Cameroun : Le SDF, parti leader de l’opposition, se prononce sur le projet de révision du Code Pénal

Pour la formation politique dont Ni John Fru Ndi est le Chairman, le projet de révision du Code Pénal, ne s’arrime pas aux exigences de modernisation de notre système judiciaire.

À Yaoundé, l’Assemblée Nationale statue depuis ce matin sur le projet d’un nouveau Code Pénal. En attendant de voir la position des élus du peuple constitués en majorité des militants du RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais), parti politique au pouvoir, la contestation grandissante contre ce projet de loi vient de s’enrichir d’une nouvelle voie. Celle du SDF, le parti politique leader de l’opposition. Dans un texte parvenu à notre rédaction, Jean Robert Wafo, le Ministre du Shadow Cabinet du SDF, chargé de l’Information et des médias, présente la position de son parti.

La Position du SDF

D’abord sur la forme: Dans une République qui se respecte, un projet de loi d’une aussi grande sensibilité, en ce sens, qu’il engage nos libertés individuelles et collectives aurait dû requérir une lecture consensuelle de tous les acteurs majeurs de la société.  L’absence de débat citoyen et démocratique sur ce code pénal est tout simplement déplorable. Le fait que les  partis politiques, l’Ordre des avocats, l’ordre des huissiers, la corporation des magistrats et les acteurs de la société civile n’ont pas été consultés met une fois de plus  à nu la dérive monarchique permanente érigée en méthode de gouvernement depuis une trentaine d’années.

Sur le fond, ce projet de révision ne s’arrime pas aux exigences de modernisation de notre système judiciaire. Avec notre environnement étatique marqué par le refus du régime d’appliquer l’article 66 de la constitution sur la déclaration des biens, la corruption, l’impunité et les détournements de deniers publics -on a encore en mémoire le cambriolage récent du domicile d’un ministre au cours duquel près de 600 millions FCFA ont été emportés par des individus – il était absolument nécessaire que ce projet de révision du Code pénal intègre une disposition qui réprime sévèrement l’enrichissement illicite. Ce manquement entretenu est la parfaite illustration de ce que le régime a peur des réformes qui permettent de mieux combattre les maux qui gangrènent la gouvernance au sommet de l’État.

Sur un tout autre plan,  le Cameroun étant un pays bilingue qui a adopté le français et l’anglais comme langues officielles, il est scandaleux que les versions française et anglaise soient différentes. Toujours sur le fond, quand on mentionne dans un instrument judiciaire d’une aussi haute importance qu’un locataire insolvable dont la mauvaise foi n’est pas établie peut être jeté en prison dans un pays qui a un SMIG de 28.200 FCFA par mois, un taux de sous-emploi de 75%, un taux de chômage endémique et une absence criarde de logements sociaux, on a l’impression qu’il y a des desseins inavoués qui sont projetés sur notre vivre ensemble. Trois ans d’emprisonnement ferme pour deux mois de loyer impayé méritent le livre Guinness des records. Le Cameroun sera le seul pays au monde à avoir une telle disposition dans son code pénal. Sur ce point également, il est difficile de donner du tort à ceux qui pensent que l’inscription de cette disposition a été motivée par la multiplication dans les grandes villes des investissements immobiliers aux financements suspects. Il s’agit ici pour le syndicat des  barons bailleurs du système tapis dans l’ombre d’exercer des pressions liberticides sur leurs futurs locataires. Ces groupuscules de barons bailleurs veulent travers ce code pénal imposer leur vision et leur idéologie qui vont impacter la vie et les  comportements des Camerounais au moins pendant les 50 prochaines années. C’est un acte criminel à l’égard des Camerounais d’aujourd’hui et des générations à venir. On n’a pas le droit, au nom de la protection de ses intérêts propres et de ceux de sa progéniture,  de confisquer la République au détriment du peuple souverain. Le peuple doit être associé à la construction de son avenir.

Jean Robert Wafo
Ministre du Shadow cabinet SDF chargé de l’Information et des médias.