Cameroun – Livre. Mariage polygamique

Dans son roman « Victimes consentantes », Marie Claire Akamendo Bita revient sur les affres de la polygamie

 

Et si un réalisateur impertinent de téléréalité décide de placer une caméra cachée dans un foyer polygamique ? Tous les coups-bas et autres cruautés que se font certaines coépouses, éclateraient alors au grand jour. Loin du sensationnel de l’univers de la téléréalité, Marie Claire Akamendo Bita met en scène, ou plutôt couche sur page ce scénario catastrophe, en 149 pages. L’horreur vécu dans un ménage polygamique par Olivia, personnage au centre du roman « Victimes consentantes ». Après un premier mariage loupé, elle se redonne une seconde chance en amour avec Jean-Bernard. La famille s’agrandit bien vite. Pas avec un bébé. Mais avec Anita, la deuxième épouse au caractère peu commode. La cohabitation entre les deux femmes est insupportable. Dans cette rivalité sans pause, Jean-Bernard refuse de jouer les arbitres, bien heureux d’observer ses épouses se déchirer comme deux poules se disputant un coq de basse-cour. Le drame arrive, un meurtre est commis. L’irréparable pour voir clair une menace évidente que tous ont ignorée.
Avec ce premier roman, l’auteure de « Victimes consentantes » dépoussière le sujet de la polygamie, et installe le lecteur au cœur de sa révélation la plus sombre. Une première femme désavouée, une deuxième adulée et un mari flatté d’être au centre d’incessantes querelles. Un contexte dans lequel certaines femmes, pour ou contre leur gré, s’enferment. Prisonnières, elles affrontent les brimades d’une autre, quand elles ne sont pas elles-mêmes à l’origine des souffrances. Marie Claire Akamendo Bita, les qualifie de « victimes consentantes», car pour l’auteure, elles s’embarquent dans des mariages polygamiques à cause du poids des traditions, des pressions familiales ou de la peur trop vive du célibat.
Entre les lignes, transparaît cette sensibilité de l’auteure pour la condition de la femme. Un penchant féministe qui la pousse à les mener à la méditation, et à se demander jusqu’où elles sont prêtes à aller pour s’offrir le confort d’un foyer, même s’il appartient déjà à une autre. Et pour passer ce message, elle se sert de Martine, la nièce avocate de Jean-Bernard. Femme forte, instruite, la tête bien sur les épaules, elle est la voix de la conscience. Un tantinet moralisatrice, mais qu’est-ce qu’on aime son impertinence et sa verve lorsqu’il faut recadrer toute la famille sur les dégâts de la polygamie. Marie Claire Akamendo Bita sert, en auto publication, sa vision de cette « erreur » qu’est la polygamie, dans un style dramatique, fait d’images tout aussi drôles que palpitantes.