Cameroun – Menaces de mort : Il faut sauver le soldat Shanda Tonme

Que serait le Cameroun sans cet homme, Shanda Tonme, président de la Commission indépendante contre la corruption et la discrimination (Comicodi), président de la Fondation nationale de politique étrangère (Fonape), ardent défenseur des droits de l’homme et auteur de plus d’une cinquantaine de livres?

Ce n’est pourtant pas le travail à la Commission, ou celui à la Fondation, qui lui attire les foudres des sbires du régime en place. C’est la publication de son nouveau livre, le quatrième de son autobiographie en six volumes, qui a déclenché l’avalanche des menaces de mort. Ce quatrième volume est intitulé «DESTIN DE BATTANT : De la misère aux hautes sphères».
Plus que le titre, c’est le sous-titre «De la misère aux hautes sphères» qui a fait perdre la tête aux caciques du pouvoir en place. En effet, la couverture du livre à elle seule fait peur : on y voit Shanda Tonme assis sur un siège présidentiel, les pieds croisés, le regard perçant et l’attitude confiante. C’est un présidentiable, rien de moins, un homme du peuple qui s’est bâti une réputation sur la défense de la classe des pauvres dont il est lui-même issu.
Dans la quatrième de couverture, on peut lire ceci : « L’enfant de Bangou, de Deido et de Ndom qui a bravé le désert du Sahara, triomphé des mers, vaincu la faim et le froid, dépassé la peur et le doute, mangé dans les poubelles des stations de métro de Paris et mendié dans la rue pour obtenir sa pitance de survie ne recule pas devant l’adversité de quelques détenteurs de pouvoirs nourris de méchanceté…Cet enfant-là est condamné à conduire jusqu’au bout du sacrifice la lutte pour le succès de la vérité. Il le fera armé de sa seule conviction et porté par la force des principes… et il le fera chaque fois que se signalent la demande populaire d’un leadership, le réveil des esprits hébétés, l’appel des majorités silencieuses, les espoirs de la nouvelle citoyenneté pour la nouvelle société.»

Et c’est là que le bât blesse. En effet, dans un pays où le chef de l’État est, après 33 ans de règne, le seul maître du jeu politique, la montée d’une icône est vue d’une part comme un défi à lui lancé, d’autre part, comme un concurrent sérieux dans la bataille de sa succession.
Et Shanda Tonme d’informer le public : «Comme il fallait s’y attendre, les menaces de mort ont commencé à pleuvoir sur mon téléphone, à propos de mon quatrième livre autobiographique. Bon, j’en ai vu d’autres. J’ai néanmoins déposé une plainte ce matin à la police judiciaire.»
À la question de savoir si la police judiciaire ne peut pas retrouver, en quelques heures, et ce, auprès des opérateurs de téléphone, le numéro de téléphone avec lequel on l’a joint, de même que le nom du propriétaire, l’auteur du Destin de Battant répond: «?Oui, mais sauf que les sbires utilisent plusieurs numéros et quand ils sont protégés par quelques grands pontes, la  police est sommée de la boucler. C’est que nous avions connu dans le cas du jeune cinéaste Richard Djimeli qui, après des semaines de messages violents et menaçants, fut finalement enlevé et torturé durant douze jours par la DGRE avant d’être largué une nuit loin en brousse.»
Nous avons, dans cet échange, le témoignage vivant du niveau d’insécurité dans lequel le Cameroun est plongé aujourd’hui. Il est devenu le pays où l’on brise, pour toutes les catégories de citoyens, les rêves de grandeur, et pour les pauvres, les espoirs des lendemains meilleurs.
Appel est donc ici lancé aux autorités camerounaises, aux membres du gouvernement, à la police et à la gendarmerie, afin qu’à ces menaces de mort ne succèdent pas enlèvement et torture de monsieur Jean-Claude Shanda Tonme (comme il apparaît ci-haut dans l’expérience vécue par le jeune cinéaste Richard Djimeli), mais plutôt qu’ils prennent fin et que l’image de ce beau pays ne soit en aucun cas entachée.