Cameroun: Le SG du Minac «tacle» Ama Tutu Muna

Mouhtar Ousmane Mey a dressé un tableau sombre de l’année écoulée lors des vœux au nouveau ministre de la Culture hier, à Yaoundé.

Le personnel du ministère des Arts et de la Culture (Minac) a vécu des moments difficiles en 2015. C’est le bilan dressé par le secrétaire général du Minac, Mouhtar Ousmane Mey, qui a brossé un «tableau sombre» de l’année écoulée, à l’occasion des vœux au nouveau ministre, Narcisse Mouelle Kombi, hier à Yaoundé. Selon le Sg, cette situation résulte du climat social tendu au sein du ministère alors dirigé par Ama Tutu Muna, débarquée du gouvernement à la faveur du réaménagement ministériel du 2 octobre 2015. Mouhtar Ousmane Mey, qui s’est abstenu de prononcer le nom de son ancienne patronne, a déclaré qu’en 2015, «un seul mot s’appliquait au Minac : résilience». La résilience étant la capacité pour un individu à faire face à une situation difficile ou génératrice de stress ou  à résister psychiquement aux épreuves de la vie.
Mais, les choses ont bien changé depuis l’arrivée de Narcisse

Mouelle Kombi, se réjouit le Sg, porté à la tête de la commission des arts et des lettres en octobre dernier par l’actuel ministre. Alors, comment ne pas tresser des lauriers au chef de l’Etat qui, en procédant à ce réaménagement gouvernemental, a envoyé au Minac «un homme qui, en un laps de temps, a su écouter, parler, conseiller, encourager, galvaniser et permettre à nouveau l’espoir dans le sous-secteur culture», a déclaré en substance Mouhtar Ousmane Mey, dont les propos sont salués par l’assistance composée notamment du personnel du Minac et d’artistes. En Narcisse Mouelle Kombi, affirme le Sg, le personnel du Minac a trouvé «un commandant de bord» qui a su «redonner le moral» à ses troupes.
«Désormais, l’équipage est prêt à servir la nation», soutient-il. En prenant la parole, le ministre dit combien il est «sensible» et «ému» par les propos formulés à son endroit. «Le bilan 2015 est révélateur des efforts et des inspirations qui ont été fournis ou qui ont guidé les uns et les autres pour donner leur part à la mise en œuvre des missions»,  a renchéri le Minac.  Ces efforts, dit-il, «ont permis d’accomplir efficacement des missions dévolues à ce département ministériel, dans un contexte de difficultés, de rareté de ressources dicté également par la réduction du train de vie de l’Etat».  A cet égard, une seule exhortation pour 2016 : maximisation des objectifs stratégiques, rationalisation de l’utilisation des ressources et optimisation des résultats, a recommandé Narcisse Mouelle Kombi.

Kyrielle de projets en 2016: Tour d’horizon des principaux chantiers qui interpellent le ministère des Arts et de la Culture (Minac) en 2016 :

Salon du livre
La première édition du Salon national du livre du Cameroun (Salya) s’est tenue en décembre 2013. Cet événement avait pour objectif de valoriser la culture du livre au Cameroun et d’aider à la promotion des activités des professionnels de ce secteur, déclarait Ama Tutu Muna, alors ministre des Arts et de la Culture (Minac). L’expérience devait être renouvelée en 2015, les organisateurs ayant opté d’en faire une biennale. Hier, Narcisse Mouelle Kombi a promis que la Salya sera organisée cette année.

Fenac
L’année 2016 devrait marquer la résurrection du Festival national des arts et de la?culture (Fenac). Promesse en a été faite par le ministre des Arts et de Culture (Minac) lors de la cérémonie des vœux. Le dernier Fenac s’est tenu en 2008 sous l’égide d’Ama Tutu Muna qui avait alors relancé cet événement, en hibernation depuis six ans. Annoncé en grandes?pompes par cette dernière en janvier 2010, la 8e édition prévue à Yaoundé n’a jamais eu lieu. Face à ses collaborateurs, Narcisse Mouelle Kombi a décidé de redonner vie au Fenac.

Concours national littéraire
Le Minac entend organiser «un grand concours littéraire national» dès cette année. Bien que les contours de ce concours ne soient pas encore spécifiés, l’objectif, apprend-on, est de susciter l’émulation de l’écriture. «L’année qui commence doit nous permettre d’impulser la mise en place des conditions favorables à l’industrialisation du secteur des arts et de la culture dans toutes ses déclinaisons. Ces conditions permettront, à terme, de disposer d’entreprises et industries culturelles plus fortes, plus dynamiques et plus offensives, afin de marquer de manière significative et durable le leadership de notre pays en matière d’art et de culture dans la sous-région», indique Narcisse Mouelle Kombi.

Numérisation des archives
«Les archives constituent l’âme d’une nation, le point de repère de tout peuple et la boussole de la République. A ce titre, il est essentiel de donner une place prépondérante à la question du pressement numérique et de la conservation des archives», déclarait Narcisse Mouelle Kombi ce mardi 19 janvier 2015. Ainsi, la dématérialisation et la numérisation des archives devraient se poursuivre cette année, conformément au plan national de numérisation élaboré par le ministère des Arts et de la Culture (Minac). Mais la question continue de faire débat auprès des professionnels qui estiment qu’avant de passer à la numérisation, il faudrait au préalable avoir mis en place une bonne organisation manuelle de l’archivage.

Inventaire général du patrimoine national
En 2001, le ministère de la Culture (Mincult), alors dirigé par Léopold Ferdinand Oyono, lançait une vaste opération d’inventaire général du patrimoine culturel du pays. Se basant sur le fait que «le patrimoine, qu’il soit matériel ou immatériel, est un élément essentiel de l’identité d’un pays», le Mincult affirmait que la préservation et la protection de ce patrimoine est une obligation morale et une responsabilité publique. «L’inventaire général du patrimoine va se poursuivre pour être relancé dans trois régions : le Littoral, le Nord-ouest et le Sud. Les résultats nous permettrons de mieux apprécier le chemin à parcourir et les mécanismes à mettre en place pour un inventaire plus large et plus efficace», a annoncé Narcisse Mouelle Kombi.

Droit d’auteur
Un des chantiers qui interpellent le Minac cette année est le suivi des questions relatives au droit d’auteur et aux droits voisins du droit d’auteur, dans un contexte de crise de gouvernance du secteur des droits d’auteurs. Pour le ministre, il est temps, notamment pour les artistes musiciens, de s’engager «résolument et collectivement» dans le seul combat qui en vaille la peine : la lutte contre la piraterie, la sécurisation et l’élargissement de l’assiette de perception de la redevance  due au titre du droit d’auteur, une répartition plus juste et plus équitable des droits d’auteur dans toutes les branches de la création artistique et culturelle, etc. Le travail effectué actuellement sous la supervision du Premier ministre Philemon Yang pour l’assainissement du secteur devrait donc permettre l’amélioration des conditions de vie de l’artiste et la sauvegarde de sa dignité et de sa respectabilité.

L’Ensemble national
L’un des maîtres-mots cette année sera la restructuration de l’Ensemble national dans ses trois composantes : le Ballet national, l’Orchestre national et le Théâtre national. Une nouvelle accueillie à grands coups de youyous par les artistes présents ce mardi à la cérémonie des vœux au Minac. «Enfin !», a lâché l’un d’eux dans la foule, en réaction à cette annonce qui augure une nouvelle jeunesse à l’Ensemble national créé en 1977. Si le Ballet national fait des sorties de temps à autre au gré de certains événements, l’Ensemble national a depuis longtemps perdu son rayonnement national et international. Pour ses membres dont la plupart vivent dans la précarité, la restructuration annoncée est une véritable bouffée d’oxygène…