Cameroun – Limbe: Ces mécontents qui boudent la CAN féminine 2016

Au nom de l’embellissement de la ville à l’approche de cette grande compétition de football féminin, les autorités se sont lancées dans une vaste opération de casses qui a dépouillé plusieurs habitants de leurs maisons et commerces.
Ces derniers ont pris la décision de ne pas s’intéresser aux activités liées à cette compétition. C’est l’une des raisons  qui peuvent expliquer la faible mobilisation des spectateurs dans les gradins.
La colère de Michel N, jeune commerçant de Limbe est débordante. Ce mardi 22 novembre 2016, il est revenu sur le site où se dressait fièrement sa boutique de vente de téléphones au lieu dit «Church Streets», une rue très fréquentée de la ville. L’espace qui abritait plus d’une vingtaine de boutiques a été transformé en un vaste terrain nu. Seuls quelques débris de bêton et traces de fondations rappellent les bâtisses qui ont longtemps existé à cet endroit. «Il y avait un très vaste bâtiment ici avec plus d’une vingtaine de boutiques. Des boutiques de vente de produits électroniques, des téléphones, des shoppings, des quincailleries. On les a toutes cassées, en disant que la maison ne donnait pas une bonne image à la ville. Je me demande bien si c’est ce qu’ils ont fait là qui rend la ville plus belle», raconte-t-il, exaspéré.
Sur cette seule rue de Church Street et ses environs, l’on parle des centaines de maisons et commerces  rasés. Plusieurs autres habitations ont été détruites aux abords des rues menant au Stade Omnisports de Limbe et dans plein d’autres quartiers de la ville. Une opération conjointement menée par la Communauté urbaine de Limbe et le préfet du Fako, Zang III,  à l’approche de la CAN Cameroun 2016. «Les autorités de Limbe ont mal géré la CAN dans la ville. Ce n’est pas de cette façon-là qu’on attend une fête. La fête, c’est la joie. On a envie de voir tout le monde se mobiliser et aller supporter les équipes ou pour accueillir les étrangers. Mais un mois avant, on met toute l’économie à terre. On casse tous les débrouillards. Tu es même simple vendeur de pomme de France dans le pousse, on t’arrête et on récupère ta marchandise, on la met dans un véhicule. Aujourd’hui, tout le monde est fâché et on veut que les gens partent faire quoi au stade ?  Ça ne nous dit plus rien», râle Francis E, devenu vendeur ambulant après la destruction de sa boutique.
Ce dernier n’a pas l’intention de suivre un seul match de la CAN féminine 2016 dans cette  ville qui abrite  la poule B. «Je suis un amoureux de football, je pars souvent de Limbe pour suivre les matches de championnat à Yaoundé, Douala, Njombe, Bafoussam… Mais voici la CAN à Limbe, ça ne me dit rien du tout. Même à la télé, je ne regarde pas parce que je suis fâché… Ça fait très mal», ajoute notre interlocuteur. Comme ces deux habitants de la ville, ils sont plusieurs centaines à avoir perdu maisons, commerces et nombre d’autres biens au nom de l’embellissement de la ville, à l’approche de la Coupe d’Afrique des Nations de football féminin. Plusieurs familles ont été obligées de dormir à la belle étoile pendant plusieurs semaines après avoir perdu leurs habitations, fruits de longues années d’économies. Les autorités disent pourtant avoir averti ces riverains plusieurs années avant de passer à l’action.
La faible mobilisation des spectateurs dans les gradins du Limbe Omnisports Stadium à l’occasion des deux premières journées de la compétition est selon les habitants de Limbe, la conséquence logique de l’exaspération d’une bonne partie  des populations. Celles-ci se disent en outre démotivées par les multiples contrôles à l’entrée du stade. Si les gradins étaient remplis à peine aux trois quarts lors  de la première journée, le nombre de spectateurs a chuté de manière drastique lors de la  deuxième sortie. Le faible public mobilisé est en bonne partie constitué d’étrangers et de personnes venues des autres villes du Cameroun. Même les opérations de distribution gratuite des tickets aux populations par les autorités et autres âmes de bonne volonté n’ont pas réussi à garantir la mobilisation souhaitée.