Cameroun: les services de renseignement étaient informés de la préparation d’un attentat à Mora

Selon le préfet du département du Mayo Sava, le double attentat suicide survenu dimanche à l’Extrême-Nord, en faisant cinq morts, était prévu jeudi, 17 septembre, jour de marché

 

Le double attentat suicide survenu dimanche, 20 septembre 2015, à Mora, dans l’Extrême-Nord, en faisant cinq morts, aurait pu causer plus de dégâts, n’eût été la vigilance des forces de défense et de sécurité et celle des populations. C’est la certitude du préfet du département du Mayo Sava (dont le chef-lieu est Mora), et du gouverneur de la région de l’Extrême-Nord. Les services de renseignement étaient même au courant de la préparation de ces attentats à Mora, poste de commandement du premier des quatre secteurs de la Force multinationale mixte contre Boko Haram, a-t-on appris.

«Il y a eu cinq morts dont un policier, un civil et trois kamikazes. Lorsqu’on voit le bilan, ce n’est pas pour se féliciter, nous trouvons que c’est plus les malfaiteurs qui ont péri que les civils. C’est peut être grâce à la vigilance à tous les niveaux (…) Dès que nous avons eu l’information, je tiens à dire que le jeudi, à 4h du matin, nous avons tenu une réunion de crise à mon bureau. On a mobilisé 230 soldats dans toutes les parties criminogènes, c’est ça qui nous a permis d’éviter l’attentat jeudi, qui était un jour de marché. Comme la mesure s’est poursuivie, depuis pratiquement quatre jours, les kamikazes n’ont pas pu entrer dans la ville et ont vite été appréhendés à la périphérie», s’est félicité le préfet du Mayo Sava, Babila Akaou, sur la radio publique nationale lundi matin.

Le double attentat a eu lieu hier, aux premières heures de la matinée (vers 07h30 selon certains témoins). Un inspecteur, en poste au commissariat de sécurité publique de Mora, aurait en premier intercepté trois individus suspects (deux femmes et un homme dont l’âge approcherait la vingtaine) se dirigeant vers le centre-ville de ce chef-lieu de département. Découverts, l’une des femmes kamikazes se fera exploser, tuant sur le coup l’inspecteur et leur compagnon ; la deuxième, ayant pris la fuite, se fera exploser des mètres plus loin. Bilan de ces actes: cinq morts, dont les trois terroristes, le policier et un civil. Un autre civil, blessé, a quant à lui été transporté à l’hôpital de district de Mora.

 

Babila Akaou, préfet du département du Mayo Sava

«Les kamikazes se précipitaient certainement pour aller se positionner dans les marchés, pour pouvoir commettre leur forfait. Cet inspecteur a pu s’en apercevoir, il a pu les intercepter mais il a dû payer de sa vie. Nous magnifions cet acte-là, c’est un héros. Nous avons pour le moment enregistré cinq morts. Nous présentons, au nom du chef de l’Etat, au nom du couple présidentiel, nos condoléances les plus attristées. Je voudrais également ici féliciter les forces de défense et de sécurité, et les comités de vigilance. Ces kamikazes n’ont pas pu atteindre leurs objectifs. A chaque fois, ils ont été stoppés net. N’eût été cette vigilance accru, le bilan aurait pu être très lourd», a pour sa part déclaré dimanche le gouverneur de la région de l’Extrême-Nord, Midjiyawa Bakary. Il a invité les habitants de sa région à redoubler de vigilance, face à cette «nébuleuse en désarroi», notamment en cette période où les musulmans s’apprêtent à célébrer la Tabaski (Fête du mouton).

Le double attentat de Mora, attribué par les autorités camerounaises au groupe terroriste Boko Haram, est le troisième du mois de septembre dans l’Extrême-Nord, après celui perpétré le 13 septembre à Kolofata, et le 03 du même mois à Kerawa. C’est le sixième du genre en terre camerounaise depuis les premiers attentats enregistrés à Fotokol le 12 juillet 2015. Ces différents actes terroristes ont déjà causé la mort d’environ 100 personnes pour près de 300 blessés.