Cameroun: Les dessous de la démission du directeur de l’aéroport de Nsimalen

Thierry Boniface Nkodo a jeté l’éponge la semaine dernière en réaction à la crise de confiance avec le directeur général des ADC, Thomas Owona Assoumou.

Thierry Boniface Nkodo n’a pas assisté à l’incident survenu sur le Boeing 767 « Le Dja » vendredi dernier sur le tarmac de l’aéroport international de Yaoundé-Nsimalen. 237online.com Et pour cause, le directeur de cet aéroport a quitté ses fonctions en début de semaine dernière. A la vérité, sa décision était prise depuis un certain temps. Il a juste attendu de servir une dernière fois pendant le départ du président de la République pour un séjour privé en Europe, le mercredi 24 août. Le lendemain, les employés des Aéroports du Cameroun (ADC) ont appris la décision unilatérale du directeur de l’aéroport de Nsimalen de rompre son contrat. Moins d’une semaine plus tard, il a quitté le Cameroun pour une nouvelle aventure professionnelle à Ndjamena au Tchad. Une page s’est donc tournée pour cet ingénieur en aéronautique civile de 37 ans. Une expérience plutôt douloureuse au regard de la dégradation du

climat de travail et les conditions de son départ. C’est en octobre 2016 que Thierry Boniface Nkodo est nommé directeur de l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen, débauché de l’Autorité aéronautique. C’est a priori une promotion, mais deux éléments ne sont pas bien analysés par l’ancien directeur de l’aéroport de Nsimalen : son salaire mensuel est ramené de 1 300 000 à 1 000 000 FCFA, puis il est, en moins de six ans, le troisième responsable à occuper cette fonction. Son prédécesseur, Olivier Etoa Modoman, n’y a passé qu’une seule année. Mais l’enthousiasme l’emporte sur la prudence. D’autant que le directeur général de ADC, Thomas Owona Assoumou semble lui témoigner de la confiance au regard de son profil et des ambitions que la boîte affiche pour l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen en quête de certification. Tout va bien les premiers jours, mais l’atmosphère va devenir rapidement délétère. C’est que l’ascension du jeune trentenaire commence à inquiéter. Ses résultats sont en nette augmentation. Les recettes de l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen passent de 500 millions de FCFA chaque mois à près de 1,5 milliard. Son action a surtout porté sur la sécurisation des sources de recettes, par exemple sur les parkings. A preuve, quelques jours après son départ, les usagers ont noté une curiosité : les tickets de parking payant émis le dimanche 4 septembre portaient l’estampille de l’aéroport de Douala. Et Frégist Bertrand Tchouta, victime de cette incongruité, de mentionner sur son compte Facebook : « Les questions que je me pose sont les suivantes : les 500 FCFA qui sont payés en échange de ces billets rentrent-ils vraiment dans les caisses ? Si oui, lesquelles ? Celles de l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen ou dans les caisses de l’aéroport international de Douala ? » De nombreuses autres réactions s’interrogent encore sur cette anomalie. Thierry Boniface Nkodo constitue dès lors un pôle d’intérêt qui agace sa hiérarchie. Pour des raisons de préparation des voyages présidentiels ou d’accueil des hôtes de marque du chef de l’Etat, il est constamment convoqué au cabinet civil de la présidence de la République, où il prend part aux réunions techniques. Cette proximité avec le cœur du pouvoir gêne d’autant plus que le directeur général, Thomas Owona Assoumou, en poste depuis 2009, est annoncé sur le départ et sa succession réputée ouverte. Ainsi vont se dégrader les rapports entre le DG et Thierry Boniface Nkodo, qui doit faire face aux hommes liges de Thomas Owona Assoumou, dont un certain Oyono Ngo’o, chef de la sécurité de l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Les employés de la maison racontent une scène de colère de ce proche du directeur général, qui s’était emporté contre le directeur de l’aéroport pourtant son supérieur hiérarchique. Ainsi mis à l’étroit, Thierry Boniface Nkodo sort une carte qu’il gardait sous la manche. Pendant qu’il était encore à l’Autorité aéronautique, il avait soumissionné pour un poste ouvert à l’Agence pour la supervision de la sécurité aérienne en Afrique centrale (ASSA-AC), dirigée par le Camerounais Paul Alain Mendouga. Après de longs tests, il avait été retenu, mais hésitait à partir. Cette fois, rien ne le retient plus. Le vendredi 25 août, il souhaite être reçu par son directeur général pour évoquer son départ. Thomas Owona Assoumou, qui tente en vain de le retenir, ne le reçoit pas. Au contraire, il refuse de lui payer son salaire du mois d’août. La semaine dernière, Thierry Boniface Nkodo a quitté le Cameroun pour le Tchad via l’aéroport de Douala, évitant soigneusement Yaoundé. Peut-être a-t-il craint les au revoir qui quelquefois ne se passent pas bien.