Cameroun – Littérature: Symbole de l’illusion ou l’odyssée d’un candidat à l’exil

Publié en 2017 aux éditions Edilivre, le roman de Christian Manga raconte une histoire aussi interpellative qu’hilarante.

L’écrivain camerounais dont la plume se montre féconde et pertinente a déjà fait parler de lui, notamment en tant que lauréat du concours Séverin Cécile Abega de la nouvelle, avec le titre Sonnette d’alarme (2014), et dans l’essai intitulé Effets de vie littéraire et mythique dans la Bible (2015).
Dans ce nouveau chef d’œuvre paru en 2017 chez l’éditeur français Edilivre, sous le titre « Symbole d’illusion », Christian Manga dépeint un phénomène qui tente plusieurs jeunes africains : l’exil. Si dans l’esprit du droit international, a droit à l’asile tout être humain se sentant persécuté dans son pays, pour des raisons politiques ou pour son orientation sexuelle, pour plusieurs africains persécutés par la misère, le chômage ou la sorcellerie, cette disposition du droit est une aubaine pour s’offrir un asile douillet dans un pays développé. C’est à ce jeu que va se livrer Jacques, personnage principal de ce récit,

« Car il en a marre de son quotidien ». Entre affronter les réalités quotidiennes assez rudes pour lui, et tenter une aventure assez risquée et incertaine, l’être de papier de Christian Manga va opter pour le second choix.  Après s’être longtemps trituré les méninges pour trouver la bonne stratégie, lui permettant de décrocher son visa, l’exilé économique va enfin trouver un stratagème. Pas des moindres : « Je vais me poignarder à l’épaule pour me faire passer pour un homosexuel persécuté par des compatriotes homophobes » pense-t-il. Son artifice va produire l’effet  escompté. Aidé par son patron européen, Jacques va réaliser son rêve de « fuir son pays ». Ce rêve tant chéri ne va malheureusement durer que le temps de prendre le vol d’Aladou pour son « paradis », car « il ira loger dans un camp de demandeurs d’asile homosexuels ». Jacques est donc rattrapé par ses subterfuges et obligé de manger et de boire les réalités et les traumatismes des pratiques homosexuelles.
Un peu comme l’histoire de l’ami Abdelmoula, ce jeune habitant à la Haye qui convola en noce virtuelle juste pour bénéficier des avantages que la loi offre aux mariés ; et fut rattrapé par ses manigances le jour où il se maria à une africaine et voulu la faire voyager.
Au-delà de cette intrigue assez captivante, l’auteur de « Symbole d’illusion » a su attirer son lecteur par une technique narrative assez originale. Une structure narrative qui fait un clin d’œil aux classiques tels Frantz Kafka (Le procès), André Malraux (La condition humaine) ou encore Alice Ferney (la conversation amoureuse), où le lecteur peut se délecter de la technique in medias res, consistant à entamer le récit au cœur de l’intrigue.
Christian Manga fait de chaque personnage de son roman, un reflet assez parlant des problèmes que connaissent les jeunes de son continent : chômage, misère, envie de partir. Aussi s’agit-il du tableau d’une jeunesse un peu encline au moindre effort, préférant l’illusion à la réflexion utile. Comme Albert Camus, l’auteur a « seulement tâché à rendre vraisemblable ce qui était déjà vrai.»