fonction. Pour lui, l’indiscipline se matérialise également, par le non-respect des textes régissant l’association des parents d’élèves et enseignants (Apee), la manipulation des frais de mission au détriment des collaborateurs, et la destruction des données importantes par certains responsables pourtant devant être archivées. Seulement dans ce climat d’impunité généralisé, rien n’est fait pour y remettre de l’ordre. Aux dernières nouvelles, les proviseurs de lycée ont avec eux des secrétaires particuliers qui font la pluie et le beau temps. Toute chose, qui « est l’incarnation du degré de corruption et dysfonctionnement de certains établissements scolaires», précise Souley Daouda. Et dire que c’est avec ce fonctionnement que le Minesec envisage d’impulser une éducation de qualité chez les élèves.