Cameroun: les preuves de l’illégitimité du régime de monsieur Paul Biya

Il y a quelques semaines, nous avons commencé une série d’articles pour démontrer l’illégitimité du régime de Biya. En fait, nous n’allons pas seulement nous arrêter à démontrer ce qui va mal. Nous continuerons ensuite à faire des propositions sur ce qui peut être fait pour améliorer les choses. Voici le quatrième article de cette série de plusieurs articles.
Point n ° 3 : Manque de consentement ou d’accord social (tradition du contrat social)
Même la personne la moins éduquée du village le moins ouvert à l’intelligence peut vous confirmer avoir des soupçons sur le processus électoral au Cameroun. Il semble que le vote est gagné par Biya avant le jour même du scrutin. Lisez les médias traditionnels, surfez sur les médias sociaux et suivez les internautes discuter sur cette maîtresse de la démagogie et de la mascarade électorales qui ont lieu au Cameroun et vous comprendrez. Sur ces médias on conseille même aux jeunes de s’abstenir d’introduire leur candidature pour la même raison. C’est pourquoi la plupart des gens ne votent pas.

J’ai interrogé un grand nombre de jeunes au pays et à l’étranger au courant des années pour savoir pourquoi ils ne votent pas. Ils ont tous presque la même réponse : « poutquoi se déranger ; Biya va gagner de toute façon, que je vote ou pas. » Voilà avec quelle certitude ils vous parlent. Il y a ici deux grands dangers. D’abord, la population de relève – les jeunes dans ce cas-ci – ne participe pas au jeu social le plus important d’un pays démocratique. Ceci est un constat et le danger est que le pays passera un jour aux non-initiés. Ces vieux qui gouvernent le pays partiront un jour par la force des choses. Les jeunes qui n’ont pas appris à participer à la gestion du pays n’auront pas de choix : ils passeront aux affaires malgré leur inexpérience. En plus, et voici le deuxième danger, les jeunes ne croient pas aux institutions de leur pays ; ceci aussi c’est un constat et le danger est que ces jeunes ne sont en rien engagés à pérenniser ces institutions. Tout cela résulte en la fragilisation des éléments fondamentaux de la république et à l’amateurisme des dirigeants. Entendez très bien : quand les dirigeants n’ont aucun contrepoids à leurs rôles, ils sombrent dans la paraisse et la complaisance, deux grands maux à éviter dans un monde aussi compétitif que le nôtre. Le monde actuel est enclin à une mondialisation exigeante, à titre de rappel. Revenons un peu au vote.

Seulement moins de cinq millions de personnes ont voté lors de la dernière élection présidentielle dans un pays de 23 millions d’habitants avec au moins 15 millions de personnes en âge et droit de voter. Et chaque vote s’avère identique : Biya gagne les élections même si les

chiffres donnent un autre résultat. Vous en voulez pour exemple la consultation électorale de 1992. En 1992, Ni John Fru Ndi avait clairement et limpidement remporté l’élection présidentielle, mais la victoire lui avait été redemandée au dernier moment par le camp présidentiel. À partir de ce moment-là, le régime de Biya n’est plus légitime pour s’être éloigné de son contrat social républicain.

Dans la tradition du contrat social, la légitimité s’obtient par le respect des règles sociales et constitutionnelles. Au Cameroun, les dispositions de la loi fondamentale disent que, est élu président de la république le candidat que le peuple plébiscite avec une majorité simple. Le peuple avait plébiscité le candidat Fru Ndi mais dites-nous comment le candidat Biya avait réussi à devenir le prochain nouveau président de la république. Vous voyez que pour une épreuve aussi simple, le camp Biya échoue comme une feuille morte.

Contre-Argument

Comme d’habitude, vous demanderez certainement la preuve de ces allégations. Bien entendu, il n’est pas sage de faire des affirmations gratuites. Alors de ce fait, la première chose à retenir ici est qu’il n’y a pas de secret sous le soleil. Ceux qui ont contribué au décompte des votes sont des êtres humains et ils ont des émotions. Ils savent ce qui s’était passé et comment cela s’était passé. Ils en ont la réponse et faites-nous l’amitié de ne pas aggraver votre regard parce que les uns et les autres auront peur de témoigner ouvertement.

En effet, en 1992, Biya a été proclamé élu avec 39,9% et Fru Ndi venait en deuxième position avec 35,9% des votes. De façon officielle, c’est une victoire néanmoins mais dans le jeu politique, Biya avait la preuve là que s’il avait souvent été président, c’était à cause du monopolitisme qui caractérisait l’univers politique du pays et rien d’autre. Et depuis ce tour de défi, le RDPC et ses barons sous la houlette de Biya ont verrouillé le jeu démocratique. Soit !

Deuxièmement, le magistrat qui avait été chargé de présenter les résultats de l’élection en 1992 n’avait pas été convaincant dans la façon dont il avait lu les résultats définitifs. Son attitude était tendue et frustrée et il ne s’abstint de dire qu’il ne lisait que ce qu’il lui avait été donné de lire. Pour la jeune génération des camerounais, interrogez l’histoire et vous aurez la réponse sur ces faits qui ne peuvent être disputés.

Sur les médias, les résultats qui étaient donnés à mesure du dépouillement des votes donnaient Fru Ndi gagnant. Subitement les médias ont cessé de relayer les résultats. Faisons une parenthèse ici.

La pratique qui consiste en les médias de relayer les résultats d’une élection en temps réel est un processus idéal de démocratie et de transparence. Suspendre ce processus est non seulement répressif, mais aussi flou donc antidémocratique. Fin de la parenthèse.

Un autre argument que certains auront sera que les camerounais avaient voté pour Biya dans le passé ainsi qu’après 1992, donc son régime est légitime. Mais chaque président a un temps où le peuple accepte son travail jusqu’à ce que la majorité découvre (pas toujours si le président tient sa promesse) que la politique dudit président est inefficace pour le plus grand nombre de la population. Le peuple avait eu foi en Biya dans les années 1980 quand il promettait aux gens que le pays avait suffisamment de ressources pour ne pas aller chercher ailleurs. Mais dès qu’il avait introduit sa politique fratricide qui consistait à « retrousser les manches », il était tombé en disgrâce et le peuple le lui avait bravement exprimé en 1992.

À partir de 1992, que certains aient voté pour lui ou pas, la présidence de Biya est devenue illégitime pour avoir interrompu le processus démocratique pour se maintenir au pouvoir. Il n’y a que dans l’Afrique dictatoriale qu’on voit les présidents faire barrière à la démocratie et continuer à recevoir l’autorisation d’un petit nombre de rester au pouvoir. Considérez le cas de Kabila au Congo Démocratique qui fait ouvertement obstruction à la démocratie mais se maintient quiètement au pouvoir. Relevons un troisième aspect de choses qui a trait aux flip-flops dont le régime de Biya fait montre.

En 1996, le camp de Biya a initié la modification de la constitution en amenant les mandats présidentiels à 7 ans renouvelables une fois. En 2007, il a encore tout changé et les mandats présidentiels sont devenus illimités. Pourtant de telles réformes constitutionnelles sont très importantes. Elles devraient normalement faire l’objet de référendums au lieu de venir d’une assemblée nationale obèse des députés pro-Biya. Ces deux changements de statuts des mandats présidentiels ne reflètent pas le consentement général de la population. Encore une fois, selon les règles du contrat social, ce gouvernement n’est pas légitime.
A suivre…

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