Cameroun – Médias: Bémol sur la carte de presse

Les raisons pour lesquelles le syndicat des journalistes s’oppose à la Commission en charge de l’acquisition de ce document officiel.

Le dépôt des dossiers d’obtention de la carte de presse se fait dès ce jour au siège de Camnews, logé dans l’immeuble du ministère de la Communication, à Yaoundé. Le processus n’attire pas encore grand monde. Pourtant, la carte de presse (d’une validité d’un an) est le document d’identification d’un homme ou une femme de média dans un pays donné. « Il y a encore certains préalables que nous devons assurer, notamment rejoindre nos locaux du côté de Camnews », informe Pascaline Pippa, secrétaire permanente de la Commission nationale de la carte de presse. D’ici l’après-midi (d’hier 23 novembre 2015), nous aurons sûrement les premières demandes », poursuivait-elle hier, jointe au téléphone. C’est mardi 17 novembre dernier que le président de la Commission de la carte lançait un appel aux journalistes camerounais. Au sortir de la session ordinaire de cet organe, Sévérin Tchounkeu déclarait que les demandes d’obtention de la

carte se font du 23 novembre 2015 au 28 février 2016. De plus, il assurait de la crédibilité de cette carte dont la fabrication (plaquée sur le modèle français) est en berne depuis 2011, date de la dernière rencontre entre les anciens membres de la Commission.
Tchounkeu mise par ailleurs sur des visites d’information et de sensibilisation dans les médias. Une option qui s’apparente à une opération de séduction dans un contexte où la carte à délivrer par la Commission qu’il préside suscite des suspicions et récriminations. Dans un bref état de lieux de la presse au Cameroun, publié en juillet dernier, le président du Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc), Denis Nkwebo, dénonçait la composition de la Commission de la carte et le principe de nomination de ses membres. «Le Snjc ne reconnaîtra aucune autorité et aucune compétence à une commission inféodée à un seul individu -le Mincom, Issa Tchiroma Bakary-. Notre syndicat ne reconnaîtra une telle autorité qu’à condition de mettre sur pied une commission paritaire composée des représentants élus ou désignés par les travailleurs de la presse, ceux des éditeurs, sous la supervision de l’Etat ». Autrement dit, « la Commission de la carte doit être une émanation de la corporation des journalistes et non du gouvernement », martèle Denis Nkwebo.

Premier ministre
Il mentionne par ailleurs que le journalisme est une profession libérale régie par le  Code du travail du secteur privé et une convention collective. Un argumentaire qui vise à décrier le fait que le 18 mai dernier, le ministre de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, nommait les neuf membres de la Commission. Et que le 3 juillet dernier, Séverin Tchounkeu, le président du groupe de presse La Nouvelle Expression, était nommé président de ladite Commission par décret du Premier ministre, Philemon Yang. Face à ces récriminations, le président de la Commission de la carte joue se veut optimiste. Lors d’un point de presse mardi dernier, il déclare que la Commission est autonome. Une nouvelle ère aurait-elle sonné ? Etant donné que parmi les raisons de sa récente léthargie, figure une dépendance financière vis-à-vis de l’Etat. En 2006, elle comptait parmi les bénéficiaires de l’enveloppe réservée à l’aide publique à la communication privée. En 2006, la Commission a eu droit à 4 millions de Fcfa de cette enveloppe. Ce qui couvre tout juste les jetons de présence de deux séances de travail de ses membres.
Pour se garantir une certaine longévité, la nouvelle équipe table sur les partenariats avec le secteur privé. Orange Cameroun figure parmi les partenaires. Dans un environnement médiatique où le journaliste a une avalanche de cartes professionnelles, l’enjeu pour la commission est de rendre la carte attrayante et avantageuse. Une mission que d’aucuns dénoncent…