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Cameroun, l’éternel mauvais recommencement

Cameroun, l’éternel mauvais recommencement

Une nouvelle fois, comme ce fut déjà le cas il y a quatre ans en Afrique du sud, l’équipe nationale de football du Cameroun fait partie des premières équipes éliminées de la Coupe du monde après seulement deux matches de groupe au Mondial 2014 soldés par autant de défaites : 0-1 contre le Mexique et une raclée 0-4 devant la Croatie. Dans ce match qu’elle donnait pourtant au début l’impression de maitriser, l’équipe du Cameroun s’est offert deux gestes malheureux qui démontrent à suffisance qu’elle a plus mal dans la tête que dans les jambes

Alexandre Song (FC Barcelone) s’est fait expulser au cours de la première période pour un coup de coude surprenant asséné avec rage à un adversaire qui n’avait pas de ballon, et Benoît Assou-Ekotto (Queen Park Rangers) n’a trouvé rien de mieux en fin de match que d’administrer un coup de tête à son propre coéquipier, Benjamin Moukandjo, coupable de lui avoir refusé une passe de but.

On croit être dans un monde surréaliste proche de celui des dessins animés, mais ainsi va depuis des décennies la paradoxale sélection de football du Cameroun, sans doute l’équipe africaine la plus aimée dans le monde comme en témoignent ses nombreux sympathisants brésiliens cette année, mais aussi celle qui s’arrange à décevoir régulièrement ses nombreux fans.

L’équipe du Cameroun, c’est un palmarès unique sur le continent africain : quatre fois vainqueur de la Coupe d’Afrique des nations (1984, 1988, 2000 et 2002), une médaille d’or olympique (2000) et sept participations à la phase finale de la Coupe du monde (1982, 1990, 1994, 1998, 2002, 2010 et 2014). C’est le premier pays africain à atteindre le stade des quarts de finale en Coupe du monde (Italie 1990).

C’est le pays aux multiples talents individuels en football tels que les regrettés Samuel Mbappe Leppé, Marc Vivien Foé et Théophile Abega, des artistes de la balle comme Jean-Pierre Tokoto et Grégoire Mbida « Arantes », des anges gardiens de buts comme Thomas Nkono et Joseph-Antoine Bell, et surtout de deux extraterrestres nommés Roger Milla (meilleur footballeur africain du 20ème siècle) et Samuel Eto’o (plus beau palmarès du football africain qui a été un temps le plus gros salaire du football mondial).

Le paradoxe vient de ce que toutes ces belles performances ont été réalisées, avec tous ces beaux joueurs, dans un savant désordre. Il y a par exemple cette épidémie saisonnière de « bataille des primes » qui apparait à la veille de chaque grande compétition internationale, à l’exception notoire de la participation à la première Coupe du monde « España 1982 » où d’ailleurs les Lions indomptables créèrent la sensation en devenant la première équipe africaine invaincue dans cette compétition puisque le Cameroun ne fut éliminé au premier tour par l’Italie (futur vainqueur de l’épreuve) qu’au niveau du critère de la meilleure attaque. Quand ils ont battu (1-0) l’Argentine de Maradona tenante du titre en match d’ouverture du Mondiale italien, les joueurs camerounais étaient en grève de primes le matin même de ce 8 juin 1990 à Milan. Ils ont remis ça en 1994 aux Etats-Unis ; en 1998 en France ; en 2002 sur la route de Corée-Japon, passant quatre jours sans s’entraîner dans un hôtel à proximité de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle à Paris ; en 2010 en Afrique du sud et donc en 2014 avant de se rendre au Brésil. Les générations passent et le même manège recommence. Mais comment cela est-il possible ?

En fait, si le comportement des joueurs est à blâmer, celui des dirigeants est à condamner doublement. Ils ne sont pas un modèle de discipline et de bonne gouvernance et ne peuvent donc pas mettre de l’ordre dans les rangs, puisqu’il n’y a pas de règles claires qui gouvernent la vie de la sélection. A chaque fois, c’est du rafistolage et du bricolage à la petite semaine.

Depuis les deux vétustes stades de Yaoundé et de Douala qu’il a construits au moment d’organiser la Coupe d’Afrique des nations en 1972, le Cameroun ne s’est doté que d’un seul petit stade supplémentaire à Garoua dans le nord du pays. Malgré les retombées financières de sept participations à la Coupe du monde et l’apport de nombreux sponsors, la Fédération camerounaise de football ne parvient pas à achever son centre technique à Yaoundé depuis dix ans. Conséquence : les Lions indomptables ne possèdent même pas un terrain d’entraînement propre et sont obligés de squatter dans des structures privées quand ils sont en stage au Cameroun.

Le football des jeunes est à l’abandon, le championnat national est quelconque. Pour ne rien arranger, le gouvernement persiste à marcher sur les platebandes de la fédération, voulant imposer ou influencer le choix des entraîneurs et dirigeants du football. C’est ainsi qu’un ancien ministre des sports sorti du gouvernement depuis une décennie gère le comité provisoire actuel de la fédération et un général à la retraite a été recasé depuis trois ans à la tête de la Ligue de football professionnel. Côté encadrement technique, l’Allemand Volker Finke est le sixième sélectionneur des Lions indomptables depuis leur débâcle de la Coupe du monde 2010 en Afrique. Au total, on le voit, l’équipe du Cameroun de football est un beau gâchis !

 

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