Cameroun: L’Etat entretient le monopole dans l’exploitation de la fibre optique

Après la compagnie MTN en 2014, l’opérateur de la distribution de l’énergie, ENEO a rétrocédé l’infrastructure qu’il a financée au ministère des Postes et télécommunications (Minpostel) le 19 septembre 2016.

Ce n’est pas de gaieté de cœur que Eneo a rétrocédé sa fibre optique à l’Etat le 19 septembre 2016. L’entreprise de distribution de l’énergie électrique au Cameroun voulait, elle-même assurer l’exploitation de son investissement estimé à près de 17 milliards FCFA. En effet, dans l’optique prioritaire de fluidifier la gestion commerciale de ses agences, sous le capital d’AES-Sonel, a entrepris la construction de 700 Km de fibre optique en 2011. 237online.com Pour ce plan d’investissement, il était question pour cette entreprise d’exploiter 15%, soit 18 brins des 96 brins à titre personnel. Le reste devait être mis à la disposition d’autres acteurs sous la bannière d’AES. Pour cela, l’entreprise a présenté une demande de licence pour devenir un fournisseur indépendant de fibre optique. Une licence que l’entreprise n’a pas pu obtenir depuis 2012. Au motif que l’infrastructure avait déjà été construite sans autorisation pour exploitation en tant que fournisseur.

Malgré la mission de partage d’expériences effectuée par les cadres du ministère des Postes et télécommunications (Minpostel) au Brésil en 2012, l’Agence de régulation des télécommunications (ART) n’a pas bougé sur sa position. Au contraire, en juin 2013, AES-Sonel a reçu une injonction de l’ART, lui enjoignant de stopper tout projet de livraison en gros de fibre dans le marché des communications. Puis, l’ART a sanctionné AES-Sonel à payer 500 millions FCFA pour « non-respect des directives et absence de réponse à ses interpellations ». « Le Cameroun mauvais exemple » Par cet acte, les autorités administratives camerounaises s’opposent aux pratiques qui ont cours dans d’autres pays engagés dans la mise en place d’un environnement favorable à une société de l’information et son corollaire l’économie numérique. C’est le sens de l’analyse de Russell Southwood, le directeur général de Balancing Act, une société d’études et de conseil spécialisée dans les télécommunications, l’internet et la diffusion en Afrique. Concernant la situation de monopole entretenu par l’administration camerounaise en ce qui concerne la fibre optique, Russell Southwood estime que « le Cameroun montre à l’Afrique un exemple de ce qu’il ne faut pas faire ». Parce que, selon l’expert en télécommunications, « la concurrence entre les fournisseurs d’infrastructures de télécommunications reposant sur la fibre optique dans de nombreuses régions d’Afrique sub-saharienne a entraîné la baisse des prix de gros qui, à son tour, a favorisé la baisse des prix de détail. On ne peut malheureusement pas en dire autant du Cameroun ».

Le cas MTN
Davantage, Russell Southwood observait un fait contradictoire en 2014 en ces termes : « l’Etat du Cameroun s’accroche à son monopole public des télécommunications, Camtel, le résultat étant que le pays compte aujourd’hui parmi ceux dont les tarifs de gros à l’international et en local en matière de fibre sont les plus élevés sur le continent ». 237online.com Malgré cette réalité, l’Etat a refusé des financements de la Banque mondiale susceptible d’offrir des prix plus compétitifs pour les entreprises. L’opposition de l’Etat est telle que l’ART s’est opposé en juin 2013 à une tentative de collaboration entre AES-Sonel et Creolink, un prestataire de services internet au Cameroun. Bien avant, c’est la compagnie de téléphonie mobile MTN qui n’avait pas échappé aux mailles de l’ART. En 2009, lorsque la filiale sud africaine a essayé un déploiement de 81 kilomètres de réseau de fibre optique dans la ville de Douala, la principale place économique de la Communauté des Etats de l’Afrique centrale qui compte six pays, le gouvernement a présenté son veto. Après d’intenses négociations, le 24 juillet 2014, l’opérateur historique qui se croyait dans un monde de libéralisation des télécommunications au Cameroun a été contraint de rétrocéder à l’Etat son infrastructure. La transaction entre MTN et l’Etat avait coûté 14 milliards FCFA aux contribuables camerounais.

Une législation peu rassurante
Et dans le contexte du Cameroun, qui dit rétrocession de fibre optique à l’Etat dit rétrocession à Camtel, l’entreprise gouvernementale qui a échappé à la privatisation depuis 1998. Cette situation de monopole de Camtel est couverte par le décret du 18 mai 2001. Un contexte pas très adapté à l’environnement économique de 2016, où l’Etat vient de se doter d’un Plan de développement du numérique. De plus, pour Russell Southwood, « cette concession était renouvelée tous les ans par voie de décret jusqu’en 2007, par conséquent, aucune loi ne garantit ce monopole à moins que « le gouvernement ne l’autorise». Et d’ajouter qu’aucune « loi ou décret ne couvre le monopole du marché du gros exercé par Camtel (y compris les stations d’atterrissage des câbles internationaux, il s’agit d’une autre histoire) » Et pourtant, « l’ouverture à la concurrence permettrait non seulement à Camtel d’améliorer ses prestations qui sont loin d’être parfaites, mais également de faire chuter les prix » conclut Russell Southwood, expert en télécoms, internet et diffusion en Afrique.